Ségolène Royal était l'invitée du Grand Rendez-vous, le dimanche 19 février 2012 dans les studios d'Europe 1. Elle était interrogée par Jean-Pierre Elkabbach d’Europe 1, Michaël Darmon d’i>TELE, et Matthieu Croissandeau du Parisien – Aujourd’hui en France.

Retrouvez cette interview en vidéo et ci-dessous le script de l'émission.



Le Grand Rendez-vous Europe1, I Télé et Le Parisien – Le 19/02/2012 – 10:07:15

Invitée : Ségolène ROYAL, présidente PS de la région Poitou-Charentes.

Jean-Pierre ELKABBACH : Et surtout Ségolène ROYAL, bienvenue au Grand Rendez-vous, merci d’être avec nous en direct ce dimanche…

Ségolène ROYAL : Bonjour.

Jean-Pierre ELKABBACH : Qui a l’air tout à fait ensoleillé. Vous avez toutes les raisons de bien connaître les deux principaux compétiteurs de la présidentielle de 2012, Nicolas SARKOZY en 2007 vous l’avez combattu avec courage, affronté au deuxième tour et il avait gagné ; François HOLLANDE, faut-il insister, en vous ralliant la première vous avez fait preuve de magnanimité et d’habileté politique, vous lui apportez un soutien de poids. Et à François HOLLANDE, qui pourrait être président de la République dans 3 mois.

Matthieu CROISSANDEAU du PARISIEN AUJOURD’HUI EN FRANCE et Michaël DARMON d’ITELE vont vous demander avec quelle force, quelle cohérence, quelles alliances et quels contenus politiques dans un monde qui est en train de changer chaque jour et dans une Europe en crise. Et ce matin dans Le JOURNAL DU DIMANCHE, Claude ALLEGRE cruel déclare que la gauche a un handicap, c’est François HOLLANDE (dit-il) qui est incapable de faire le job. Claude ALLEGRE rejoint Nicolas SARKOZY qui, lui, cherche à réussir sa métamorphose sans paraître schizophrène, c’est-à-dire en étant le même jour président de la République et candidat. Ce soir, il tient à Marseille son premier grand meeting régional à guichet fermé. La première question du Grand Rendez-vous, c’est Michaël DARMON qui vous la pose.

Michaël DARMON : 4 jours rentrer en campagne pour Nicolas SARKOZY, est-ce que ça vous impressionne ?

Ségolène ROYAL : Pas vraiment, ça fait partie de la logique politique, c’est un moment qui intervient dans une campagne présidentielle, il n’y a là rien d’impressionnant. Les Français ne sont pas impressionnés, je puis vous le dire, par Nicolas SARKOZY et surtout par ce qu’il leur a fait pendant 5 ans.

Jean-Pierre ELKABBACH : Mais il n’a pas raté sa déclaration de candidature, apparemment son premier meeting on nous dit qu’il y une sorte d’engouement à Marseille, qu’il y aura 11.000 personnes dans une salle qui est prévue pour 8.000. Il ne baisse pas, il stagne ou il grimpe un petit peu.

Ségolène ROYAL : Mais c’est la moindre des choses que dans une entrée en campagne présidentielle, ses supporters soient là, il n’y a rien d’extraordinaire. Ce qui est important vous savez, c’est le fond, c’est ce qu’il va dire : est-ce qu’il va avoir le courage d’assumer son bilan, est-ce que les Français se feront avoir…

Michaël DARMON : Alors il dit « j’ai appris…

Ségolène ROYAL : Permettez-moi cette expression une seconde fois…

Michaël DARMON : Le pouvoir m’a appris…

Ségolène ROYAL : Je ne le crois pas.

Michaël DARMON : Il dit « j’ai appris, le pouvoir m’a appris, la crise, affronter les affaires de la France pendant 5 ans, j’ai changé ». Est-ce que vous voyez dans quelle mesure Nicolas SARKOZY a changé ?

Ségolène ROYAL : Il n’a ni changé ni appris, s’il avait changé et s’il avait appris, il aurait changé de politique au cours de ces 5 années, il a bien vu que l’ensemble de ses engagements n’était pas tenu. J’ai là son tract de campagne de 2007, mais même sans avoir ce tract chacun s’en souvient : « je serai le président du pouvoir d’achat et de l’emploi » avait-il dit. Il y a aujourd’hui 1.000 chômeurs de plus par jour et jamais le pouvoir d’achat n’a été aussi bas…

Jean-Pierre ELKABBACH : Mais ça veut dire que vous, vous répéteriez ce que vous disiez en 2007 ?

Ségolène ROYAL : C’est-à-dire ?

Jean-Pierre ELKABBACH : Est-ce que vous reprendriez les arguments que vous développiez en 2007 dans la campagne, vous ne le feriez plus, vous aussi vous avez appris et changé, la gauche aussi a appris et changé je suppose après la crise si forte qui frappe et le monde qui se transforme !

Ségolène ROYAL : La différence c’est qu’il a été au pouvoir pendant 5 ans, il a eu cette chance extraordinaire d’être au pouvoir et d’avoir la capacité de réformer le pays et de le faire avancer, de représenter le rayonnement de la France. Et c’est tout le contraire que nous avons aujourd’hui. Je parlais du pouvoir d’achat, savez-vous qu’aujourd’hui 15 millions de Français terminent le mois à 50 € près ? Savez-vous qu’aujourd’hui, plus de 2 millions de familles sont en situation de surendettement ? Savez-vous qu’aujourd’hui, il y a des retraités qui ont travaillé toute leur vie et qui font aujourd’hui les poubelles pour pouvoir manger ? C’était dans un reportage dans Le PARISIEN. Savez-vous qu’aujourd’hui, lorsqu’il nous a parlé de politique irréprochable, jamais les Français n’ont eu le sentiment au fond que la corruption est au plus haut sommet de l’Etat…

Jean-Pierre ELKABBACH : C’est-à-dire lui est corrompu ?

Ségolène ROYAL : On en…

Jean-Pierre ELKABBACH : Lui-même ?

Ségolène ROYAL : Le système est corrompu, ce n’est pas la première…

Jean-Pierre ELKABBACH : Lié est au sommet de l’Etat !

Ségolène ROYAL : Ce n’est pas la première fois que je le dis. On a poussé des cris quand j’avais dit « le système est corrompu », mais il y a une corruption du pouvoir. Lorsqu’on a été au pouvoir au sens de MONTESQUIEU, c’est-à-dire lorsqu’on détient la responsabilité et qu’on n’en fait rien ou que même on l’utilise pour quelques-uns aux dépens du plus grand nombre, oui il y a une corruption dans l’exercice du pouvoir, et c’est pour ça que le changement est urgent.

Matthieu CROISSANDEAU : Il s’en est pris très durement à François HOLLANDE dès le premier meeting, est-ce que cette tonalité vous surprend, est-ce que vous pensez que cette campagne sera plus violente que celle que vous avez vécue, vous, en 2007 ?

Michaël DARMON : « Il ment du matin au soir » dit-il.

Ségolène ROYAL : Ça fait partie du jeu, si j’ose dire, les attaques, il ne faudrait pas que la campagne se résume à cela. Quelle est la préoccupation première des Français ? Vous l’avez tous dit sur l’ensemble de vos médias, c’est le chômage. Quand on les interroge à nouveau aujourd’hui, c’est le chômage et c’est le pouvoir d’achat. Donc on attend des candidats qu’ils répondent à cette question clé : comment va-t-on pouvoir relancer l’activité économique ?

Jean-Pierre ELKABBACH : Vous voulez dire aux candidats au pluriel ?

Ségolène ROYAL : Aux candidats au pluriel, c’est là-dessus que le débat doit s’ouvrir.

Jean-Pierre ELKABBACH : C’est-à-dire que le candidat PS peut, lui, faire disparaître le chômage, relancer comme ça la croissance ?

Ségolène ROYAL : Je pense…

Jean-Pierre ELKABBACH : Qui n’est d’ailleurs pas mauvaise en 2011… 1,7…

Michaël DARMON : Oui parce que la France évite l’entrée totale en récession quand même oui !

Ségolène ROYAL : Oui mais il y a des solutions à cela, il y a des solutions et des solutions très efficaces. On sait bien qu’aujourd’hui, le principal problème c’est la question de la réforme bancaire et c’est le fait que les banques ne font pas leur travail, au service de prêts aux petites et moyennes entreprises. Et donc que la relance de l’activité économique n’est pas au rendez-vous, et que la mutation écologique ne se fait pas parce qu’il n’y a aucune décision prise, et que la désindustrialisation du pays (vous le savez) n’est pas une fatalité. On le voit bien puisqu’il suffit au chef de l’Etat actuel de décrocher son téléphone pour maintenir une usine alors que pendant 5 ans…

Jean-Pierre ELKABBACH : Vous voulez dire qu’il n’a pas assez téléphoné pendant 4 ans ?

Ségolène ROYAL : Voilà, il n’a pas assez téléphoné pendant 4 ans. Donc si au moins il avait fait cela, téléphoné à tous ses amis du CAC 40 et à tous ses amis dirigeants des grandes banques françaises pour leur demander de faire leur travail. Il se rend compte comme ça en fin de mandat que finalement, il aurait pu faire bien davantage que ce qu’il a fait.

