Chers Amis, chers Camarades les militants du monde entier,

Monsieur le Vice-Président de la République, Kgalema Motlanthe

Chers Amis de l’ANC,

Un grand merci de nous accueillir dans ce magnifique pays d’Afrique chargé d’histoire, pour tenir notre 24ème Congrès pour la première fois en Afrique et pour proposer des solutions de Gauche à la crise, en adressant un message politique fort aux hommes et aux femmes du monde entier.

D’ailleurs nous sommes au Cap tout près du Cap de Bonne espérance, d’une beauté éblouissante, tout un symbole. Et c’est bien d’espérance dont tous ceux qui souffrent ont besoin.

La tragédie que vient de connaître l’Afrique du Sud à la mine de Marikana est terrible. Elle a créé un choc ici et dans le monde entier. Un traumatisme. Toute notre solidarité va aux familles des mineurs victimes.

Mais toutes nos pensées vont dans cette épreuve au gouvernement du Président Jacob Zuma qui doit faire face à cette blessure, notre solidarité au moment où il cherche des solutions pour répondre aux problèmes qui nourrissent le terreau de la révolte et des violences. Et je dois dire que les solutions seront trouvées parce que l’on connait l’idéal d’humanisme qui anime les dirigeants de ce grand pays d’Afrique du Sud.


Cher-e-s Ami-e-s, cher-e-s Camarades,


Les Français par leur vote viennent de mettre fin à dix ans de Droite et à cinq ans de Sarkozysme.

Je suis heureuse de vous apporter le salut amical et très attentif de François Hollande, le Président de la République Française, que vous connaissez tous puisque, en tant que Premier Secrétaire du Parti Socialiste Français pendant 10 ans, il a été membre de l’Internationale Socialiste.


J’aborderai successivement deux sujets :


I. Les actions concrètes du Gouvernement de la France avec un Président socialiste


II. Mes propositions sur le sujet de ce matin, « quelles solutions de Gauche à la crise ».


I. LE GOUVERNEMENT SOCIALISTE FRANÇAIS DIRIGE PAR J.M. AYRAULT EST AU TRAVAIL, AVEC UNE DOUBLE PREOCCUPATION :


- Répondre aux urgences,

- Faire les réformes de structure pour bâtir l’avenir.


Trois grands chantiers ont été ouverts et des décisions ont été immédiatement prises pour le changement.

Je voudrais en citer quelques unes.


1. Une nouvelle façon de gouverner :


- Baisse de salaire de 30% du Président, du 1er Ministre et des Ministres,

- Gouvernement paritaire,

- Rétablissement du dialogue social,

- Encadrement des salaires des dirigeants des entreprises publiques : pas plus de 1 à 20 entre le plus bas salaire et le plus haut,

- Projet de loi pour lutter contre le harcèlement sexuel,

- Abrogation des restrictions concernant les étudiants étrangers,

- Dignité aussi : Suppression de la rétention des familles étrangères avec enfants.


2. Le redressement des comptes publics dans la justice :


Je ne peux tout citer, mais :

Recettes :

- Impôt sur la fortune des gros patrimoines,

- Augmentation de la taxe de 14 à 30% sur les stocks options,

- Doublement de la taxe sur les transactions financières.


Dépenses :

- Augmentation du salaire minimal et lancement des négociations des salaires dans l’entreprise,

- Augmentation de 25% de la bourse scolaire (Allocation de rentrée scolaire),

- Encadrement des loyers.


3. Un nouveau cap :


D’autres choix que ceux de la Droite, avec de nouvelles priorités :

Education : Programmation de 12.000 recrutements d’enseignants et d’encadrants et leur formation professionnelle

Emploi : Notamment contre le chômage des jeunes

Environnement : Mutation énergétique et le débat sur l’avenir du nucléaire

La politique internationale : Sur ce sujet, je ne peux pas tout évoquer. Je rappelerai le retrait des forces françaises d’Afghanistan et une nouvelle vision de la régulation financière lors du G8 et du G20 à Los Gabos.

Nous avons aussi à refonder nos relations avec l’Afrique, après l’inadmissible discours de Dakar, dont vous avez été nombreux à me reparler ces jours-ci, de l’ancien Président de Droite qui a blessé les africains et pas seulement eux, selon lequel « l’Homme africain n’est pas entré dans l’Histoire ». Je m’honore d’avoir eu l’occasion lors d’un meeting avec mon ami Ousmane Tanor Dieng, Secrétaire du PS sénégalais, de demander pardon au nom de la France, en tant qu’ancienne candidate à l’élection présidentielle. Oui pardon, pour les propos qui n’engagent ni la France, ni les humanistes du monde entier, je me dois de le redire sur le sol sud-africain. Si je vous dis tout cela sur la France, ce n’est pas pour faire une auto-promotion mais c’est parce que tout pouvoir socialiste qui arrive aux responsabilités vit l’ardente obligation de ne pas décevoir et la mise en commun de nos efforts, de nos réussites et de nos difficultés constitue une inspiration et une force.

II. QUELLES SOLUTIONS DE GAUCHE FACE A LA CRISE ? VOICI MAINTENANT MES PROPOSITIONS POUR CE CONGRES :


Qu’est-ce qui fait notre passion commune ? Quel est le sens de notre engagement ? S’il ne fallait retenir qu’une idée directrice, notre colonne vertébrale, notre repère majeur, c’est la certitude que la réduction des inégalités et des injustices n’est pas une conséquence de la croissance, c’en est une des conditions.

