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Mardi, 05 avril 2011

Synthèse de l'Université "Crise de l'Euro, crise de l'Europe : quelles solutions ?"

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Au sommaire

 

2. Impuissance de la droite et de l'extrême-droite face à la crise de l'Euro.

 

La crise financière et économique mondiale, dite des subprimes, a entraîné une récession à laquelle les pays de la zone Euro ont répondu par un endettement massif, qui, pour certains d'entre eux (Grèce, Irlande, Portugal, notamment), fait aujourd'hui douter de leurs capacités de remboursement, créant ainsi les conditions d'attaques spéculatives sur les dettes de ces pays, et les rendant plus coûteuses encore à rembourser. Du fait de l'union monétaire, qui ne permet plus de procéder par exemple à des dépréciations, les difficultés rencontrées par un seul pays fragilisent l'ensemble de la zone Euro, au point que, aujourd'hui, selon le président du Conseil Européen lui-même, Herman Van Rompuy, l'éclatement de la zone Euro est devenue une possibilité. Bientôt trois ans après l'effondrement de Lehmann Brothers, une nouvelle crise, plus grave, menace aujourd'hui l'Europe et la France.

Confrontée à cette situation, la seule réponse apportée jusqu'ici par la droite au pouvoir en Europe, a été, dans chaque pays, l'austérité, et, en Europe, un fonds de stabilité financière pour venir en aide aux Etats les plus en difficulté (la Grèce, l'Irlande, bientôt peut-être le Portugal et l'Espagne). Or, d'une part, ce fonds n'est pas suffisamment consistant pour résister à des attaques financières qui seraient renouvelées sur ces pays – et d'une ampleur donc supérieure à celles observées jusqu'ici –, et à une contagion générale ; d'autre part, les plans d'austérité rendent impossible la reprise de la croissance et de l'emploi en Europe en rendant impossibles les investissements qui leur sont nécessaires, et en rendant donc tout aussi impossible – en cela, ils sont vraiment absurdes – d’atteindre l’objectif qui les a motivés, à savoir la résorption des déficits et des dettes. On comprend pourquoi cette gestion à court-terme de la réalité n'est pas viable : elle ne résout pas les problèmes, elle les diffère.

C'est pourtant cette logique absurde qui prévaut dans le « pacte de compétitivité », ou « pacte pour l'Euro », porté par Angela Merkel en Allemagne et Nicolas Sarkozy en France. Actant l'intergouvernementalité, empêchant ainsi la constitution d'un véritable gouvernement économique européen seul à même d'apporter une réponse à la hauteur de la crise économique en Europe, le « pacte » de la droite européenne fait primer les intérêts individuels des Etats sur l'intérêt collectif des peuples européens, et l'austérité libérale sur les investissements nécessaires à la croissance et à l'emploi. Ce faisant, il commet une erreur majeure dont les peuples européens subissent déjà les conséquences : il condamne l'Europe à la déflation et laisse ouverte la possibilité d'un éclatement de la zone Euro. Dans son intervention, Jacques Attali a rappelé cette évidence économique dans des termes explicites :

« Si tous les 27 se mettent à faire de la rigueur simultanément, nous sommes condamnés à la déflation. Il faut évidemment avoir un certain nombre de freins à l'échelle nationale pour équilibrer les comptes et éviter de déraper. Mais si on n'a que des freins et pas d'accélérateur, on est morts. Donc, il faut progressivement cette prise de conscience : aucun européen ne s'en sortira tout seul. ».

