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Mardi, 05 avril 2011

Synthèse de l'Université "Crise de l'Euro, crise de l'Europe : quelles solutions ?"

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Au sommaire

 

4. Une autre politique est possible en France : le socialisme du XXIe siècle.

De même qu'il y a une très grande cohérence entre la gestion à court-terme de la crise de l'Euro par la droite européenne et l'austérité aveugle que Nicolas Sarkozy impose à la France ; il y a une très grande cohérence entre le projet fédéral porté par Ségolène Royal en Europe et ce qu'elle appelle, pour la France, le socialisme du XXIe siècle.

Pour nous persuader du bien-fondé de sa politique économique et faire valoir la cohérence de sa politique nationale et de sa politique européenne, Nicolas Sarkozy recourt, depuis plusieurs mois, à l'argument de la faiblesse économique de la France relativement à l'Allemagne, et de la nécessité, pour rattraper l'Allemagne, d'adopter les traits principaux de son modèle social et économique. Mais de la même manière que sa gestion de la crise de l'Euro n'est pas viable, l'austérité aveugle pratiquée en France, sous couvert de renforcer la compétitivité de la France vis-à-vis de l'Allemagne, entraîne l'économie française dans une impasse : non seulement, du fait notamment des nombreux cadeaux fiscaux faits aux mieux dotés de notre société, l'endettement de l'Etat ne diminue pas ; mais en plus, du fait notamment des coupes aveugles dans des secteurs comme l'éducation, les investissements nécessaires à la reprise de la croissance, à la création d'emplois et à la hausse de pouvoir d'achat, ne sont pas réalisés.

Jacques Attali a tenu à démasquer ce qu'il faut bien appeler ici l'imposture économique du sarkozysme, commençant par réfuter le bien-fondé de la comparaison avec l'Allemagne :

« On nous parle de l’Allemagne comme étant le grand pays à imiter. Tout irait bien en Allemagne, la situation serait parfaite... Ah ! si nous étions tous des Allemands ! ... Il faut bien relativiser cette question. Je ne veux pas vous noyer de chiffres mais premièrement : le coût du travail en France est inférieur au coût du travail allemand, on nous répète tout le temps le contraire, ce n’est pas vrai, le coût du travail en France est inférieur au coût du travail allemand. Deuxièmement, (…) le taux de croissance de l’Allemagne depuis dix ans est la moitié du taux de croissance français. Troisièmement, l’Allemagne produit moins de diplômés de l’enseignement supérieur que la France. Quatrièmement, la démographie allemande est un désastre, puisqu’au rythme actuel, en 2045, il y aura plus de Français que d’Allemands. Et je pourrai aligner les caractéristiques sur le système bancaire, sur la société allemande qui ne va pas si bien que cela. Ne prenons pas l’Allemagne comme modèle ! Quant au chômage allemand, qui est en effet légèrement plus bas que [chez] nous, il est plus bas parce qu’il y a des subventions gigantesques qui augmentent la dette et il est plus bas parce que l’effondrement démographique de l’Allemagne fait que tout naturellement, il y a une réduction de la population active. Donc, l’Allemagne ne doit pas être considérée, en tant que telle, comme un modèle à imiter absolument, comme disait Ségolène, des choses qu’on nous forcerait à faire pour être de bons élèves ».

Retournant ainsi la comparaison entre la France et l'Allemagne, il a pu présenter les grands traits d'une nouvelle politique :

« Qu'on réussisse l'Euro, qu'on passe au niveau fédéral, qu'on crée une puissance européenne ou pas, de toute façon, il reste une grande question européenne, mondiale, nationale, c'est la justice sociale. Celle-là, dans toutes ses dimensions – santé, éducation, revenus – , elle est fondamentalement politque. Elle peut encore être changée à l'intérieur de ces contraintes. Rien ne nous interdit d'avoir une autre fiscalité. Rien ne nous interdit d'avoir une école plus juste. L'école en ce moment est très mauvaise. Elle est de pire en pire, parce qu'elle injuste. Rien ne nous interdit d'avoir un système de répartition d'accès au logement qui soit plus juste. Rien ne nous interdit de sortir de cette folie qui consiste à croire que pour augmenter la demande, il faut faire des dettes alors qu'il y a quand même un système plus simple pour augmenter la demande qui est d'augmenter les salaires. Il faut savoir, encore une fois, que notre coût du travail n'est pas supérieur au coût du travail allemand, que (…) la compétitivité ne se joue pas sur le coût du travail mais sur l'innovation, et qu'en modifiant la fiscalité, on peut parfaitement maintenir un coût du travail égal en augmentant les salaires. C'est une question de rapport de forces politique. Et aujourd'hui, le grand combat qui oppose la gauche et la droite, c'est d'une part vouloir l'Europe et créer un Etat fédéral qui nous donne les moyens d'être à la hauteur des grands acteurs de demain et, à l'intérieur de la France, penser en permanence : justice sociale et démocratie, parce que sans démocratie, il n'y a pas de justice sociale. »

 

L'alternative est claire : socialisme et fédéralisme ; libéralisme et intergouvernementalité. En cohérence avec cette analyse, Philippe Aghion a pu théoriser l'alternative, et présenter les piliers d'un programme économique socialiste au XXIe siècle.