Ce n’est pas seulement une répartition juste des fruits de la croissance (quand il y en a) que la Gauche doit garantir, c’est changer le système et les priorités pour qu’au coeur même de la production, le respect du travail, des femmes et des hommes, leur dignité et leur juste rémunération, soit source de bien être et donc de productivité pour les entreprises.

Amartya Sen, le prix Nobel d’Economie, avec lequel j’ai eu l’occasion de dialoguer plusieurs fois, appelle cela la capabilité des travailleurs.

C’est pourquoi je propose, pour nourrir nos travaux et nos réflexions, 4 priorités qui correspondent à des actions très concrètes.


1. NOUS DEVONS PORTER LA PAROLE DES « SANS VOIX », pour qu’ils aient d’autres formes d’expression que la révolte quand ils sont à bout. Ce qui signifie concrètement que, lorsque la Gauche est au pouvoir, elle doit, en complément de la Démocratie parlementaire, inventer des formes de démocraties citoyennes participatives et garantir l’honnêteté du dialogue social, de la démocratie sociale.


2. L’EDUCATION MASSIVE ET LA FORMATION PROFESSIONNELLE PERMANENTE, y compris avec les nouvelles technologies et le télé-enseignement, sont les leviers les plus efficaces du développement et de la croissance. Les taxes sur les transactions financières et l action des organisations financières internationales devraient être massivement consacrées à cet objectif. Il y a trop de saupoudrage et de dispersions.

La protection de la famille et la reconnaissance du rôle des femmes, des mères isolées font partie de cette priorité éducative.


3. LA MUTATION ENERGETIQUE EST UN IMPERATIF COMMUN AU NORD ET AU SUD VERS LES ENERGIES RENOUVELABLES NON POLLUANTES.


Les pays du Sud disposent d’une réserve inépuisable d’énergie gratuite : le soleil. Mais force est de constater que les investissements mondiaux ont été orientés vers les besoins et les choix énergétiques du Nord : les énergies fossiles polluantes et les modes de déplacement individuels qui asphyxient les villes en les deshumanisant. Il est urgent de changer de modèle énergétique. Par ailleurs, l’avenir sur l’énergie nucléaire doit être débattu de façon transparente et démocratique au niveau mondial.


4. Les flux financiers planétaires doivent être mis au service de la production. La finance doit cesser de commander mais doit obéir et se mettre au service de la hausse du niveau de vie et non se servir à elle-même.


LES BANQUES PUBLIQUES D’INVESTISSEMENT DOIVENT VOIR LE JOUR DANS TOUS LES PAYS DIRIGES PAR LA GAUCHE.

La crise mondiale est venue d’un pouvoir financier exorbitant qui ne peut prospérer qu’en détruisant les valeurs humaines.

La mission de la Gauche, c’est d’inverser ce mécanisme et de mettre fin à la perversité de ce système pour remettre en avant les valeurs humaines.

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Pour terminer, je voudrais saluer l’ANC, parti centenaire qui a payé au prix fort son combat pour la liberté et vous dire la force et l’émotion que nous donne la densité de l’histoire de l’Afrique du Sud et des combattants héroïques au premier rang desquels Madiba, Nelson Mandela, - nous lui adressons des voeux de bonne santé. Il est une conscience pour le monde et puisse son extraordinaire courage - 25 ans de captivité sans perdre espoir - nous aider et nous inspirer pour continuer l’oeuvre d’émancipation de ceux qui souffrent.

Dans la visite très émouvante de la prison de Robben Island que j’ai faite hier, comme celle de sa maison à Soweto, il y a deux jours, ainsi que la rencontre de l’ONG Philisa Abafasi dans le township de Lavender Hill qui se bat pour protéger les femmes victimes de viol et pour les éduquer, ou encore la longue conversation passionnante avec Graça Machel-Mandela à Johannesburg. J’ai croisé aussi les artistes du festival du Jazz - la musique et les chants africains qui ont tant fait pour exalter la liberté et le courage des opprimés – où étaient repris les chants merveilleux de Myriam Makeba et visité la réserve naturelle avec tous les efforts pour protéger ici la biodiversité.

Partout, on retrouve ce message universel que Nelson Mandela a donné au monde entier dans son discours d’investiture du 10 mai 1994 :

« De l’expérience d’un désastre humain inouï, disait-il, doit naître une société dont toute l’humanité sera fière ». Il ajoutait « nous comprenons qu’il n’y a pas de voix facile vers la liberté, nul d’entre nous agissant seul ne peut obtenir la réussite. Nous devons donc agir ensemble pour la naissance d’un nouveau monde. Que la justice soit présente pour tous, que la paix soit là pour tous, que le travail, le pain quotidien, le pain et le sel soient à la disposition de tous !

Tout ceci, nous le devons tant à nous mêmes qu’aux peuples du monde qui sont si bien représentés aujourd’hui. »

Et bien, c’est cette vision et ce courage de Nelson Mandela qui nous accompagne encore aujourd’hui. Et merci du fond du coeur à nos amis sud-africains de nous faire ce cadeau en nous accueillant ici pour le congrès de l’Internationale Socialiste.


XXIV Congrès de l’Internationale Socialiste

Le Cap - 30 Août - 1er Septembre

Discours de Madame Ségolène ROYAL

Présidente de la Région Poitou-Charentes

Ancienne Ministre - Députée Honoraire

Présidente de l’Association Internationale des Régions Francophones

Vice-Présidente de l’Internationale Socialiste