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Mardi, 15 mars 2016

Journée Internationale des Femmes

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Dans le monde, l'égalité entre les hommes et les femmes semble progresser mais ….

Comme chaque année depuis 1977, la Journée Internationale des Femmes ou Journée Internationale des Droits des Femmes* a été célébrée le 8 mars.

Cet événement a pour but de faire le bilan de la situation féminine à travers le monde et de dresser un état des lieux de l'égalité hommes/femmes dans tous les aspects de l'existence. Cette journée est aussi l'occasion d'insister sur toutes les formes de discrimination dont les femmes font l'objet à travers le monde et de rappeler la nécessité de les combattre toutes.

Les inégalités sont anciennes mais la réaction organisée au niveau mondial est récente. Si la Charte des Nations Unies, adoptée en 1945, est le premier document international à affirmer le principe de l'égalité entre les femmes et les hommes, il faut attendre 1975 et la première conférence intergouvernementale de l'ONU à Mexico pour qu'un plan mondial de réduction des inégalités voit le jour.

Depuis, des instruments d'action et d'observation ont permis de suivre les évolutions et de préciser les axes d'intervention.

L'égalité d'accès à l'éducation est pratiquement achevée … Les domaines économiques et surtout politiques restent encore cloisonnés

Un des moyens utilisés pour mesurer la parité est le « Global Gender Gap Report » (Rapport sur les écarts entre les sexes au niveau mondial), publié depuis 2006 par le « World Economic Forum » (Forum Économique Mondial). Le rapport évalue la parité dans quatre domaines : l'éducation, la santé (état de santé et accès aux soins), la participation à la vie économique et la présence dans la vie politique. Les résultats obtenus sont ensuite agrégés dans un indice global.

Le rapport révèle qu'en 2015, si l'égalité tend à progresser partout dans le monde, des disparités demeurent tenaces et quelques reculs sont même observés. Par exemple, le revenu annuel moyen d'une femme, qui était en 2006 de 6000 dollars s'élevait à 11000 dollars en 2015 mais celui des hommes passait de 11000 dollars à 21000 dollars sur la même période, signifiant ainsi une augmentation de l'écart hommes/femmes.

Dans les domaines de l'éducation et de la santé, la parité au niveau mondial est presque achevée (avec un ratio de 0,9).

Les écarts les plus significatifs se retrouvent dans la participation à la vie économique et à la vie politique, domaines dans lesquels aucun état du monde ne réalise complètement la parité. Si le droit de vote est désormais une réalité (au moins juridique) pour toutes les femmes du monde ; le dernier pays réticent, l'Arabie Saoudite, venant juste de l'adopter en 2015, seuls 19 % des parlementaires et 18% des ministres de gouvernement étaient des femmes. (A noter que, selon le rapport, 50 % des pays ont eu un chef d'Etat féminin)

Ce sont donc les critères d'évaluation économique et politique qui influencent de manière décisive le classement établi dans le rapport pour les 145 pays mesurés.

L'Europe du nord est la plus paritaire

Sans surprise, ce sont les pays de l'Europe septentrionale qui occupent tous (à l'exception du Danemark/14ème, en léger recul), les premières places du classement, avec une formidable régularité au fil des ans. L'Islande (1er), la Norvège (2ème), la Finlande (3ème) et la Suède (4ème), se démarquent surtout par une égalité plus marquée dans la vie économique et politique avec des ratios proches ou supérieurs à la parité dans certains domaines.

Le classement révèle également quelques surprises, parmi lesquelles, on peut relever la bonne performance des Philippines (7ème mondial) et régulièrement placés dans le top 10 depuis 2006 ainsi que celle de la Namibie (16ème), en net progression dans ce palmares.

La parité économique : point noir du cas français

La France ressort au 15ème rang du classement, retrouvant sa position de 2008 mais après avoir été classée 45ème en 2013, 57ème en 2012 et même 70ème en 2006.

Les scores de la France en matière de parité éducative et sanitaire la placent depuis longtemps aux premiers rangs mondiaux. En revanche, des écarts significatifs persistent dans les domaines politiques (19ème en 2015, en net progrès grâce à la parité ministérielle actuelle) mais surtout économiques (56ème) où notre pays reste à la traîne. Car si l'écart de revenu moyen annuel tend à se réduire entre les Françaises et les Français, avec un ratio de 0,81 au bénéfice des hommes (22ème rang mondial), le ratio hommes/femmes sur l'égalité des salaires pour un travail similaire ressortait à 0,50 soit un écart du simple au double au bénéfice des hommes et plaçait la France au 132ème rang des 145 pays observés.