Michaël DARMON : Et lorsqu’il fait cette… on revient quelques instants là-dessus, quand même sur cette entrée en campagne massive, 4 jours en faisant des déplacements, des meetings, inaugurer un QG comme il a fait et dire « je vais prendre François HOLLANDE à la gorge », est-ce que ce n’est pas… qu’est-ce que vous inspirent ces retrouvailles finalement avec votre adversaire de 2007 ?

Ségolène ROYAL : Moi je ne me laisse impressionner par rien, c’est un exercice de campagne…

Jean-Pierre ELKABBACH : Classique.

Ségolène ROYAL : Classique, les enjeux sont considérables…

Jean-Pierre ELKABBACH : Qu’est-ce que vous avez appris…

Ségolène ROYAL : Les enjeux sont considérables…

Jean-Pierre ELKABBACH : Qu’est-ce que vous avez appris en 5 ans ?

Ségolène ROYAL : Je veux dire d’ailleurs que… souvenons-nous, la campagne de 2007 était beaucoup plus violente, ce n’est pas seulement de mentir que l’on m’a accusée, c’est quasiment d’être folle, souvenez-vous. Le pilonnage…

Jean-Pierre ELKABBACH : Folle ?

Ségolène ROYAL : Vous ne vous souvenez pas ?

Jean-Pierre ELKABBACH : Pas à ce point.

Ségolène ROYAL : Schizophrène même on me disait. Donc tous les jours, tous les jours, tous les jours il y avait une attaque sur ma compétence, sur ma crédibilité, tous les jours et même plusieurs fois par jour. Donc aujourd’hui oui, il y a quelques échanges de coups…

Jean-Pierre ELKABBACH : Qu’est-ce que vous avez appris, vous, en 5 ans ?

Ségolène ROYAL : Il ne faudrait pas que ça dure trop longtemps.

Jean-Pierre ELKABBACH : Qu’est-ce que vous avez appris, vous, en 5 ans ?

Ségolène ROYAL : Mais je ne suis pas la candidate à l’élection présidentielle, ça ne vous a pas échappé…

Jean-Pierre ELKABBACH : Non mais vous êtes un bon soutien pour celui qui est candidat !

Ségolène ROYAL : Tout à fait…

Jean-Pierre ELKABBACH : Oui, donc vous ne pouvez pas le nier.

Ségolène ROYAL : Je le fais avec beaucoup de loyauté et d’engagement. Mais le sujet ce n’est pas moi aujourd’hui, le sujet ce sont les Français. Il se trouve qu’en ce moment, je réunis l’ensemble des maires de ma région, donc en quelques jours j’ai vu à peu près 1.000 élus de la région, 1.000 élus ruraux. Et je puis vous dire que… d’abord il y a un rejet très fort de l’actuel chef de l’Etat, et ensuite il y a une angoisse très forte par rapport au recul du niveau de vie des gens dans les villages et dans les villes moyennes, et cela…

Jean-Pierre ELKABBACH : Vous leur expliquez…

Ségolène ROYAL : Ils attendent…

Jean-Pierre ELKABBACH : Vous leur expliquez que c’est la faute de celui qui gouverne et de son équipe depuis 5 ans, mais vous leur dites aussi « il y a la crise », est-ce que vous leur dites « regardez les Portugais, les Grecs, les Espagnols, les Américains », vous leur dites tout ça ?

Ségolène ROYAL : Je les réunis en tant que présidente de région, donc je leur apporte les solutions que nous mettons en place et je leur dis de quelle façon nous relançons l’activité économique, de quelle façon nous avons fait et que nous allons faire notamment la mise en place d’une banque publique d’aide aux PME, comment nous allons faire la mutation écologique pour créer des activités, des emplois, comment nous refusons les fermetures d’entreprises industrielles en facilitant par exemple…

Jean-Pierre ELKABBACH : On va y venir…

Ségolène ROYAL : En facilitant par exemple…

Jean-Pierre ELKABBACH : On va y venir, on va y venir.

Ségolène ROYAL : Je termine cet exemple, en facilitant par exemple la reprise par les ouvriers de leur entreprise sous forme de société coopérative ouvrière de production, nous en avons plus de 120 dans la région. Donc vous voyez qu’à partir des exemples dans les régions présidées par des socialistes, il y a des solutions qui ont été apportées qui sont aujourd’hui dans le programme de notre candidat. Il y a même la décision qui sera prise de permettre à l’Etat et aux collectivités territoriales d’entrer dans le capital des entreprises stratégiques. Donc des solutions alternatives à l’économie libérale que nous subissons aujourd’hui, il y en a. Et la question de la réforme financière qui consiste à mettre la finance au service de l’économie, elle sera faite et cela changera en effet les règles du jeu.

Matthieu CROISSANDEAU : Vous parliez des attaques tout à l’heure, il y en a une qui a été portée aujourd’hui par Claude ALLEGRE, dont vous avez été la secrétaire d’Etat, sur François HOLLANDE, il dit : c’est un manœuvrier qui change tout le temps d’avis. C’est votre sentiment ?

Ségolène ROYAL : Je ne veux pas commenter les… franchement, d’abord j’ai assez subi moi Claude ALLEGRE, j’ai été sa ministre déléguée, donc je connais le personnage. Et franchement je ne voudrais pas, en le commentant…

Matthieu CROISSANDEAU : Qu’est-ce que vous diriez vous de ce personnage ?

Ségolène ROYAL : Donner davantage d’écho à ce qu’il dit.

Jean-Pierre ELKABBACH : Qu’est-ce que devrait changer votre candidat dans sa campagne, est-ce qu’il est beaucoup explicatif, beaucoup réactif ?

Ségolène ROYAL : Mais je… la campagne se déroule très bien…

Jean-Pierre ELKABBACH : L’initiative vient de l’autre camp !

Ségolène ROYAL : La campagne se déroule… ce qu’il faut dans une campagne – et c’est ce qu’il est en train de faire – c’est expliquer aux Français ce qui va changer concrètement pour eux. Voilà ce qu’attendent les Français, est-ce que oui ou non la crise économique va être saisie comme une chance ou est-ce que oui ou non, nous allons continuer à subir cette crise économique ? Et comment…

Michaël DARMON : Mais il ne peut qu’expliquer… Une espérance 2007, il y avait une ferveur, même Arnaud MONTEBOURG hier dans le meeting disait « on retrouve 2007 » quand il était avec vous, et donc c’est cette ferveur que vous dites qu’il faut aussi trouver, retrouver dans cette campagne, pas seulement expliquer ?

Ségolène ROYAL : Mais le contexte est différent, la crise économique s’est creusée, donc les citoyens sont en attente, ils sont en écoute du sérieux des propositions, ils veulent savoir de quoi demain sera fait, ils sont angoissés pour leurs enfants. Et quand ils voient aussi le reste du monde, la montée des tensions, la situation de la Grèce, la dégradation de la cohérence…

Michaël DARMON : Donc il faut…

Ségolène ROYAL : La dégradation de la cohérence européenne, ils se demandent de quoi demain sera fait et si oui ou non, les responsables politiques qui s’adressent à eux ont encore une crédibilité…

Jean-Pierre ELKABBACH : Quelle est la valeur…

Ségolène ROYAL : Et vont vraiment changer les choses.

Jean-Pierre ELKABBACH : Ajoutée de Ségolène ROYAL à François HOLLANDE ?

Ségolène ROYAL : Je ne veux pas me commenter moi-même, je vous l’ai dit à l’instant mais…

Jean-Pierre ELKABBACH : Non mais vous, qu’est-ce que vous avez l’impression que vous lui apportez ?

Ségolène ROYAL : Je lui apporte tout ce que je peux, mon expérience d’une campagne, la mobilisation, l’écoute des quartiers populaires où je suis allée encore récemment, la façon de parler simple…

Jean-Pierre ELKABBACH : Parce que les banlieues, on les oublie un peu de part et d’autre.

Matthieu CROISSANDEAU : Elles sont peu présentes dans le programme de François HOLLANDE.

Ségolène ROYAL : Elles sont peu présentes malheureusement, elles sont peu présentes…

Matthieu CROISSANDEAU : Vous le regrettez…

Ségolène ROYAL : Elles sont venues voter massivement en 2007, dans les scrutins intermédiaires elles se sont abstenues. Nicolas SARKOZY leur avait promis un vaste plan Marshall pour les quartiers, le chômage des jeunes il dépasse les 60 % alors qu’il y a un potentiel considérable. La preuve, la preuve…

Jean-Pierre ELKABBACH : Maintenant personne ne propose de plan, de plan Marshall, ni à droite ni à gauche…

Ségolène ROYAL : Oui.

Jean-Pierre ELKABBACH : Pour le moment.

Ségolène ROYAL : La preuve c’est l’ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique qui vient dans nos banlieues pour y déceler les talents…

Jean-Pierre ELKABBACH : Et les responsables du Qatar…

(…) Brouhaha

Ségolène ROYAL : Ce n’est pas à nous de faire… et ce n’est pas à nous, on n’aurait pas la capacité de déceler les talents dans nos quartiers ? Alors je le redis une fois de plus, les quartiers populaires seront un élément clé de la sortie de crise, les quartiers populaires ce n’est pas un problème, c’est une partie essentielle de la solution.

Jean-Pierre ELKABBACH : Il y a une énergie…

Ségolène ROYAL : Il y a là une énergie…

Jean-Pierre ELKABBACH : Et une vitalité formidable à utiliser, mais personne ne l’utilise.

