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Les trois repères mémoriels autour de Jean Zay

L'oeuvre et la personnalité de Jean Zay le prédestinaient aux plus hautes fonctions à la Libération. Pierre Mendes-France, embarqué avec lui sur le Massilia ne tarit pas d'éloges à son égard au cours de l'après guerre, éloges mêlés de regrets. C'est toutefois une place secondaire qu'occupe Jean Zay dans les mémoires. L'historien Antoine Prost résume ainsi le portrait psychologique de la France au sortir de la guerre. « Trois grandes mémoires se disputent l'héritage national immédiat. La mémoire gaulliste, celle de la France Libre et de la lutte armée sur les champs de bataille, la mémoire communiste très appuyée et relayée par la popularité dont bénéficie alors le Parti et la mémoire vichyste, incontournable par l'écho que produisent les procès dont elle est l'objet. 
Dans cet espace mémoriel, Jean Zay ne tient aucune place. Pire, il est absent ». Son corps n'est retrouvé, par hasard, qu'en 1946 et officiellement identifié en 1948 à la suite des aveux de son meurtrier, un certain Charles Develle.

La mémoire des victimes « actives » ne surgit véritablement que dans les années 60 avec la panthéonisation de Jean Moulin, symbole du martyr de la résistance, celle des victimes civiles à partir de la fin des années 70 et début 80 quand sont redécouverts et approfondis (du point de vue français) la persécution, la déportation et l'assassinat collectif des populations israélites.

Là encore, le souvenir de Jean Zay reste flou. D'autant que les doutes sur la nature criminelle du régime vichyste ne seront rompus officiellement qu'en 1995 avec le discours de Jacques Chirac mettant en cause directement les autorités de l'État Français (le régime de 1940 à 1944) dans les responsabilités vis a vis des victimes, même si depuis un certain temps et au moins depuis un certain « Le chagrin et la pitié » (1971), la chose était plus ou moins entendue. Hélène Mouchard-Zay, la fille de Jean Zay, confie qu'à plusieurs reprises, elle dût entendre que l'assassinat de son père était l'oeuvre de l'occupant allemand. Ce sont bien des miliciens français, agissant de leur propre chef, qui ont assassiné Jean Zay.

Très vite emprisonné et maintenu au silence (même s'il parvient à communiquer avec la Résistance), Jean Zay ne peut prendre part au combat actif contre l'occupant, ni à Londres, ni à l'intérieur du territoire. Ni combattant de la France Libre, ni membre d'un mouvement de résistance, ni mort en déportation (bien qu'étiqueté comme juif), ni gaulliste, ni socialiste, ni communiste, Jean Zay ne pouvait que s'effacer de la mémoire collective.

Résistance

Avec lui, c'est pourtant bien la Résistance qui entre au Panthéon. Une résistance de la première heure et même de la veille. Une résistance, certes, très vite désarmée mais toujours assumée intellectuellement et politiquement, volontaire et lucide comme en témoignent ses écrits de détenu. Une résistance si intense qu'elle servira de premier chef d'accusation contre lui. On le qualifie alors de belliciste, de va t'en guerre, une opprobre bien commode pour le charger avec d'autres, des responsabilités de la défaite. « Jean Zay », dans la mythologie des vichystes; est « ce juif, à la solde de quelque occulte puissance étrangère, qui s'est emparé du pouvoir, a corrompu la jeunesse et a poussé à la guerre pour mieux détruire la France ».

Avec lui c'est aussi un peu l'histoire du Massilia et de ses occupants qui refait surface. Peu repris dans l'histoire contemporaine, au moins jusqu'à une époque récente, on peut se demander quel rôle a pu jouer dans le temps cet épisode et surtout l'instrumentalisation qu'en fit Vichy. L'histoire du Massilia donna lieu, en effet, bien après la fin de la guerre, à toutes sortes d'interprétations équivoques. La calomnie a parfois la vie dure.

Front Populaire

Avec Jean Zay, renaît aussi la mémoire du Front populaire qui au-delà des passions politiques qu'il a pu susciter, reste prisonnier d'une historiographie légendaire. Auréolé de récits hagiographiques pour les uns, parenthèse honorable mêlée d'embarras et de regrets pour les autres, balayé par la rupture qu'a constitué le conflit mondial et l'expérience de la collaboration révélant l'étrange fragilité des principes les plus affirmés, le Front populaire est surtout un moment républicain « capable de produire un personnel politique compétent et responsable » (A.Prost) et dont Jean Zay est l'une des figures les plus emblématiques.

République

Enfin, et ce n'est pas le moindre des repères mémoriels attachés à Jean Zay, celui qui le définit par dessus tout : la République. En laissant une empreinte durable à l'éducation nationale et plus généralement dans la vie culturelle et scientifique contemporaine, Jean Zay a été le promoteur et parfois l'accoucheur des grandes promesses de l'idéal républicain : l'accès du plus grand nombre possible à l'émancipation et à la liberté individuelle. Il s'est fait l'orateur inspiré de l'esprit laïc qui accompagne cet idéal, c'est-à-dire, pour reprendre la formule utilisée par le Président de l'Union nationale des intellectuels au cours de l'hommage public à la Sorbonne en 1947, « le jugement critique, le sens du juste, le culte permanent de la raison et de la liberté ». Non seulement son oeuvre politique le distingue mais également son parcours, sa personnalité, sa rhétorique discursive élégante et rigoureuse, contrastant singulièrement avec le langage de ses adversaires extrémistes, tout le ramène à la République. Vichy ne s'est pas trompé d'ennemi. En s'en prenant à Jean Zay, plus qu'à aucune autre figure politique de cette époque, le régime visait au coeur même de ce qu'il rêvait d'abattre : la République dans ce qu'elle a de plus essentiel. Cette République n'est pas fossile. « Pour Jean Zay, la tradition pour se pérenniser a besoin de se moderniser » (Antoine Prost).

Le dernier mot doit donc revenir à celles et ceux à qui Jean Zay a consacré une large part de sa courte vie : les écoliers de la République et d'une manière générale l'ensemble de la jeunesse. Lui qui dans la lettre de démission qu'il adressa au Président du Conseil pour rejoindre l'armée en septembre 1939 écrivait « je veux partager le sort de cette jeunesse française pour laquelle j’ai travaillé de mon mieux au gouvernement depuis quarante mois »

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Hommage rendu par des élèves orléanais en 2007 pour l'anniversaire de la disparition de Jean Zay (extrait)

"... Par son action en tant que ministre pour qu'existe réellement une école démocratique, pour que la culture puisse être accessible à tous, il nous montre que les efforts sont encore aujourd'hui à poursuivre. Par la pertinence de la réflexon dont il a fait preuve dans ses écrits, il nous montre l'importance de construire une pensée profonde et ambitieuse sur les enjeux de notre société... (Evodie Fleury et Raphaël Authier)"

Le portrait de Jean Zay vu par les élèves de CM2 de l'école Jean Zay de Croix (59)


Le portrait de Jean Zay par des élèves de Croix par nordeclair


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