Un rapport à appréhender avec beaucoup de précaution

Le Global Gender Gap Index classe plus de 140 économies en fonction de la façon dont elles mettent en valeur les talents féminins sur la base d'indicateurs économiques, éducatifs, sanitaires et politiques.

L'observatoire ignore toutefois des enjeux majeurs de l'égalité hommes/femmes comme l'accès à certains droits spécifiques tels que l'interruption volontaire de grossesse, en recul dans quelques pays qui, soit tendent à en limiter fortement la portée, soit le remettent radicalement en cause, ce qui est le cas notamment du Nicaragua, pourtant bien classé dans le rapport (12ème).

Les indicateurs ignorent également tous les aspects liés aux violences à l'égard des femmes en tant que femmes, facteurs pourtant décisifs d'égalité, tant les écarts dans ce domaine sont importants. On pourra, par exemple, se montrer perplexe sur le classement du Rwanda (6ème mondial) puisque les études locales ont révélé qu'un nombre très important de Rwandaises reconnaissaient avoir subi et subir des agressions au cours de leur vie et cela, en dépit des 64 % de femmes siégeant au parlement rwandais. Cependant, cette réalité politique du Rwanda, singulière dans son environnement géographique, témoigne de la volonté et des efforts accomplis par ses autorités publiques pour promouvoir la parité et contribuer, peut-être, à combattre les facteurs culturels de discrimination.

L'impact historique de la société civile et des mouvements féministes

Malgré des avancées parfois mesurées à renforts d'indicateurs, malgré les conférences internationales qui se succèdent depuis quarante ans et en particulier celle de Pékin en 1995 où ont été adoptés une Déclaration et un Programme d'actions pour la réduction des inégalités entre les sexes, signé par les 182 pays présents, les Etats ou les autorités publiques s'avèrent parfois impuissants voire réticents à mettre en œuvre les engagements pris. C'est vrai notamment en matière de mœurs où les discriminations à l'égard des femmes s'avèrent particulièrement résistantes et sensibles aux contextes religieux ou culturels. La société civile prend alors le relais et ses interventions sont souvent décisives.

Difficile, en effet, de séparer le caractère institutionnel des droits des femmes avec l'historiographie des mouvements féministes qui l'ont fait naître et continuent de l'accompagner.

Héritier des luttes d'ouvrières en Angleterre et aux Etats-Unis au début du XXème siècle, né par la suite dans la mouvance socialiste puis soviétique (l'ensemble du bloc de l'Est célébrera une journée des droits des femmes à partir de 1946), le féminisme militant, d'abord occidental, va peu à peu s'étendre à l'échelle internationale.

En France, la secousse de mai 68 va donner naissance au MLF (Mouvement de Libération des Femmes), dont les racines sont probablement antérieures et qui ne prendra cette appellation qu'un peu plus tard. L'action du MLF ou plus exactement de la mouvance féministe qui s'agrège au début des années 70, va s'avérer, sur le plan politique, rapidement décisive. La publication en 1971 dans « Le Nouvel observateur » du « Manifeste des 343 », signé par plusieurs personnalités féminines avouant avoir déjà eu recours à l'avortement aura un écho retentissant. Trois ans plus tard, l'interruption volontaire de grossesse sera autorisée par la Loi française et sera prise en charge par la Sécurité sociale en 1982 à l'initiative d'Yvette Roudy devenue Ministre des droits des femmes dans le Gouvernement de Pierre Mauroy. En 1983, Yvette Roudy proposera une Loi sur la parité professionnelle dont les effets sont, jusqu'à aujourd'hui, (et les résultats du Global Gender Gap Index le démontrent) très relatifs.

Parallèlement, c'est le MLF (ayant pris cette appellation entre temps), qui en 1982 demandera la célébration officielle en France de la Journée des Droits des Femmes.