Ségolène ROYAL : Des jeunes, une volonté, une volonté des familles à éduquer leurs enfants, une volonté des jeunes à s’en sortir qu’il faudra que nous leur donnions. Et c’est ce que je leur ai dit l’autre jour, que nous leur donnions les moyens de se développer, de créer leur activité, de créer leur entreprise, de réussir à l’école etc…

Matthieu CROISSANDEAU : Justement…

Ségolène ROYAL : C’est un enjeu absolument considérable.

Matthieu CROISSANDEAU : François HOLLANDE a dévoilé son programme, est-ce qu’il a grillé toutes ses cartouches comme on l’entend à droite, est-ce qu’il y a encore des mesures nouvelles qui peuvent surgir dans la campagne ?

Jean-Pierre ELKABBACH : Lesquelles ?

Ségolène ROYAL : Mais bien sûr qu’il aura d’autres choses à dire…

Intervenant
Lesquelles…

Ségolène ROYAL : Ecoutez, au fur et à mesure de la rencontre avec les citoyens, avec les Français, il y a encore beaucoup de temps dans cette campagne. Il va faire des déplacements thématiques, bien sûr il va déployer son projet, l’expliquer, conquérir la conviction et la confiance des citoyens et, je l’espère, l’emporter.

Jean-Pierre ELKABBACH : Ceux qui le fréquentent aujourd’hui prétendent qu’il est presque transfiguré, qu’il a changé, vous qui le connaissez mieux que la plupart d’entre-nous, comment il a changé et qu’est-ce qui le fait changer ?

Ségolène ROYAL : Quand on est porté par une responsabilité telle que celle-ci, avec l’obligation vraiment de réussir à convaincre les Français et de gagner, vraiment de changer de président de la République, je crois qu’on est habité par cette responsabilité-là, par cette densité nouvelle. Et donc dans une campagne…

Jean-Pierre ELKABBACH : Et vous, on vous associe…

Ségolène ROYAL : Dans une campagne…

Jean-Pierre ELKABBACH : On vous associe à tout maintenant parce qu’au début, il y avait quelques petites…

Ségolène ROYAL : Mais ce n’est pas le problème…

Jean-Pierre ELKABBACH : Non mais parce que vous l’aviez dit…

Ségolène ROYAL : Oui, au début il y a eu quelques…

Jean-Pierre ELKABBACH : Mais maintenant ça y est ?

Ségolène ROYAL : Quelques…

Jean-Pierre ELKABBACH : Vous êtes associée à tout ?

Ségolène ROYAL : Oublis regrettables…

Jean-Pierre ELKABBACH : Est-ce que la mission de François HOLLANDE, c’est de construire un socialisme tout neuf, adapté à la mondialisation, à la force l’Asie, aux pays émergents qui sont en train de monter ? Ou simplement de moraliser le capitalisme et de gérer l’économie de marché, quelle est sa mission à venir idéologiquement ?

Ségolène ROYAL : Il n’y a pas de réponse schématique et globale à la question que vous posez, tout dépend des sujets. Il faut à la fois une volonté…

Jean-Pierre ELKABBACH : C’est-à-dire au cas par cas, au coup par coup ?

Ségolène ROYAL : Bien sûr…

Jean-Pierre ELKABBACH : Il n’y a pas une idéologie dominante ?

Ségolène ROYAL : Il n’y a pas une…

Jean-Pierre ELKABBACH : Un cap ?

Ségolène ROYAL : Il n’y a pas d’idéologie globalisante pour répondre à la… attendez, je peux… pour répondre à la complexité du monde dans lequel nous sommes. Il y a des choses simples sur lesquelles il faut être très ferme, comme l’objectif de remettre l’éducation au cœur du système et au cœur de nos préoccupations. Sur le développement économique, nous sommes dans une économie de marché, donc ça nous devons en tenir compte, mais nous devons aussi avoir une volonté de réforme radicale sur un certain nombre de pesanteurs économiques et financières qui expliquent la dureté de la crise, et en particulier nous devons faire obéir les banques alors qu’aujourd’hui, ce sont elles qui commandent. Et nous devons apporter une véritable révolution démocratique dans le fonctionnement des institutions…

Jean-Pierre ELKABBACH : Vous allez nous dire…

Ségolène ROYAL : Et dans le fonctionnement des entreprises.

Jean-Pierre ELKABBACH : Dans un instant…

Ségolène ROYAL : Oui, il y a les domaines qu’il faut consolider, il y a des domaines qu’il faut réformer et il y a des domaines qu’il faut changer radicalement.

Jean-Pierre ELKABBACH : Vous allez nous dire comment et en particulier comment on met au pas les banquiers. On se retrouve dans un instant avec vous.

Ségolène ROYAL : Nous sommes avec Ségolène ROYAL pour cette émission du Grand Rendez-vous. Et la question de reprise est posée par Matthieu CROISSANDEAU.

Matthieu CROISSANDEAU : Vous venez de parler des banques qui sont responsables à vos yeux d’une partie de la crise, comment on les met au pas les banquiers ?

Ségolène ROYAL : Il est urgent que l’Etat, au sens de représentant du peuple, assume ses responsabilités de stratège et d’investisseur social dans 3 directions. D’abord en 2008 lorsque l’Etat a renfloué les banques au nom des citoyens, avec l’argent des contribuables, je l’avais d’ailleurs déjà dit à l’époque, il aurait dû entrer au capital des banques, c’est-à-dire faire des nationalisations partielles. N’ayons pas peur des mots, lorsque l’Etat entre au capital…

Jean-Pierre ELKABBACH : Il a prêté…

Ségolène ROYAL : Il a prêté…

Jean-Pierre ELKABBACH : Et ça lui a rapporté 3 milliards…

Ségolène ROYAL : Non, ce n’est pas vrai…

Jean-Pierre ELKABBACH : 3 milliards…

Ségolène ROYAL : Il a prêté…

Jean-Pierre ELKABBACH : 2,7 milliards.

Ségolène ROYAL : Et vous, vous considérez que le système bancaire fonctionne bien aujourd’hui ? Il a prêté sans exiger des banques la réforme cruciale qui consiste à leur imposer la distinction au sein de leurs activités, entre les activités de prêt à l’économie, c’est leur rôle, c’est pour ça qu’elles ont le privilège de détenir les dépôts des entreprises, des citoyens, des retraités, etc…

Michaël DARMON : Tous les experts disent que ça prend 10 ans à faire ce tri, c’est très compliqué, c’est une mesure qu’il est facile d’énoncer mais très difficile à mettre en œuvre.

Ségolène ROYAL : Elle a été mise en œuvre à Londres…

Jean-Pierre ELKABBACH : Non… pardon !

Ségolène ROYAL : Partiellement, elle a été mise en œuvre aux Etats-Unis…

Jean-Pierre ELKABBACH : Il y a des experts… pardon, excusez-moi mais les experts qui travaillent, et la réforme elle serait appliquée en 2019.

Ségolène ROYAL : Mais par qui sont payés ces experts ?

Jean-Pierre ELKABBACH : Dans 7 ans ?

Ségolène ROYAL : Par qui sont payés ces experts ?

Jean-Pierre ELKABBACH : Le gouvernement.

Ségolène ROYAL : Eh bien ! On en a assez du gouvernement des experts, voilà. Et moi je pense d’ailleurs qu’une des principales raisons…

Jean-Pierre ELKABBACH : Il vaut mieux mettre des incompétents !

Ségolène ROYAL : Une des principales raisons de la crise… non, il faut de la transparence, il faut du débat contradictoire. Et si un expert…

Jean-Pierre ELKABBACH : Et le patron de ces experts est venu en parler à Paris, paraît-il à la droite et à la gauche.

Ségolène ROYAL : Le patron des experts, ce n’est pas lui qui dirige, ceux qui dirigent c’est le peuple français qui vont bientôt voter, et ceux qui dirigent ce sont les élus politiques, c’est la politique qui dirige. Attendez, c’est très important parce que là, vous mettez le doigt sur un sujet essentiel, c’est-à-dire la profondeur de la crise, la gravité de la crise est due à la dégénérescence de la démocratie. Edgar MORIN a fait très bien ce diagnostic et il a totalement raison, j’ajouterai d’ailleurs à son diagnostic qu’il y a des solutions pour répondre à cette dégénérescence de la démocratie. Je reviens donc à votre question…

Matthieu CROISSANDEAU : Juste… concrète sur les banques, ça veut dire que si François HOLLANDE est élu, il faut nationaliser les banques, même partiellement ?

Ségolène ROYAL : Si François HOLLANDE est élu, lorsque nous aurons besoin de renflouer les banques, alors nous rentrerons au capital des banques et nous leur imposerons des comportements qui n’auraient jamais dû cesser d’être, c’est-à-dire de prêter aux entreprises et de prêter correctement aux particuliers également. Deuxième chose, nous ferons la distinction entre les activités spéculatives et les activités de prêts à l’économie, ça a été fait dans d’autres pays, ça a été fait en Amérique latine, comment est-ce que l’Amérique latine – le Brésil et l’Argentine – sont sorties de la crise ?

Jean-Pierre ELKABBACH : Mais il faut au moins 3, 4 ans pour les mettre en place, non ?

