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Mercredi, 28 octobre 2009

UPP Souffrance au travail - Le salarié de la précarité: Les nouvelles formes de l'intégration professionnelle par Serge Paugam

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Dix ans après sa parution, « Le salarié de la précarité » est un ouvrage de référence qui décrypte les impacts des transformations du monde du travail sur l'intégration sociale des salariés.

L'accès à l'emploi ne met plus forcément à l'abri ni de la pauvreté matérielle ni de la détresse psychologique. Le chômage n'est plus le seul indicateur de l'exclusion sociale.


On compte une montée des travailleurs pauvres, c'est à dire des personnes qui, tout en ayant un emploi, appartiennent à un ménage dont les revenus ne dépassent pas le seuil de pauvreté, si bien qu'aujourd'hui, parmi les 26 millions de personnes présentes la majeure partie de l'année sur le marché du travail, environ 1,3 million (soit 5%) sont pauvres.

 

I/ La précarité des conditions de travail

Depuis les années 80, le travail salarié a été profondément bouleversé par :

-  L'apparition de nouvelles organisations managériales, comme le management participatif

-  L'amélioration du niveau de qualification

-  L'introduction de nouvelles technologies (robotique, informatique).

Les entreprises cherchent ainsi à accroître leur réactivité à la concurrence par la recherche de gains de productivité avec le fonctionnement en flux tendus (minimum de stocks, la production se fait en temps réel).
Les conséquences de cette nouvelle organisation sont doubles:
- L'autonomie des salariés s'accroît, compensée par la montée de l'autoévaluation et de l'autocontrôle des salariés. Les contraintes augmentent aussi, sous la forme de rythmes de travail plus élevés, d'une exigence de polyvalence et de normes de qualité plus strictes: en 1998, 60% des salariés déclarent qu'une erreur de leur part peut entraîner des risques pour leur emploi et une diminution de leur rémunération, contre 46% en 1991.
- La pénibilité et les risques au travail augmentent: la proportion des salariés qui déclarent que leur travail est répétitif est passée de 20% en 1984 à 29% en 1998, la proportion d'ouvriers qualifiés qui disent travailler sous cadence automatique passe de 12% à 22%.

De plus en plus de salariés déclarent « rester longtemps debout » ou « ne pas quitter leur travail des yeux ». Il y a toutefois là un effet d'objectivation, c'est à dire d'évolution de la représentation de l'objet par le sujet. Les travailleurs seraient plus sensibles à cette question du fait des efforts réalisés dans le domaine de la prévention pour permettre l'expression, notamment par le biais des syndicats.

II/ La précarité de la situation professionnelle des salariés

La stabilité professionnelle est définie au niveau macro-économique par le type de contrat de travail détenu par le salarié et au niveau micro-économique par la politique salariale de l'entreprise.
L'emploi est rongé par deux phénomènes: le chômage de longue durée (« chômage d'exclusion ») et le développement des formes atypiques d'emploi, définies comme ne correspondant « pas à l'un ou plusieurs des trois éléments suivants: la durabilité de la relation d'emploi, l'unicité de l'employeur, le temps plein avec salaire correspondant à l'activité normale et permanente de l'entreprise ».

Le travail temporaire représente un avantage pour les entreprises:

- Un licenciement représente une baisse de coûts pour l'entreprise, car on estime en moyenne à 20% la sous rémunération des intérimaires.

- L'entreprise réduit au maximum les pauses, les temps morts.-

- L'entreprise accentue son contrôle sur les salariés, car le « temporaire » doit faire ses preuves. La différenciation des salaires et des statuts affaiblit l'esprit revendicatif des « permanents ».

L'emploi atypique correspond à une exigence des patrons français, qui arguent d'une demande des salariés pour des horaires « atypiques » et des salaires « différenciés ». On assiste à une vraie régression: ce n'est plus la sécurité de l'emploi qui est synonyme de progrès social, mais l'emploi tout court, quelque soit sa forme car « la précarité est une loi de la condition humaine » (Laurence Parisot sur France Inter, 3 Septembre 2005). Le salarié précaire n'est plus la cause d'un dysfonctionnement du système capitaliste mais est devenu sa logique même.

Or, « lorsque la précarité de l'emploi est durable et contrainte, elle correspond à une forme d'exploitation ». Plus de deux tiers des embauches annuelles se font sous la forme d'un contrat atypique.