Pour bien distinguer le socialisme porté par Ségolène Royal depuis 2007 et les préjugés habituels à propos du caractère soi-disant archaïque du socialisme en France, Philippe Aghion a pris soin de rappeler que, face à la crise que la France connaît, il existe « deux réponses traditionnelles » « le keynésianisme traditionnel », fondé sur la relance de la demande ; et le libéralisme traditionnel, fondé sur la baisse des impôts des entreprises, la baisse de la dépense publique, la baisse des taux d'intérêt. Ni l'une ni l'autre, a-t-il affirmé, ne pourraient résoudre la crise économique en France : la réponse keynésienne traditionnelle parce qu'en économie ouverte, la relance de la demande profiterait autant aux autres qu'à la France ; l'austérité libérale parce qu'elle relève d'un fantasme : le simple enrichissement artificiel des entreprises par les baisses d'impôts et de taux d'intérêt ne s'est jamais traduit par un enrichissement social et économique global. Il faut donc dépasser cette alternative traditionnelle, souvent présentée ainsi par la droite, pour se replacer dans le cadre de la véritable alternative pour aujourd'hui, celle présentée plus haut par Jacques Attali  :

« Nous, ce que nous disons, c’est qu’il faut aller au-delà du keynésianisme traditionnel ».

C'est que nous devons aujourd'hui poursuivre en même temps deux objectifs apparemment contradictoires : le désendettement d'une part ; l'investissement d'autre part. Mais il est important, sur ce point, de bien comprendre que cette contradiction n'est qu'apparente et que la droite a tout intérêt à la faire passer pour réelle : ce n'est qu'ainsi qu'elle pourra justifier sa politique d'affaiblissement de l'Etat et des services publics. Il est tout à fait possible de réduire la dette intelligemment, c'est-à-dire de ne pas faire ce que la droite fait, qui prétend réduire durablement la dette en coupant aveuglément dans les dépenses, et, confondant ainsi coûts et investissements, en supprimant par exemple par milliers des postes de professeurs :

« Faire cela, c'est se tirer une balle dans le pied (…). Des études très récentes ont montré que les pays où la croissance est la meilleure, ce sont ceux qui ont aux tests PISA les meilleurs résultats (…). Ces pays-là ont massivement investi dans l’éducation. (…) L’éducation, c’est le ferment de la croissance de demain. [En ce moment,] sous le prétexte de réduire notre déficit aujourd’hui, nous réduisons notre croissance de demain. Or, la croissance aujourd’hui, c’est la possibilité de réduire les déficits demain. C’est donc comme un serpent qui se mord la queue. En faisant de mauvaises économies nous sommes en train de sacrifier la croissance et les réductions de déficit de demain ».

En plus de l'éducation, Philippe Aghion a tenu à cibler d'autres secteurs stratégiques pour l'économie française, dans lesquels l'Etat doit investir : la recherche ; la sécurité sociale professionnelle ; l'aide à la création de PME innovantes ; la politique industrielle, enfin, délaissée depuis de nombreuses années, où « il faut se réapproprier la production et l'innovation » (notamment dans les secteurs où la France est déjà compétitive, l'aéronautique, les biotechnologies, l'automobile écologique, par exemple).

Ceci étant dit, comment dépasser la contradiction apparente entre investissement et désendettement ? Comment, tout en réduisant la dette sur le court terme, réaliser les investissements nécessaires à la croissance de demain et à la réduction de la dette sur le long terme ? Ou, pour le dire avec Philippe Aghion :

« Comment fait-on la quadrature du cercle, en réduisant les déficits, en faisant une politique industrielle, en soutenant et en investissant dans l’éducation ? A long terme, on sait que c’est la croissance ! Mais à court terme, comment fait-on ? »

A quoi il ajoutait d'emblée :

« Il y a une solution : c’est la réforme fiscale ! ».

Et de donner des exemples de marges de manoeuvre budgétaires :

« La TVA dans la restauration, c'est 3 milliards d’Euros ; l’exonération de la plus-value sur titres de participation, c'est 10 milliards d’Euros ; la défiscalisation des heures supplémentaire, c'est 2.9 milliards d’Euros en allègement de charges. Grâce à la réforme fiscale, on peut donc gagner beaucoup et on peut donc financer tous ces investissements. »

Théorisant ainsi les propositions économiques de Ségolène Royal depuis cinq ans, Jacques Attali puis Philippe Aghion ont ainsi présenté les quatre points cardinaux de ce que devra être le programme économique socialiste en 2012 : un principe, la justice sociale ; deux objectifs, le désendettement et l'investissement dans la production et l'innovation ; un moyen, la révolution fiscale.