Ségolène ROYAL : Pourquoi 3, 4 ans ? Les experts nous disent 3, 4 ans, la volonté politique elle est là pour réformer rapi… en 2008 ce n’était pas 3, 4 ans…

Michaël DARMON : Parce qu’ils ont mené aussi une politique libérale…

Ségolène ROYAL : C’était en 15 jours…

Jean-Pierre ELKABBACH : Ça c’est le deuxième point, on vous laisse finir, et le troisième ?

Ségolène ROYAL : Et le troisième point, c’est la création d’une banque publique d’aide aux petites et moyennes entreprises, avec des réseaux…

Jean-Pierre ELKABBACH : C’est dans le programme du candidat adverse !

Ségolène ROYAL : Bien sûr…

Jean-Pierre ELKABBACH : De SARKOZY…

Ségolène ROYAL : Mais pourquoi ne l’a-t-il pas fait ?

Michaël DARMON : Et dans le programme de François BAYROU aussi.

Ségolène ROYAL : Et pourquoi ne l’ont-ils pas fait ? Nous, nous l’avons fait dans la plupart des régions présidées par les socialistes, nous avons mis en place des agences publiques d’aide aux PME, en partenariat avec la filiale de la CAISSE DES DEPOTS. Nous avons créé des fonds de capital risque de proximité, nous rentrons… je suis entrée dans le capital d’une entreprise privée, l’entreprise HEULIEZ qui a failli fermer, à l’égard de laquelle le ministère de l’Industrie n’a rien fait. Nous fabriquons aujourd’hui la voiture électrique uniquement avec des fonds régionaux, eh bien ! Demain, l’ensemble des régions, c’est dans le projet du candidat, pourront entrer beaucoup plus rapidement dans le capital des entreprises stratégiques, c’est-à-dire nous ne laisserons pas la désindustrialisation, nous pourrons même reconquérir les industries dans le domaine notamment des éco-industries, et l’Etat également rentrera dans…

Jean-Pierre ELKABBACH : Si on a le temps, on vous posera des questions sur…

Ségolène ROYAL : Et l’Etat également pourra rentrer…

Jean-Pierre ELKABBACH : L’écologie.

Ségolène ROYAL : Pourra rentrer dans le capital des entreprises stratégiques. Et quand…

Jean-Pierre ELKABBACH : Monsieur DARMON…

Ségolène ROYAL : Juste encore un mot. Quand il sera comme il l’est dans RENAULT, nous possédons – nous les Français – 15 % du capital de RENAULT, qui le sait aujourd’hui ? Lorsque RENAULT choisit de délocaliser ou lorsque RENAULT ferme les sous-traitants comme l’entreprise de Poitiers, les Fonderies Du Poitou où un sous-traitant a dit aux ouvriers « ou vous baissez vos salaires de 25 % ou vous allez travailler en Bulgarie ou vous prenez la porte », un sous-traitant à 80 % de RENAULT, alors que les Français sont propriétaires à 15 % du capital de RENAULT…

Jean-Pierre ELKABBACH : Mais à 15 %, vous pouvez dire à Monsieur GHOSN…

Ségolène ROYAL : Mais c’est inadmissible.

Jean-Pierre ELKABBACH : Vous pouvez dire à Monsieur GHOSN avec 15 % de l’Etat actionnaire « il faut faire ceci ou cela » ou il faut changer GHOSN et il faut être plus majoritaire.

Ségolène ROYAL : Oh ! Si ça ne tenait qu’à moi il faudrait changer parce que…

Jean-Pierre ELKABBACH : Pourquoi, pourquoi ?

Ségolène ROYAL : Ecoutez, une entreprise qu’on a renflouée à 4 milliards d’euros, 4 milliards d’euros à RENAULT soi-disant pour construire la voiture électrique grand public, où est-elle, où est-elle cette voiture électrique qui pourrait conquérir le monde entier ? Une entreprise qui laisse sur le carreau des sous-traitants et qui les traite de cette façon-là en leur faisant un chantage à la baisse du salaire sur notre sol, c’est proprement…

(…) Brouhaha

Ségolène ROYAL : Inadmissible.

Michaël DARMON : Et si on poursuit sur votre logique, ça veut dire que… là vous avez parlé de RENAULT mais par exemple, si vous arrivez au pouvoir, il faudrait aussi changer d’autres responsables d’entreprises publiques…

Jean-Pierre ELKABBACH : Vous pourriez être précis, c’est-à-dire EDF, AREVA, SNCF…

Michaël DARMON : La télévision, EDF…

Jean-Pierre ELKABBACH : Télévision, on change les têtes ?

Ségolène ROYAL : Nous ne sommes pas là pour mettre des coups de balai partout, nous sommes là pour mettre les dirigeants qui gagnent énormément d’argent, regardez le niveau de salaire de ces PDG, qui se permettent…

Jean-Pierre ELKABBACH : Pas à la SNCF et pas à la télévision.

Ségolène ROYAL : Qui se permettent d’exiger des ouvriers qu’ils baissent de 25 % ou qu’ils leur disent d’aller travailler en Bulgarie s’ils ne sont pas contents, et pourquoi ne leur dirait-on pas ? Vous voyez, c’est comme les gens de la Commission européenne…

Jean-Pierre ELKABBACH : A partir de quel…

Ségolène ROYAL : Qui demandent aux Grecs de baisser le Smic de 20 %, pourquoi ne baissent-ils pas leur propre salaire de 20 % ?

Jean-Pierre ELKABBACH : Ségolène ROYAL, à partir de quel revenu annuel c’est intolérable, et s’il faut plafonner, comme le disait Jean-Marc AYRAULT, à partir de quand, de quels résultats, à quel niveau il faut plafonner ?

Ségolène ROYAL : Je n’ai pas la réponse technique sur cette question-là comme ça, de but en blanc. Ce qui est très important, c’est la conception de l’organisation d’une société, ce qui est important c’est la responsabilité des grands dirigeants qui ont la chance d’avoir été nommés à la tête de fleurons de l’industrie française, et qui ont pris l’habitude de ne pas rendre des comptes. Les gens doivent assumer leurs responsa… il y a des…

Jean-Pierre ELKABBACH : Ceux-là dehors ?

Ségolène ROYAL : Mais non, il y a des droits et devoirs, pas que des droits et pas de devoirs, on doit rendre des comptes effectivement au peuple français, à la représentation nationale sur ce que l’on fait de l’argent, sur ce que l’on fait du dialogue social, on doit des rendre des comptes…

Jean-Pierre ELKABBACH : Et on le fait…

Ségolène ROYAL : On est là avec des responsabilités…

Jean-Pierre ELKABBACH : Et on le fait devant qui ?

Ségolène ROYAL : Et si on ne le fait pas bien…

Jean-Pierre ELKABBACH : On le fait devant qui ?

Ségolène ROYAL : On le fait devant la représentation nationale par exemple, est-ce que ça a été fait ça, est-ce que les grands patrons qui bénéficient…

Jean-Pierre ELKABBACH : Ils passent devant les commissions de l’Assemblée…

Ségolène ROYAL : Qui bénéficient de beaucoup d’aides sociales, d’exonérations sociales sur les bas salaires. Les entreprises du CAC 40 qui paient très peu d’impôts en France, ils ne doivent pas rendre des comptes ? La vitalité démocratique d’un pays, c’est que chacun…

Michaël DARMON : Alors justement…

Ségolène ROYAL : Attendez, c’est que chacun là où il est – et notamment ceux qui ont beaucoup de privilèges et qui ont beaucoup de pouvoirs – puisse rendre des comptes sur la façon dont ils intègrent l’intérêt général à leur politique…

Michaël DARMON : Précisément…

Ségolène ROYAL : Y compris dans le cadre des politiques industrielles.

Précisément, je reviens sur votre analyse de la crise démocratique, que vous aviez déjà diagnostiquée en 2007 avec la dimension participative et effectivement le peuple qui n’est pas entendu. L’idée du référendum posé maintenant comme outil de gouvernance par Nicolas SARKOZY, au fond est-ce que ça n’est pas une bonne démarche ?

Jean-Pierre ELKABBACH : Est-ce que Nicolas SARKOZY est en train de devenir « royaliste » ?

Ségolène ROYAL : Il est en train de prendre conscience en fin de mandat qu’en effet, la démocratie a très mal fonctionné et fonctionne très mal, à tous les niveaux. Il y a 4 niveaux démocratiques qu’il faut réformer et qu’il faut revivifier. Il y a la démocratie citoyenne, la démocratie participative en effet, à quel moment les citoyens ont-ils été associés aux décisions qui les concernaient ? Ils ont été obligés par exemple, sur la question des retraites, de descendre à 8 reprises dans la rue. Vous ne croyez pas que sur un sujet…

Jean-Pierre ELKABBACH : 9.

Ségolène ROYAL : 9 reprises, vous ne croyez pas que sur un sujet comme ça, il aurait pu y avoir une consultation populaire, même des débats citoyens sur les territoires ? Pas forcément un référendum en oui ou non, car les outils de la démocratie participative sont multiples. Il y a le référendum à condition de ne pas faire et la réponse et la question, il y a le référendum d’initiative populaire – dont les décrets d’application d’ailleurs ne sont pas pris – qui aurait permis… je l’avais dit à ce moment-là avec Jean-Luc MELENCHON, au moment des retraites, j’avais proposé de rassembler 4 millions de signatures, ce qui permet…

Intervenant
Mais ça n’a pas été autorisé…

Ségolène ROYAL : Ça n’a pas été autorisé puisque les textes d’applications ne sont pas pris. Donc il y a deux poids deux mesures dans le discours qui est tenu aujourd’hui par le président de la République. Il y a ensuite les budgets participatifs, c’est très important que les citoyens puissent participer à la définition d’une partie de l’engagement de leur argent, de leurs impôts. Je le fais par exemple dans les lycées : il y a un budget participatif dans les lycées de ma région, où les parents d’élèves, les enseignants, les élèves, viennent voter une partie du budget. Et moi je souhaite que dans toutes les communes, dans tous les départements, dans les régions…

Jean-Pierre ELKABBACH : Mais les conseils municipaux, les conseils régionaux, ce n’est pas ça ? Ce n’est pas là que ça se fait ?