III/ Le degré de précarité professionnelle influence l'intégration sociale du salarié

La précarité du salarié correspond donc au sentiment d'absence ou d'affaiblissement des protections face aux principaux risques sociaux (chômage et pauvreté). L'insécurité sociale résulte d'une infériorité socialement reconnue à l'origine de souffrances, voire de différentes formes de détresse psychologique, notamment la perte de confiance en soi et le sentiment d'inutilité.

Le travail peut être un vecteur de satisfaction des fins humaines. En effet, l'homme est:

- homo faber, qui se réalise en tant qu'individu créatif

- homo oeconomicus, qui cherche à répondre à ses besoins matériels

- homo sociologicus, qui exprime un besoin de reconnaissance sociale

A l'inverse, le travail peut générer la servitude, le concept marxiste d'aliénation du travailleur étant loin d'être dépassé. L'aliénation au travail signifiait à la fois le rapport de l'ouvrier au travail en tant qu'objet étranger, mais aussi le rapport de l'ouvrier à l'acte de production en tant qu'activité étrangère qui ne lui appartient pas. Aujourd'hui il peut y avoir aliénation quand les salariés:

- sont privés de marge d'autonomie dans le travail et se sentent étranger à l'acte de production

- éprouvent des souffrances qui empêchent toute affirmation de soi

- n'adhèrent pas entièrement aux normes du groupe professionnel auquel ils sont rattachés
L'intégration professionnelle est donc idéalement constituée de la reconnaissance matérielle et symbolique du travail alliée à la protection sociale qui découle de l'emploi.

On aboutit à 4 types d'intégration professionnelle:
- L'intégration assurée: satisfaction au travail, stabilité de l'emploi (42% des actifs occupés en 1995)
- L'intégration incertaine emploi incertain, satisfaction au travail (20%)
- L'intégration laborieuse: stabilité d'emploi, insatisfaction dans le travail (18%)
- L'intégration disqualifiante: insécurité d'emploi, insatisfaction dans le travail (20%)

La précarité du salarié rejaillit sur sa vie familiale, sa santé, son engagement syndical et politique.

Le mode d'intégration professionnelle a une incidence sur l'approche de l'action collective:

l'intégration assurée favorise l'action solidaire, pas seulement par la voie syndicale

- l'intégration incertaine marque une distanciation vis à vis de l'action collective et une recherche de solutions individuelles pour éviter la perte d'emploi

- l'intégration laborieuse se traduit par des fortes revendications portées par un engagement traditionnel dans la vie syndicale

- l'intégration disqualifiante éprouve une profonde désillusion face aux marges de manœuvre des syndicats

L'intégration laisse des marques profondes dans la vie familiale, à la fois dans la vie de couple que dans les relations entre parents et enfants:

- l'instabilité conjugale est fortement corrélée au degré de précarité. Ceci se ressent plus chez les hommes que chez les femmes, car les hommes utiliseraient plus fréquemment leur situation professionnelle pour se valoriser auprès de leur conjoint(e)

- dans les relations parentales, les hommes sont moins affectés que les femmes, car le travail serait perçu comme « un facteur important de l'accomplissement de leur rôle de pères » (surtout dans les milieux populaires). En revanche les femmes soumises à la précarité auraient plus de mal à concilier vie professionnelle et vie familiale

- face à la précarité professionnelle, les hommes se désocialiseraient plus facilement que les femmes, qui maintiennent davantage leurs liens familiaux

L'intégration professionnelle a des conséquences moins lisibles sur les comportements politiques, à travers deux indicateurs (la représentation de la pauvreté et du chômage qu'ont les salariés et les orientations politiques):

- l'enquête qualitative témoigne d'une solidarité à l'égard des plus démunis et des sans-emploi alors que l'enquête quantitative montre des comportements de distanciation

- la précarité reste toutefois liée à une orientation plus à gauche et accentue en même temps les attitudes de rejet et d'indifférence à l'égard de la vie politique.

CONCLUSION: Le développement de la précarité du travail pose la question de la redéfinition d'un modèle social adapté aux transformations qui ont traversé le monde du travail et le marché de l'emploi.

Serge Paugam propose d'encadrer ces transformations par une sécurisation des parcours professionnels. Ce modèle (dit des « marchés transitionnels du travail ») associerait de nouveaux droits sociaux à l'ensemble des transitions souhaitables que peut accomplir une personne au sein du marché du travail. Ces multiples transitions (périodes de formation, de ré-orientation professionnelle, périodes de congé parental, pré-retraite) seraient associées à une garantie temporaire de rémunération et constitueraient pour chaque individu des passerelles vers d'autres emplois ou d'autres segments du marché du travail. La sécurité économique des travailleurs et de leur famille étant assurée, la mobilité deviendrait plus facilement envisageable.

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