Philippe Aghion a ainsi pu conclure son intervention en indiquant les effets positifs que pourrait avoir sur l'ensemble de la société française une telle politique économique, fondée sur la réduction de la dette, l'investissement public ciblé et la réforme fiscale :

« De plus, une vraie réforme fiscale permet de rétablir la confiance entre les gens. Ils sont prêts à faire des sacrifices mais ils ont besoin de savoir que ces sacrifices sont partagés. On crée donc une dynamique de confiance. Le manque de confiance est un facteur qui inhibe la croissance française car ce sont les relations entre employeurs et employés, mais ce sont aussi les relations entre l’Etat et le citoyen. Il faut qu’à tous ces niveaux-là, on rétablisse la confiance et que la gauche fasse quelque chose qu’elle n’a encore jamais fait : investir dans la confiance qui est une chose aussi importante que l’éducation. (…) C’est nous qui avons les leviers de la croissance, c’est nous l’avenir. Une croissance juste, une croissance durable, avec des efforts justement répartis et qui investit dans l’être humain, dans toutes ses dimensions. La crise de l’Euro, c’est la chance de le faire! »

La condition de la confiance est que la répartition des efforts soit juste. C'est tout l'enjeu de la réforme fiscale. Car, jusqu'à présent, les citoyens français et européens savent bien qu'ils n'ont pas été égaux face à la crise. Susan George en a fait le coeur de son intervention :

 

« Nous avons, selon les chiffres de la Banque d’Angleterre, dépensé 14 000 milliards en sauvetages et en différents types de garanties pour sauver les banques. 14 000 milliards (…), si vous voulez le voir d’une autre façon, et si vous avez une trotteuse à votre montre, regardez votre montre, et chaque dollar est une seconde, eh bien regardez votre montre (…) pendant 450 000 ans ! 450 000 ans, et vous arriverez à 14 000 milliards, voilà.Voilà ce que c’est que ce chiffre de ce qu’on donne aux banques. Alors, on ne sauve pas les peuples ; les peuples, tout le monde s’en fiche. On sauve les banques. Si on donne une deuxième fois, qui par ses retraites, qui par le sabrage de sa fonction publique, qui par la destruction des services publics de l’Education, et ainsi de suite, c’est pour sauver les banques, et pas les peuples, ça je crois qu’il faut l’avoir bien en tête, que c’est cela la politique de l’Europe aujourd’hui. (…) Les inégalités n’ont jamais été aussi grandes. En France, on a un certain nombre de ces personnes très riches, je ne vais pas vous ennuyer avec les histoires de bouclier fiscal, vous connaissez tout cela par cœur, mais c’est partout pareil, et il n’est pas question de toucher à ces gens-là, ni aux paradis fiscaux où ils planquent leur argent, ni à leurs différents conseillers, etc. Et surtout, on ne fait pas payer les banques, alors que c’est elles qui ont pris tous les risques et qui ont fait toutes les bêtises, qui nous ont entraînés dans cette crise. Ce n’était pas par accident, cette crise-là, bien sûr il y a des crises dans le capitalisme, tout le temps, mais celle-là est particulièrement spectaculaire, et c’est parce que les lobbies des banques sont arrivés à faire déréguler depuis environ 1990 : aux Etats-Unis, ils ont fait abroger une douzaine de mesures dont la plus importante ou les plus importantes, c’était d’une part la loi qui séparait les banques de dépôt des banques d’investissement, qui a été abrogée et qui n’a pas été rétablie, et l’autre c’est, que je considère comme la plus grave, c’est qu’on a abrogé la loi qui empêchait les transaction massives sur les marchés de denrées alimentaires. Du coup, quand les spéculateurs ont compris que le marché des ‘subprimes’ sentait le roussi, ils se sont massivement déplacés sur les produits alimentaires dont 90% au moins est opaque, personne ne sait qui possède combien de contrat de blé, de maïs, de soja, de riz, etc., et cela a fait 100 millions de personnes de plus qui ont été ajoutées en 2008 aux rangs de ceux qui ont chroniquement faim, et nous voyons la même chose se produire aujourd’hui ».

Devant ce constat, la dernière phrase citée de Philippe Aghion - « la crise de l'Euro est une chance » - pourrait surprendre. Il ne s'agit évidemment pas de se réjouir des conséquences de la crise. Il s'agit de dire qu'une crise peut être le moment d'une transformation. Comme l'a dit Hubert Kempf dans son intervention :

« Une crise, c'est d'abord une épreuve ».

C'est en ce sens que l'Europe et que la France sont en crise aujourd'hui. Il y a un mot en hébreu pour dire l'épreuve qui révèle ce que l'on est : Schibboleth. Aujourd'hui, nous pouvons dire que chacun d'entre nous en tant qu'Européen est placé devant son Schibboleth : c'est maintenant que nous allons savoir si le rêve européen n'était qu'un rêve, ou si, comme nous le croyons, il était plus que cela.

Pour qu'il soit plus que cela, nous retenons deux propositions principales faites au cours de cette Université, qui pourraient commencer d'être mises en oeuvre en 2012.

 


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