Ségolène ROYAL : …Il y a aussi, ensuite, les comités citoyens…

Jean-Pierre ELKABBACH : Et au Parlement ?

Ségolène ROYAL : …Les comités citoyens que l’on voit fonctionner très bien par exemple au Brésil. Lorsque j’ai rencontré le président LULA, qui a dirigé son pays, dirigé son pays non seulement de façon… en responsabilité personnelle, c’est-à-dire avec une autorité de chef d’Etat, et en particulier à l’égard du système bancaire, et qui de l’autre côté a tenu parfaitement le bon équilibre en entraînant son peuple dans une démarche de démocratie participative, y compris…

Jean-Pierre ELKABBACH : Mais on revient, on revient, on revient là…

Michaël DARMON : Le référendum…

Ségolène ROYAL : …Y compris sur la sécurité : vous ne croyez pas que sur la sécurité il y aura un débat très important à lancer en France ? Dans les communes, dans les départements…

Jean-Pierre ELKABBACH : …Mais bien sûr. On voit que le débat est souvent lancé, mais…

Ségolène ROYAL : Il n’est jamais lancé. Il n’est jamais lancé…

Jean-Pierre ELKABBACH : …Consulter le peuple, si toutes les autres solutions, c’est-à-dire le Parlement, les assemblées locales, régionales, etc., sont consultés, les partenaires sociaux, s’il y a paralysie, paralysie de l’action publique, est-ce qu’on ne peut pas recourir en dernier ressort au peuple ? Et en quoi ce serait antidémocratique ?

Ségolène ROYAL : Je crois que ce n’est pas comme ça qu’il faut voir les choses. Je veux dire que la démocratie citoyenne enrichit les autres échelons démocratiques. Et je me souviens, en 2007, Nicolas SARKOZY s’était gaussé de la démocratie participative en disant : Mais qu’est-ce que ça veut dire…

Jean-Pierre ELKABBACH : Il n’était pas le seul, hein, entre nous…

Ségolène ROYAL : …Il n’était pas le seul, à gauche aussi : mais alors, si on perd le temps pour consulter les gens, où va-t-on ? Où va-t-on ?…

Matthieu CROISSANDEAU : Oui, mais est-ce qu’il y a un problème avec les corps intermédiaires en France ? Est-ce qu’il y a un problème avec les syndicats, est-ce qu’il y a un problème avec les élites, avec l’Assemblée, comme le sous-entend le président de la République ? Est-ce que c’est ça qui bloque la France aujourd’hui ?

Ségolène ROYAL : Mais oui, il y a un problème de fonctionnement démocratique du pays. On vient de voir la démocratie citoyenne, il y a un problème sur le fonctionnement de la démocratie sociale : la démocratie sociale ne fonctionne pas dans notre pays. Nous sommes…

Jean-Pierre ELKABBACH : Mais qu’est-ce que c’est, le peuple ? Qu’est-ce que c’est ?…

Ségolène ROYAL : …Nous sommes un des plus en retard d’Europe sur la démocratie sociale. L’un ne remplace pas l’autre : la démocratie sociale renforce les autres modes de démocratie. La démocratie sociale dans l’entreprise, le dialogue social, le font…

Matthieu CROISSANDEAU : A condition d’avoir des syndicats légitimes et représentatifs…

Ségolène ROYAL : …Exactement, à condition de ne pas les décourager, aussi…

Matthieu CROISSANDEAU : …Avec des financements transparents, aussi ?

Ségolène ROYAL : …A condition de ne pas les décourager. Tout se tient ! C’est parce que…

Jean-Pierre ELKABBACH : Qu’est-ce que veut dire Matthieu… ?

Matthieu CROISSANDEAU : Il y a le rapport PERRUCHOT, qui est paru dans la presse cette semaine, qui montre que le financement des syndicats est opaque…

Ségolène ROYAL : Quels syndicats ?

Matthieu CROISSANDEAU : …Mais de tous les syndicats, et le patronat aussi, d’ailleurs…

Ségolène ROYAL : Non, non, non ! Quels syndicats ?

Matthieu CROISSANDEAU : …Des syndicats et du patronat…

Ségolène ROYAL : Quels syndicats ? Parce qu’on a jeté l’opprobre sur l’ensemble des syndicats ; ce rapport porte essentiellement sur la FNSEA et sur les syndicats patronaux…

Matthieu CROISSANDEAU : …Oui, mais sauf sur les syndicats de salariés…

Ségolène ROYAL : …Donc sur le syndicat très lié à l’UMP, qui fait de la cogestion et qui utilise l’argent public de façon totalement dévoyée, dit le rapport, et les syndicats patronaux. Donc moi je n’accepte pas…

Matthieu CROISSANDEAU : …Les cotisations et les syndiqués représentent 3 à 4 % des budgets des syndicats…

Jean-Pierre ELKABBACH : Tous les comités d’entreprises !…

Michaël DARMON : …Ce qu’on a vu avec les comités d’entreprises, avec SEAFRANCE, la CFDT aussi, on voit bien qu’il y a une question sur le financement des syndicats…

Ségolène ROYAL : Pourquoi ? Pourquoi ? Parce que…

Michaël DARMON : …Est-ce que c’est pour vous un sujet de transparence également ?

Ségolène ROYAL : …Oui. Pourquoi c’est un problème ? Parce qu’il y a trop peu de salariés syndiqués. Nous n’avons que 9 %…

Jean-Pierre ELKABBACH : Et la faute à qui ?

Ségolène ROYAL : …Nous n’avons que 9 %…

Jean-Pierre ELKABBACH : On ne peut pas les obliger à se syndiquer !…

Ségolène ROYAL : …Il y a une tradition culturelle…

Jean-Pierre ELKABBACH : …Donc il faut les séduire et les convaincre. Comment… Pourquoi on ne le fait pas ? Pourquoi ça ne les convainc pas ?

Ségolène ROYAL : …Premièrement, parce qu’il y a une répression syndicale dans les entreprises, qui n’existe pas…

Jean-Pierre ELKABBACH : Une répression syndicale ? Ou une répression des syndicats à l’égard de ceux qui ne sont pas syndiqués ?

Ségolène ROYAL : …Non, non, non !…

Jean-Pierre ELKABBACH : Une répression des patronats à l’égard… ?

Ségolène ROYAL : …Mais bien sûr ! Mais bien sûr. Pour être aujourd’hui délégué syndical, militant syndical dans une entreprise, c’est dur ! Ça dépend des entreprises, mais dans beaucoup d’entreprises c’est très dur. Alors qu’il y a en Allemagne, ou dans les pays du nord de l’Europe, une tradition de respect des institutions représentatives du personnel, qui participent à l’efficacité économique des entreprises. Lorsque la France comprendra – et je le disais déjà d’ailleurs en 2007, et ça aurait pu être fait –, lorsque la France comprendra que la qualité d’un dialogue social, que l’association des salariés aux décisions et aux mutations industrielles de l’entreprise, comme c’est obligatoire en Allemagne – on cite beaucoup le modèle allemand, le modèle industriel allemand : pourquoi il y a des combats en Allemagne pour maintenir les industries ? Parce que les syndicats sont associés aux décisions de la mutation industrielle des entreprises ; et donc les entreprises sont obligées d’anticiper ces mutations industrielles. Et quand par exemple je rencontre les ouvriers de Saint-Nazaire, qui me disent : Mais pourquoi on n’a plus de commandes, et pourquoi on ne participerait à la construction des éoliennes off-shore ? Et qu’à la base, souvent chez les salariés, il y a des idées de mutation industrielle qui ne sont pas prises en compte par les actionnaires, parce que ça n’intéresse pas les actionnaires, parce qu’ils préfèrent…

Jean-Pierre ELKABBACH : Vous allez à Saint-Nazaire…

Ségolène ROYAL : …Parfois ils préfèrent délocaliser, ou même… Mais dans beaucoup d’entreprises : pourquoi est-ce que dans les entreprises textiles, y compris textiles, de la région que je préside, nous avons réussi à transformer les entreprises en sociétés coopératives ouvrières de production, alors que les actionnaires voulaient s’en débarrasser…

Jean-Pierre ELKABBACH : Oui mais, ce n’est pas dans le projet du candidat, ça.

Ségolène ROYAL : …Mais si, c’est l’économie sociale et solidaire. C’est l’économie sociale et solidaire…

Jean-Pierre ELKABBACH : Soyons concrets : par exemple, vous dites que vous allez à Saint-Nazaire, mais pourquoi vous n’allez pas, ni vous, ni Martine AUBRY, ni François HOLLANDE, à Fessenheim, pour expliquer aux salariés pourquoi vous allez fermer Fessenheim ?

Ségolène ROYAL : Mais ça ne pose aucun problème d’aller faire un débat…

Jean-Pierre ELKABBACH : Alors pourquoi vous n’y allez pas ?

