Plusieurs articles ayant déjà été publiés sur le livre qui sort la semaine prochaine, vous avez été nombreux à m’interroger sur son contenu.

C’est pourquoi je livre ici quelques extraits de l’introduction qui expliquent les motivations de cet ouvrage dans lequel vous ne trouverez aucune polémique.

C’est un livre résolument optimiste et joyeux, tourné vers l’avenir.


PANSER SES PLAIES ET REPARTIR


L'idée de ce livre est née de la question que m'ont tant de fois posée des proches comme des inconnus, des militants et des citoyens, en France et hors de France : "Comment faites-vous pour continuer, malgré tout ?" Et j'ai pensé que ce travail de mémoire sur les sources du courage pouvait servir à d'autres, à vous, cher lecteur, par exemple qui êtes parfois tenté par le découragement dans ce que vous entreprenez et espérez.


Bien sûr chacun, en fonction de sa propre histoire, sera percuté, au contraire, restera indifférent à tel ou telle grand témoin. Ces "passeurs d'énergie", comme j'aime les appeler, ont en commun de s'être surpris eux-mêmes d'accomplir des choses extraordinaires dont ils ne se croyaient pas capables.
"J'ai appris que le courage n'était pas de ne pas avoir peur, mais d'en triompher", nous enseigne Nelson Mandela. Il a raconté qu'il avait souvent eu peur. Franklin Roosevelt, lourdement handicapé, a mis tellement d'énergie à rééduquer son corps que tout le reste lui paraissait facile.
Bien sûr, d'autres auraient eu leur place dans cette galerie de portraits, de personnalités hors du commun qui ont la capacité de nous transmettre des élans de courage, sous une forme ou une autres, qu'elle soit directe ou par la lecture.
J'ai choisi celles et ceux avec lesquels, d'une façon ou d'une autre, j'ai noué une rencontre. J'explique brièvement ce lien, à chaque fois, non par modestie ou par goût de l'introspection, mais pour expliquer ces choix sans artifice.
C'est Leyla Zana, emprisonnée dix ans (1994-2004), séparée de sa famille et de ses deux jeunes enfants, mais triomphant pour sa cause.
C'est Olympe de Gouges, guillotinée mais passant à la postérité.
C'est Louise Michel, déportée mais joyeuse, Nelson Mandela qui ne peut sortir de prison pour enterrer son fils, Jaurès (" Le courage, c’est de ne pas livrer sa volonté au hasard des impressions et des forces ") et Lincoln assassinés. Jeanne d'Arc sur le bûcher.
Et ceux qui avouent s'être engagés sans savoir de quoi demain sera fait : vingt-quatre ans d'opposition pour François Mitterrand (" Se tenir droit et regarder loin. "), quatre candidatures pour Lula (" Je ne suis pas le résultat d’une élection, je suis le produit d’une Histoire. "), l’épreuve de la torture traversée par Dilma Rousseff (" J’ai endurée les souffrances les plus extrêmes. Je ne garde aucun regret, aucune rancune. "), le vœu de pauvreté de la pétillante Sœur Emmanuelle ("Pour un but aimé et librement choisi nous sommes toutes et tous capables d’étonnants efforts."), ou la fidélité et la force de création d'Ariane Mnouchkine.
C'est aussi François Gabart, victorieux d'un invraisemblable défi physique, psychologique et stratégique qui a raison lorsqu'il observe que "l'on n'utilise que 20 % de son potentiel".
Je donne aussi la parole, en raison de ses extraordinaires réquisitoires, à l'avocat général devant la Cour de Justice, qui a agi en mémoire de deux étudiants morts dans l'indifférence.
Et aussi aux luttes collectives ouvrières, celle des ouvriers d'Heuliez, celle des ouvrières du textile qui ont repris leur entreprise en Scop Bocage Avenir Couture, celle des Aubade ("Nous voulons montrer que les petites mains ont une tête."), contre le drame des pertes d'emplois et de destruction de la mémoire.

Il s'agit de se nourrir de rencontres, de révoltes partagées et de combats menés auxquels je dois une bonne part de l'endurance et de la persévérance dont on me crédite.
Ce livre exprime une reconnaissance à l'égard de ces "passeurs de courage", comme j'aime les appeler. Il dit combien je leurs dois et comment les uns et les autres nous poussent à avancer sur la route qu'ils nous aident à tracer.

Leurs leçons sont universelles, elles peuvent servir à d'autres qui pourront, je l'espère, y puiser, elles et eux aussi, des raisons de tenir bon face à l'adversité car c'est ainsi qu'on se relève et qu'on avance.

Puissent ces portraits et ces témoignages avoir le pouvoir de transmettre à toutes et à tous une part de leur étincelant message.
Et si ce travail de mémoire, cette parole donnée à des hommes et des femmes au courage éblouissant, permet au lecteur qui se décourage de découvrir en lui des ressources inconnues jusque-là, un potentiel insoupçonné, une capacité à surmonter les épreuves et à aller chercher ce dont il ne se savait même pas capable, j'en serai heureuse.

Le premier passeur de courage auquel je donne la parole est le dernier grand héros contemporain : Nelson Mandela et je voudrais partager avec vous les photos que j’ai prises de la prison et de sa petite maison le 26 août 2012.

Quand on voit la minuscule cellule de Mandela où, pendant 29 ans il ne pourra jamais s'allonger entièrement, et d’où il n’aura pas le droit de sortir pour les obsèques de son fils mort dans un accident de voiture, ce qu’il décrit comme l’une des épreuves les plus cruelles, on mesure le courage qu’il a fallu au bout de 14 ans de prison pour dire Non et y passer 15 de plus ...

Et pourtant il écrit, en 1981, depuis sa prison : "C’est une vertu précieuse que de rendre les autres heureux et de leur faire oublier leurs soucis." Et ce conseil à retenir : "Prenez sur vous, où que vous viviez, de donner de la joie et de l’espoir autour de vous."

Ségolène Royal


Nelson Mandela

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