 

Cette réalité est comprise par tous. Il faut donc faire l'hypothèse charitable que ce n'est pas tant un défaut d'intelligence qui caractérise la droite aujourd'hui qu'un manque de courage et de hauteur de vue. Acter l'échelle européenne de la crise devrait impliquer d'acter l'échelle européenne de la réponse à la crise, par une étape nouvelle de l'intégration politique et économique de l'Union Européenne : cela requiet d'assumer, dans le contexte à la fois de l'après 2005 et de la crise économique actuelle, les risques électoraux de l'affirmation publique d'une telle ambition ; et cela requiert d'assumer pleinement la responsabilité politique de renouveler, non pas tant les efforts de pédagogie (car les citoyens ont compris la situation), que les efforts de démocratisation de la construction européenne (car aucun citoyen ne peut accepter d'acter un projet politique qu'il ne maîtrise pas). Incapable de faire preuve du courage politique et de prendre les décisions que la situation requiert, la droite européenne enfonce l'Europe au milieu du gué : à mi-chemin entre les individualismes nationaux et la solidarité européenne à construire ; entre l'éclatement de l'Euro dont la probabilité augmente chaque nouveau jour que les décisions ne sont pas prises, et le gouvernement économique européen à instituer ; dans une zone politique et économique où l'indécision n'est pas durable, car, si rien n'est fait pour soustraire l'Europe à leur domination, les marchés financiers ne laisseront pas longtemps les pays européens dans cette situation bancale.

Alors que le moment décisif approche, la droite qui n'aura rien fait d'autre que de le repousser, se retrouve désormais démunie. De son côté, l'extrême-droite attend ce moment avec impatience, qui en espère la sortie de l'Euro, et, avec elle, la fin du projet européen et la résurrection des anciens nationalismes contre lesquels l'Europe de la paix, depuis plus de cinquante ans, s'est construite. Reprenant le constat de cette situation exposé par Ségolène Royal dans son introduction, Jacques Attali a tenu à répondre clairement, au cours de son intervention, au discours de l'extrême-droite, en présentant les conséquences qu'aurait, sur tous les pays européens, la sortie de l'Euro de ne serait-ce qu'un seul des membres de la zone Euro :

« On peut casser le système (…). S’il casse, c’est un désastre. C’est un désastre pour chacun. (…) Celui qui sort va prendre une perte de pouvoir d’achat de 30 à 40 % (…). Il ne pourra plus emprunter. Il y aura un moratoire sur ses dettes. Les banques seront en faillite. Il sera obligé de couper les dépenses budgétaires. C’est le chaos. Et cela sera vrai pour chacun. Par exemple, mettons que (…) l’Espagne sort[e] : que se passe-t-il en Allemagne ? Si l’Espagne sort, premièrement, les banques allemandes qui ont prêté à l’Espagne sont très largement ruinées – ce qui est déjà assez largement le cas (il y a des banques allemandes qui vont très très mal) –, deuxièmement les Allemands, qui exportent l’essentiel de leur production vers l’Union européenne, ne pourront plus exporter en Espagne puisque l’Espagne n’achètera plus. Troisièmement, l’Euro va montrer très fort sans l’Espagne, et les produits allemands seront encore moins compétitifs sur le marché. L’Allemagne a tout à perdre à une sortie d’un autre pays de l’Euro. C’est pour cela que je ne pense pas que cela aura lieu. ».

A ces conséquences économiques et sociales immédiates d'un éclatement de la zone Euro, il faut ajouter une conséquence historique : la fin du projet européen, à laquelle aucun progressiste ne saurait se résoudre. Il est vrai que des divisions ont existé au sein de la gauche, au moment du référendum de 2005 éminemment, quant à la conception du projet européen. Mais il est tout aussi vrai que ces divisions ne portaient pas tant sur l'existence ou la non-existence de l'Europe politique que sur le contenu économique et social de la construction européenne. C'est en ce sens que Susan George a tenu, dans son intervention, à éviter tout malentendu sur la nécessaire solidarité de la gauche aujourd'hui sur la question européenne, en apportant d'emblée cette précision :

« Notre point de vue [celui d'ATTAC en 2005], c’était que nous voulions l’Europe – nous sommes très clairs là-dessus – mais pas cette Europe-là ».

C'est donc pour des raisons aussi bien philosophiques que sociales et économiques, que tous les intervenants et participants de l'Université ont affirmé leur refus d'envisager l'éclatement de la zone Euro comme une solution à la crise de l'Euro, et encore moins la sortie de la France de la zone Euro comme une solution à la crise économique et sociale française.

 


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