Ségolène ROYAL : …Moi je pense que sur la question de la…

Jean-Pierre ELKABBACH : Sur le terrain, pour le leur dire, en face ?

Ségolène ROYAL : …Il faut. Il faut. Mais d’ailleurs…

Jean-Pierre ELKABBACH : Voilà pourquoi il faut faire des éoliennes et du photovoltaïque, à la place du nucléaire.

Ségolène ROYAL : …La loi prévoit les comités locaux de consultation autour de chaque centrale nucléaire. Donc c’est très simple : faisons fonctionner démocratiquement les institutions…

Matthieu CROISSANDEAU : Alors, très concrètement…

Ségolène ROYAL : …Attendez, très concrètement, lorsqu’il y aura décision de fermeture d’une centrale, il faut consulter les salariés, il faut consulter les élus de proximité, il faut consulter…

Matthieu CROISSANDEAU : Et s’ils ne sont pas d’accord ?

Ségolène ROYAL : …Mais ils seront d’accord ! Ils seront d’accord. C’est là où vous avez une vision erronée de la démocratie, comme si…

Jean-Pierre ELKABBACH : Oui mais…

Ségolène ROYAL : …Attendez, juste, laissez-moi expliquer les choses…

Jean-Pierre ELKABBACH : …Chaque candidat, que ce soit François BAYROU, Nicolas SARKOZY ou François HOLLANDE, ont décidé ou de fermer ou de laisser ouvert Fessenheim. Qui ont-ils consulté ?

Ségolène ROYAL : Personne.

Jean-Pierre ELKABBACH : Bon ! Eh bien, ni la droite, ni la gauche !

Ségolène ROYAL : Eh bien, il faut consulter.

Jean-Pierre ELKABBACH : Eh bien voilà !

Ségolène ROYAL : Eh bien, il faut faire un débat…

Jean-Pierre ELKABBACH : Mais ce n’est pas dans le programme de votre ami !

Ségolène ROYAL : …Si, il prévoit un débat sur la mutation énergétique. Pourquoi…

Matthieu CROISSANDEAU : Un sujet de discussion, l’été prochain…

Ségolène ROYAL : …Attendez, je finis juste cette question-là, pour que les auditeurs… Non mais, pourquoi ça ne vous intéresse pas ?…

Matthieu CROISSANDEAU : …Si, si, bien sûr !…

Ségolène ROYAL : …Je ne vais pas répondre par oui ou par non…

Jean-Pierre ELKABBACH : Matthieu, si ça ne t’intéresse pas…

Ségolène ROYAL : …Et je vous dis que c’est un élément majeur, d’abord de la réussite des réformes que nous aurons à conduire, si elles sont conduites démocratiquement, avec une exigence sur la transparence, et sur l’association de toutes les formes de démocraties : la démocratie représentative parlementaire, il faut un Parlement qui joue tout son rôle, la démocratie sociale dans l’entreprise, la démocratie territoriale, avec le rôle des collectivités territoriales…

Michaël DARMON : Dans un contexte où le PS a tous les pouvoirs…

Ségolène ROYAL : …Et le quatrième volet de la démocratie, c’est la démocratie participative. Lorsque toutes ces démocraties fonctionnent bien, les réformes sont rapides, les citoyens s’en sont saisis, ils ont…

Jean-Pierre ELKABBACH : Ça c’est le monde idéalisé !

Ségolène ROYAL : …Les citoyens les ont comprises, et donc les réformes sont stabilisées, et donc les changements ont bien lieu. Voilà quelle est la conception du pilotage moderne d’un pays.

Michaël DARMON : Alors justement, et pour conclure, parce qu’on a un temps de parole important de votre part, on est dans ce contexte que vous décrivez, le PS a tous les pouvoirs ; quelle est la garantie que l’Etat PS – entre guillemets – serait à ce moment-là impartial, tel que vous le décrivez ?

Ségolène ROYAL : Quels tous les pouvoirs ?

Michaël DARMON : Eh bien, si François HOLLANDE…

Matthieu CROISSANDEAU : Régions…

Ségolène ROYAL : Le PS n’a pas le pouvoir de l’argent, le PS n’a pas le pouvoir du CAC 40…

Michaël DARMON : Politique ! On parle de politique, vous avez parlé de la démocratie, là.

Ségolène ROYAL : …Le problème, c’est que le pouvoir financier aujourd’hui domine le pouvoir politique. Et donc il est bien temps…

Jean-Pierre ELKABBACH : Non, non, non, mais quand vous arriverez, ce ne sera plus la même chose !

Ségolène ROYAL : …Eh bien, nous n’aurons pas de trop…

Jean-Pierre ELKABBACH : …Mais vous avez, hypothèse, l’hypothèse de DARMON : vous êtes à l’Elysée, à Matignon, à l’Assemblée, au Sénat…

Matthieu CROISSANDEAU : Dans les régions.

Jean-Pierre ELKABBACH : …Toutes les régions, les élus locaux…

Matthieu CROISSANDEAU : Une majorité des départements.

Jean-Pierre ELKABBACH : …MONTESQUIEU se retourne dans sa tombe ! Qui est le contre-pouvoir ?

Ségolène ROYAL : Mais à l’époque de MONTESQUIEU, ce n’étaient pas les banques qui faisaient la loi. Aujourd’hui, c’est le pouvoir financier qui décide. Et donc… Et donc, cette homogénéité, cette cohérence entre tous les pouvoirs politiques, est bienvenue, à un moment où il faudra réformer rapidement et intelligemment. Et cette cohérence entre l’ensemble des pouvoirs de décision, si ça fonctionne bien, c’est la garantie pour les Français, bien au contraire, que nous ne perdrons pas notre temps en zizanies inutiles, en combats inutiles, que les choses seront transparentes. Mais nous devrons prendre l’engagement de nous appuyer sur des citoyens éclairés, qui auront aussi la capacité de nous demander de rendre des comptes, et d’expliquer le sens de nos décisions, y compris sur le choix de fermeture des centrales.

Jean-Pierre ELKABBACH : Donc vous n’êtes pas hostile à la proposition de Nicolas SARKOZY de recourir en dernier recours à un référendum ?

Ségolène ROYAL : Je vous ai répondu deux choses. C’est que premièrement, la démocratie citoyenne ne se résume pas à un référendum ; c’est une vision globale et structurante de la société. Ce n’est pas une opération de communication de dernière minute à la fin d’un quinquennat. Deuxièmement, le choix de…

Jean-Pierre ELKABBACH : Mais c’est pour ouvrir un nouveau éventuel quinquennat…

Ségolène ROYAL : …La question doit être une question structurante, intelligente, sur laquelle les Français ont véritablement un choix, qui est précédée par un débat de fond, pour bien comprendre les enjeux. Et troisièmement, il ne faut pas faire la réponse avant d’avoir posé la question, ce qui est le cas pour le référendum qu’il propose.

Jean-Pierre ELKABBACH : Oui. Nous nous retrouvons avec vous dans un instant.

(…) Publicité

Jean-Pierre ELKABBACH : Et surtout l’invitée du « Grand Rendez-vous » est aujourd’hui Ségolène ROYAL, soutien de François HOLLANDE. Question de Matthieu CROISSANDEAU et puis de Michaël DARMON.

Matthieu CROISSANDEAU : Il n’y a pas grand-chose sur les salaires dans le programme de François HOLLANDE, voire rien. Est-ce que vous êtes favorable à une augmentation du SMIC, s’il est élu ? Et si oui, de combien ?

Ségolène ROYAL : D’abord, il y a des choses sur les salaires dans le projet, puisqu’il y a la négociation salariale, la conférence salariale, dès l’élection…

Matthieu CROISSANDEAU : Qui se tiendra dès l’été, si jamais il est élu, justement…

Ségolène ROYAL : …Exactement.

Matthieu CROISSANDEAU : …On parlera du SMIC à ce moment-là. Est-ce qu’il faut augmenter le SMIC ?

Ségolène ROYAL : Il faut augmenter les bas salaires. Qui peut vivre aujourd’hui avec le SMIC, et même avec les bas salaires ? Donc le problème, c’est qu’il y a une mauvaise répartition des richesses et des revenus – premier point. Deuxième chose, et beaucoup d’entreprises sont en grande difficulté aujourd’hui ; donc on ne peut pas déconnecter la hausse des salaires de la capacité nouvelle qui sera donnée aux entreprises de se développer. On en a parlé tout à l’heure, je n’y reviens pas…

Matthieu CROISSANDEAU : Vous ne dites pas, comme Jean-Luc MELENCHON, 1.700 euros, ou comme Marine LE PEN, 300 euros pour tous les bas salaires en plus ?…

Ségolène ROYAL : …Non, il n’y a pas de chiffres qui soient lancés sur la table, puisque aujourd’hui…

Jean-Pierre ELKABBACH : Donc c’est le principe, on augmentera le SMIC ?

Ségolène ROYAL : …Ecoutez, aujourd’hui, je l’ai dit tout à l’heure…

Jean-Pierre ELKABBACH : …C’est tout, on verra ?…

Ségolène ROYAL : …Non, non. C’est l’ensemble des bas salaires, c’est l’ensemble de la hiérarchie des salaires qu’il faut revoir…

Michaël DARMON : …Non, parce que vous dites : bas salaires et pas SMIC – c’est très important, la nuance. Vous ne dites pas SMIC, vous dites : bas salaires ?