*Les institutions françaises parlent volontiers de « Journée Internationale des Droits des Femmes »

Quelques références

  • Le Global Gender Gap Index

  • Le site ONU femmes

  • Le site de « L'Observatoire des inégalités » qui s'est penché plus précisément sur la problématique des inégalités hommes/femmes avec une série d'articles sur le sujet. On lira notamment avec bonheur l'article de Louis Maurin, Directeur de l'Observatoire des inégalités et intitulé « Inégalités femmes-hommes : précarité et parité font bon ménage » où l'auteur souligne que les préoccupations en matière de parité économique ne doivent pas dissuader de combattre plus généralement le creusement des inégalités sociales.

  • L'émission de Jean-Christophe Victor « Le dessous des cartes », consacrée à la Journée Internationale des Femmes et diffusée sur Arte le 5 mars 2016. Désirs d'Avenir s'est inspiré largement de cette émission pour rédiger cet article.

  • « Kurdistan, la guerre des filles » : un reportage diffusé sur Arte le 8 mars 2016 relatant l'engagement des femmes kurdes dans la lutte armée contre l'Etat islamique.

Quelques rendez-vous avec l'histoire

Archives du MLF

8 mars Journée internationale des femmes - Manifestations MLF avec Antoinette Fouque

Depuis que Clara Zetkin obtenait en 1911 que  l’Internationale socialiste fasse du 8 mars la journée internationale des femmes , le 8 mars est sur tout le continent une journée de lutte.

C’est en 1975 que le mouvement de libération des femmes renoue avec la tradition du 8 mars et manifeste avec d’autres groupes du mouvement des femmes contre la journée internationale de la femme décrétée par les seuls états.

Depuis chaque année nous manifestons et participons aux mouvements de libération qui naissent dans tous les pays, ainsi en 1979 nous étions dans les rues de Téhéran avec 50 000 femmes qui se révoltent contre la loi coranique " Quand les femmes iraniennes brisent leurs chaines ce sont les femmes du monde entier qui avancent avec elles."

En 1980 des milliers de femmes venues de toutes les régions pays bas, Espagne, Italie, Autriche, Colombie Salvadore, Angleterre font de cette journée une grande journée international des luttes.

En 1981 face à la misogynie toujours plénière, nous appelons à manifester plus fortement le 8 mars, nous rassemblons les cahiers de remontrance en vue des états généraux des femmes contre la misogynie, les élections présidentielles doivent avoir lieu 2 mois plus tard, nous appelons à voter François Mitterrand dès le 1er tour «  Côté coeur pas de candidat pour les femmes, côté raison le programme de Mitterrand »

Partenaire politique à part entière nous avons appelé à voter pour une gauche qui doit permettre aux femmes de poursuivre en comptant sur leurs propres forces, l’élaboration d’un mouvement indépendant pour que l’état prenne acte de nos exigences légitimes, nous avons rassemblé 50 000 signatures de femmes et d’hommes qui se sont joints à notre proposition, une vaste campagne d’initiative populaire pour qu’en 1983 les parlementaires fassent du 8 mars une journée fériée, payées pour toutes les femmes Le 6 mars 1982, propositions d’Antoinette Fouque avec des femmes du MLF se sont tenus les états généraux des femmes de tous les pays contre la misogynie, plus de 2000 femmes ont rempli l’amphithéâtre de la Sorbonne.

Le MLF avait l’année précédente  rendu public un manifeste de lutte contre la misogynie pour la démasquer et la combattre partout où elle nous veut «  craintes et méprisées, adulées et réduites, exploitées et censurées, exclues et internées partout et quotidiennement dans les maisons, les professions, les médias et la politique et cela dans le monde entier.

 Mouvement de libération des femmes iraniennes année zero

Le 8 mars 1979, Khomeyni rentré d'exil le mois précédent, choisit cette date pour décréter l'obligation du port du voile en Iran. 50000 iraniennes défilent tous les jours dans les rues pendant une semaine. Une délégation du MLF formée de Sylvina Boissonnas, Claudine Mulard, Michelle Muller et Sylviane Rey se rend à Téhéran pour y tourner un film "Mouvement de libération des femmes iraniennes : année zéro". Quelques mois plus tard, l'ordre islamique finira par s'imposer. (Sources : Génération MLF - Éditions des Femmes 2008)

Vidéo

Aujourd'hui, le respect et le développement des droits des femmes sont un rempart contre les régressions et les dérives autoritaristes qui menacent femmes et hommes. Et la place de la femme face au dérèglement climatique est également très importante; elle doit être au centre des négociations, comme cela fut le cas lors de la COP 21 à Paris en décembre 2015.

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