Fiches : La Souffrance au Travail

UPP Souffrance au travail - Contribution de Ségolène Royal

Mes chers amis,

Je suis très heureuse que nous nous retrouvions pour cette nouvelle Université populaire de Désirs d'Avenir qui sera, comme les précédentes, accessible à tous sur notre site Internet. Car tel est l'esprit de ces rencontres : mettre en commun des savoirs, des points de vue, des expériences qui nous aident à comprendre les mutations du monde d'aujourd'hui et à réfléchir très librement aux propositions que nous voulons porter pour la France.

Nous allons ce soir parler d'une question vitale : le travail, ses métamorphoses et ses souffrances, les raisons économiques et organisationnelles qui sont à l'origine d'un mal-être massif trop longtemps dénié. Les suicides à France Télécom et dans d'autres entreprises, publiques et privées, en témoignent dramatiquement. Mais aussi ces accidents professionnels et ces maladies à bas bruit dont la France détient, parmi les pays développés, le sinistre record.

UUP Souffrance au Travail - Travailler pour être heureux ? Le bonheur et le travail en France par Christian Baudelot et Michel Gollac

Cette enquête, qui remonte à 1997, reste la référence quand il s'agit d'analyser le rapport des français au travail et à l'emploi. La portée de l'ouvrage est essentiellement sociologique.


I/ Ceux qui souffrent du travail l'associent plus fréquemment au bonheur


Lorsqu'on leur pose la question « qu'est ce qui est pour vous le plus important pour être heureux? », 27% des Français répondent en évoquant le travail de façon directe, ou indirecte (sous la forme d'un synonyme: « boulot », « emploi », « métier »).

1/ Premier paradoxe: les précaires associent le travail au bonheur

La probabilité de citer le travail comme un élément de bonheur est étroitement corrélé à son degré de précarité et à la probabilité qu'il se trouve au chômage:
- Le mot « travail » est cité par 43% des ouvriers contre 27% des chefs d'entreprise, cadres et professions libérales.
- Ces proportions cachent toutefois d'importantes variations: les ouvriers de moins de 35 ans, au chômage ou n'ayant qu'un emploi temporaire, sont 65% à évoquer le travail dans la définition du bonheur.
- Ce paradoxe est renforcé par la même enquête, qui montre que les ouvriers sont plutôt satisfaits lorsqu'ils atteignent la retraite plus tôt, alors que les cadres sont plus

UPP La Souffrance au Travail - Souffrance en France : la banalisation de l'injustice sociale (écrit par Christophe Dejours)

Cet essai est considéré comme la base de la formation des médecins et des psychologues du travail, et constitue le fondement de la critique du monde du travail par l'extrême gauche. Cet essai a une visée très théorique et analyse le système de banalisation de la souffrance au travail porté par la société néo-libérale.

I/ Une souffrance au travail engendrée par la peur


1/ Qu'est ce que la souffrance au travail?

La société néo-libérale ressemble à une société en guerre. Cette guerre économique, entre nations ou entres entreprises, permet de justifier la tolérance à l'égard de méthodes de management cruelles. Ce n'est pas tant la souffrance au travail qui est nouvelle mais la banalisation de la souffrance causée par le travail (ou l'absence de travail): dans les années 70, le seuil des 4% de chômeurs était vu comme une limite susceptible de provoquer une crise; aujourd'hui le seuil de 10% est considéré comme la norme. L'univers du travail est transformé par de nouvelles méthodes de gestion et de direction des entreprises, qui font croire que la robotisation a atténué la souffrance au travail. Les médias oublient que ceux qui effectuent des taches dangereuses pour la santé, ceux qui travaillent dans de mauvaises conditions, n'ont pas disparu.

UPP Souffrance au travail - Le salarié de la précarité: Les nouvelles formes de l'intégration professionnelle par Serge Paugam

Dix ans après sa parution, « Le salarié de la précarité » est un ouvrage de référence qui décrypte les impacts des transformations du monde du travail sur l'intégration sociale des salariés.

L'accès à l'emploi ne met plus forcément à l'abri ni de la pauvreté matérielle ni de la détresse psychologique. Le chômage n'est plus le seul indicateur de l'exclusion sociale.


On compte une montée des travailleurs pauvres, c'est à dire des personnes qui, tout en ayant un emploi, appartiennent à un ménage dont les revenus ne dépassent pas le seuil de pauvreté, si bien qu'aujourd'hui, parmi les 26 millions de personnes présentes la majeure partie de l'année sur le marché du travail, environ 1,3 million (soit 5%) sont pauvres.

I/ La précarité des conditions de travail

UPP la Souffrance au Travail - Les désordres du travail : Enquête sur le nouveau productivisme par Philippe Askenazy

Fini l'ouvrier à la chaine de Charles Chaplin dans les Temps Modernes, voici venu le temps du « productivisme réactif ». Philippe Askenazy nous explique ce nouveau système de production et ses conséquences sur les conditions de travail des salariés.

I/ Depuis les années 90, un nouveau système de production, le « productivisme réactif », crée de nouvelles contraintes

Ce modèle a pour objectif d'accroître la réactivité d'une entreprise, en utilisant massivement les nouvelles technologies et en ayant recours à de nouvelles organisations du travail des salariés. Autrefois, l'ouvrier répétait la même tache, unique et aliénante, sous le contrôle du contremaître. Désormais, l'ouvrier doit obéir aux deux principes de la satisfaction totale du client et du juste-à-temps (assurer la production nécessaire avec le minimum de stocks). Il occupe plusieurs postes en même temps (polyvalence), réalise plusieurs taches de manière distincte (polycompétence), doit autocontrôler son travail et ses objectifs lui sont donnés en équipe. Ce modèle avait été initié par la firme Toyota, avant d’être adapté par les firmes américaines, qui y avaient ajouté l'informatique et qui avaient étendu le modèle bien au delà de l'industrie, aux services et à la restauration (Mc Donald).