Ségolène ROYAL : Les bas salaires.

Michaël DARMON : Parce que le SMIC, au fond, l’augmenter, c’est aussi une forme de modération salariale, puisque ça empêche les autres salaires de monter.

Ségolène ROYAL : C’est l’ensemble des bas salaires. De toute façon, vous savez, la grande priorité c’est la relance de l’activité économique. Les entreprises peuvent distribuer des salaires si leur activité redémarre. Donc l’élément clé pour les socialistes, c’est d’assurer suffisamment de réformes de structures, d’engagements sur la reconquête industrielle, de réformes du système bancaire, pour que l’activité économique redémarre. Et comme nous allons revivifier le dialogue social dans l’entreprise, il se passera ce qui se passe dans les entreprises du nord de l’Europe, c’est-à-dire : lorsqu’une entreprise fait des profits, il y a une discussion sur la répartition des profits entre le capital et le travail.

Michaël DARMON : On ne pourra pas redistribuer pendant deux ans un seul euro, entend-on autour de ceux qui font le programme de François HOLLANDE, à cause de toutes les structures et les réformes qu’il faudra faire. Est-ce que ça c’est…voilà, vous donnez ce calendrier également ?

Ségolène ROYAL : Mais on ne peut pas, on ne peut pas isoler comme ça une réforme concernant les salaires, de l’ensemble de la relance de l’activité économique. Il faut assainir le système bancaire, il faut…

Jean-Pierre ELKABBACH : Ça vous l’avez dit, mais…

Ségolène ROYAL : …Mais c’est très important ! On ne…

Jean-Pierre ELKABBACH : …Est-ce que vous avez…

Ségolène ROYAL : …Vous savez, qu’est-ce que c’est l’enjeu de l’élection présidentielle ? C’est de savoir si cette crise va être une chance, une opportunité à saisir pour changer le système, pour réformer le système, et pour saisir l’opportunité de la mutation économique et industrielle de pays. Alors…

Jean-Pierre ELKABBACH : Mais en attendant, vous avez vu ce que vous a dit Didier MIGAUD, ce que vous a dit la Cour des Comptes ? Et qu’il a dit à tous les candidats : Il faut serrer la ceinture, il faut geler les salaires, il faut réduire les déficits en catastrophe et en urgence. Ça aussi, ça veut dire peut-être saquer les patrons, comme vous le disiez tout à l’heure, comme Carlos GHOSN, qui gagne en France et au Japon, et quelques autres. Mais en même temps, il faut que l’ensemble du pays considère que d’abord c’est la réduction des déficits ?

Ségolène ROYAL : Mais bien sûr. Il faut une gestion…

Jean-Pierre ELKABBACH : Comme dit la Cour des Comptes – ce n’est pas moi qui le dis.

Ségolène ROYAL : …Il faut une gestion rigoureuse, bien sûr, des fonds publics. Mais ça ne suffit pas. On ne va pas, quand même, nous transformer en Grèce, c’est-à-dire tout sacrifier : sacrifier le système éducatif, sacrifier le système des retraites, sacrifier la santé, baisser les bas salaires – et ensuite, ça débouche sur quoi ? Sur davantage de crises, et sur une dépression économique dramatique. Donc…

Jean-Pierre ELKABBACH : D’accord. Alors on va essayer de vous poser dans les dernières minutes un certain nombre de questions très très précises. Question, Michaël DARMON, allez !

Ségolène ROYAL : Mais on n’est pas au quizz ni au « petit bac »…

Michaël DARMON : Non, non, non, ce n’est pas une question de quizz, c’est pour prolonger ce que vous dites…

Ségolène ROYAL : …On est dans un enjeu présidentiel, où c’est d’abord des réformes de structures de fond, et une autre conception, une autre organisation de la société, qui doit la rendre plus efficace.

Michaël DARMON : Pour prolonger ce que vous dites : retrouver la croissance, et retrouver justement la capacité à assainir le système. Nicolas SARKOZY avance une idée : le travail du dimanche, l’élargir dans ces conditions, pour retrouver la croissance. Qu’est-ce que vous en dites ?

Ségolène ROYAL : Et vous ? Vous pensez que…

Michaël DARMON : Moi je n’ai rien à dire ! C’est vous que j’interroge.

Ségolène ROYAL : …Est-ce que vous pensez que le travail du dimanche va nous sortir de la crise économique ? Est-ce que vous pensez qu’un référendum sur la formation professionnelle des chômeurs nous sort de la crise économique ? Est-ce que vous pensez que cette série de provocations nous sort de la crise économique ? Moi je…

Jean-Pierre ELKABBACH : Non mais, ce que vous demande Michaël DARMON, c’est : les règles actuelles aujourd’hui du commerce…

Ségolène ROYAL : …Ma conception de la politique…

Jean-Pierre ELKABBACH : …C’est cinq dimanches par an. C’est… je crois que ça s’appelle le Conseil du commerce, réclame de 10 à 12 dimanches par an, dans certains cas…

Ségolène ROYAL : …Est-ce que c’est un enjeu présidentiel, ça ? Est-ce que vous pensez qu’on sort de la crise avec un débat sur le nombre de dimanches ouverts ? Il y a déjà des dérogations, il y a déjà des dérogations qui peuvent être données par les préfets sur les territoires touristiques. Donc si l’on veut…

Jean-Pierre ELKABBACH : Vous dites…

Matthieu CROISSANDEAU : …Il y a un autre enjeu présidentiel, c’est les entreprises, c’est les usines qui ferment.

Ségolène ROYAL : …Mais où on est, là ? Mais à quel niveau de débat politique on est ? Si le président de la République candidat en est simplement à relancer sur la table des débats sur le travail le dimanche, c’est vraiment…

Jean-Pierre ELKABBACH : Alors, on va changer de niveau…

Ségolène ROYAL : …Vraiment, il n’a pas compris l’enjeu qui est devant lui ! Ni la situation dans laquelle se trouve le pays.

Jean-Pierre ELKABBACH : …Ségolène ROYAL, demain, l’Eurogroupe…

Ségolène ROYAL : Je vous disais tout à l’heure, il y a quand même des retraités aujourd’hui qui font les poubelles pour manger ! On nous parle du travail du dimanche ? Mais, on ne vit pas dans le même pays, j’ai l’impression !…

Jean-Pierre ELKABBACH : …On parle de la Grèce. L’Eurogroupe. Les ministres des Finances se réunissent, de la zone euro, se réunissent à Bruxelles. Il paraît qu’il y a deux scénarios, l’un qui est chuchoté, la sortie de la Grèce de la zone euro, d’autres, l’annulation de la Grèce, de la dette de la Grèce. Qu’est-ce que vous… ça reviendrait presque au même. On est à quel endroit ? Qu’est-ce que vous pensez, qu’est-ce qu’il faut faire ?

Ségolène ROYAL : Les injonctions qui ont été données à la Grèce vont toutes uniquement dans le même sens, et sont totalement déséquilibrées. Je m’explique. On a demandé à la Grèce encore plus de rigueur, on a baissé le niveau du SMIC en Grèce – le niveau du SMIC maintenant est à quoi ? Entre 500 et 700 euros. Vous imaginez ? Alors que les prix n’ont pas baissé. Donc on est en train de mettre à genoux la Grèce, qui l’est déjà. Donc c’est sans issue. Où sont les autres injonctions qui auraient dû être données à la Grèce ? Il y a…

Jean-Pierre ELKABBACH : Alors les injonctions aux politiques grecs…

Ségolène ROYAL : …Eh bien, je peux vous les donner, les injonctions…

Jean-Pierre ELKABBACH : …Dont vous connaissez quelques-uns. Des politiques grecs qui n’ont pas créé une administration, un Etat, une politique fiscale, et qui voient leur pays sous le contrôle de qui ? Des institutions internationales, c’est vrai. Mais en même temps, on voit que le peuple, pendant que le peuple plonge dans la pauvreté, l’armée, l’Eglise – qui encore ? –, les armateurs se goinfrent. C’est normal, ça ?

Ségolène ROYAL : Non, ce n’est absolument pas normal ! C’est-à-dire, où sont les grandes fortunes grecques ?

Jean-Pierre ELKABBACH : A Londres.

Ségolène ROYAL : Voilà.

Jean-Pierre ELKABBACH : Ou en Suisse.

Ségolène ROYAL : Alors pourquoi les injonctions des instances européennes n’ont-elles pas aussi porté sur cette question-là, sur le rapatriement des grandes…

Jean-Pierre ELKABBACH : Mais pourquoi vous ne l’avez pas dit à Monsieur PAPANDREOU…

Ségolène ROYAL : …Attendez, laissez-moi finir…

Jean-Pierre ELKABBACH : …Qui a été au gouvernement pendant longtemps…

Ségolène ROYAL : …Mais je lui ai dit…

Jean-Pierre ELKABBACH : …Vous qui êtes vice-présidente de l’Internationale Socialiste ?

Ségolène ROYAL : …Mais oui, je lui ai dit ! C’est pour ça que je le connais bien, il est président de l’Internationale Socialiste. Combien de fois en avons-nous parlé, puisque je suis vice-présidente de cette structure ? Mais il succédait à un gouvernement de droite, vous le savez bien, qui avait…

Jean-Pierre ELKABBACH : Qui lui-même succédait à un gouvernement de gauche.

Ségolène ROYAL : …Qui avait falsifié… Attendez, soyons sérieux : qui avait falsifié des comptes publics, vous le savez. Donc les injonctions de la Commission Européenne auraient dû d’abord être : clarification des comptes publics de la Grèce, lutte contre la fraude fiscale considérable des grandes fortunes grecques, lutte contre la fraude… fiscalisation des armateurs grecs, économies peut-être sur les achats de matériels militaires, justice fiscale et justice sociale en Grèce ; c’est-à-dire, des réformes structurelles, par rapport à un système dans lequel une poignée de grandes fortunes ont quasiment racketté ce pays. Il y a eu un racket des 300 plus grandes fortunes grecques sur le pays, qui ont épuisé ce pays, qui ont mis cet argent en Suisse, et jamais…

Jean-Pierre ELKABBACH : Très bien pour la dénonciation, Ségolène ROYAL

Ségolène ROYAL : …Non, non, pas très bien pour la dénonciation ! Vous l’avez entendu…

Jean-Pierre ELKABBACH : …Non, non, mais maintenant qu’est-ce qu’on fait ?

Ségolène ROYAL : …Vous avez entendu Monsieur BARROSO dire ça ?…

Jean-Pierre ELKABBACH : …Non, mais nous on le répète régulièrement.

Ségolène ROYAL : …Non mais, vous, vous n’êtes pas Monsieur BARROSO !…

Matthieu CROISSANDEAU : …Est-ce qu’il faudrait purement et simplement annuler la dette ?

Ségolène ROYAL : ..Est-ce que vous avez entendu un dirigeant européen, que ce soit le président de l’Europe, le président de la Commission, un ministre des Finances quelconque, la fameuse ministre des Affaires étrangères, là, qu’on ne sait pas où elle est, d’ailleurs ! Où sont-ils, ces dirigeants européens, qui n’ont comme seule injonction à la Grèce de lui dire, de leur dire : baissez le SMIC, renoncez à la santé, renoncez à l’éducation ! Où sont-ils ? Où sont-ils ?

Matthieu CROISSANDEAU : …Mais la solution, est-ce que ça ne serait pas d’annuler la dette, de prendre sa perte, comme disait Dominique STRAUSS-KAHN à l’automne dernier, sur la Grèce ? Est-ce qu’il ne faut pas tout simplement annuler la dette ?

Ségolène ROYAL : On ne peut pas annuler la dette grecque sans exiger des réformes de structure. Moi j’attends de lundi que les ministres réunis… ou le conseil des ministres, qu’a-t-il dit ? Qu’a-t-il dit ? Pourquoi est-ce que les dirigeants n’ont rien dit ? Pourquoi est-ce que le président de la République française n’a rien dit ? Pourquoi ? Je vais vous dire…

Jean-Pierre ELKABBACH : …Qu’est-ce qui s’est passé à Cannes ? Vous vous rappelez ce qui s’est passé au G20 ? Quand Monsieur PAPANDREOU est arrivé et que Madame MERKEL et SAKORZY lui ont tiré les oreilles ?

Ségolène ROYAL : …Je vais vous donner la raison de cette lâcheté collective : c’est que si les instances européennes commencent à dire à un pays européen : soyez plus équitable, soyez plus juste, luttez contre la fraude fiscale des grandes fortunes – alors tous les pays européens devront aussi rendre des comptes sur les injustices fiscales, sur la fraude fiscale…

Jean-Pierre ELKABBACH : Ça se fera. Ils seront obligés de le faire.

Ségolène ROYAL : …Sur la domination des grandes fortunes, sur les expatriations des grandes fortunes. Et comme il y a une telle collusion…

Matthieu CROISSANDEAU : On craint l’effet domino, et on ne fait rien ?

Ségolène ROYAL : …Et comme il y a une telle collusion entre les pouvoirs conservateurs et le pouvoir de l’argent, personne n’a envie que les instances européennes viennent mettre le doigt et viennent demander des comptes… Alors c’est plus facile de taper sur les pauvres, de taper sur les smicards, de taper sur les services publics, d’exiger la régression ultralibérale…

Jean-Pierre ELKABBACH : Et vous dites que ça pend au nez de tous les pays qui sont mal gérés ?

Ségolène ROYAL : …Mais bien sûr. Mais bien sûr.

Jean-Pierre ELKABBACH : Bon. Encore une ou deux questions avant que nous nous séparions. A Paris, David CAMERON et Nicolas SARKOZY viennent de décider de construire plusieurs EPR au Royaume-Uni. C’est des contrats très importants, avec EDF et AREVA qui vont participer, avec des entreprises britanniques. C’est un marché, paraît-il, de 72, 75 milliards. Est-ce que c’est un pied-de-nez à toutes vos idées sur le nucléaire ? Et d’autre part, si vous arrivez au pouvoir, est-ce que vous coupez ces accords, ce type d’accords ?

Ségolène ROYAL : Ecoutez, si l’on fait le compte des accords industriels qui ont eu lieu depuis que le président de la République fait des voyages, signe des parafeurs, et derrière, on se rend compte qu’il y a l’accélération de la désindustrialisation de la France, il y a quand même un paradoxe ! Tous les jours, à une période, tous les jours il signait des accords industriels avec les pays du monde entier. Où sont… Où est cette traduction ? Et on ferme ARCELOR-MITTAL, le dernier haut-fourneau ? Mais si tous ces engagements étaient vrais, étaient réels, aucune des entreprises industrielles françaises n’aurait fermé ! On aurait même construit des usines, par rapport à toutes les commandes, la masse de commandes qui ont été annoncées aux Français !…

Jean-Pierre ELKABBACH : D’accord, mais vous ne m’avez pas répondu…

Ségolène ROYAL : …Eh bien, je mets ça dans le même paquet…

Jean-Pierre ELKABBACH : …C’est-à-dire…

Ségolène ROYAL : …Si vous voulez, j’attends de savoir, et de voir…

Jean-Pierre ELKABBACH : …Et si les Rafale sont vendus à l’Inde, peut-être un jour à la Suisse, peut-être aux Emirats Arabes, qu’est-ce que vous faites ?

Ségolène ROYAL : Mais, je me réjouis, moi, de voir… si l’industrie française s’exporte.

Jean-Pierre ELKABBACH : …Mais les centrales, non ? Niet, pour les centrales ?
Ségolène ROYAL
On verra ! D’abord, est-ce que c’est une réalité, derrière ?…

Jean-Pierre ELKABBACH : Oui, ils ont engagé…
Ségolène ROYAL
…Mais s’il y a une demande de savoir-faire, mais pourquoi pas ?

Jean-Pierre ELKABBACH : Ils avancent, ils avancent.

Ségolène ROYAL : Eh bien, on verra.

Jean-Pierre ELKABBACH : On verra. Dernière question, Matthieu CROISSANDEAU.

Matthieu CROISSANDEAU : Si François HOLLANDE est élu, on parle de vous pour l’Assemblée nationale, pour présider l’Assemblée nationale. Pourquoi ce job vous intéresse ?

Ségolène ROYAL : J’ai répondu à cette question parce qu’on me l’a demandé, mais je ne vais pas y insister outre-mesure. Là nous sommes dans la dernière ligne droite de l’élection présidentielle, donc on verra à ce moment-là comment s’organisent les pouvoirs publics. Mais je ne veux pas vous dire le contraire, puisque j’ai déjà répondu positivement à une question que me posait l’un de vos confrères. Voilà.

Jean-Pierre ELKABBACH : Est-ce que vous êtes assuré, ce matin, de la victoire de François HOLLANDE ?

Ségolène ROYAL : Mais, aucune… Moi je respecte le peuple français, et nous respectons, à gauche, par définition, le peuple français ; et personne ne considère qu’une élection est jouée avec que les citoyens n’aient voté.

Jean-Pierre ELKABBACH : Oui, mais dans le climat d’aujourd’hui ?

Ségolène ROYAL : Le climat est plutôt bon !

Jean-Pierre ELKABBACH : Oui ? Mais vous ne me répondez pas. Est-ce qu’il est assuré de sa victoire ?

Ségolène ROYAL : Je viens de vous répondre : aucune victoire n’est assurée à l’avance – sinon, ce n’est même pas la peine d’aller voter, de convoquer les citoyens aux urnes. Ne faisons pas…

Michaël DARMON : Qu’est-ce qui fait que François HOLLANDE va gagner, selon vous ?

Ségolène ROYAL : …Ne faisons pas preuve ni d’arrogance, ni d’excès de certitude. Un combat électoral, c’est un combat électoral, il faut gagner la confiance d’une majorité de citoyens. Je pense que les choses sont en bonne voie, mais il y a encore une époque de campagne, il y a encore des convictions et un travail pédagogique très important à faire, notamment auprès des catégories populaires, des ouvriers, des habitants des quartiers populaires, qui n’ont pas envie de venir voter pour l’instant – et on a besoin qu’ils viennent voter, parce qu’on a besoin d’eux pour redresser la France demain. Et venir voter, c’est déjà venir participer à son avenir commun, et c’est cette espérance-là que nous voulons incarner.

Jean-Pierre ELKABBACH : Participer, participer à cette campagne, ce sera aussi votre job. Merci d’avoir participé au « Grand Rendez-vous »…

Ségolène ROYAL : Merci de votre invitation.

Jean-Pierre ELKABBACH : …A bientôt, à la semaine prochaine

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