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Mardi, 19 avril 2011

Synthèse de l'Université "Quel avenir pour l'éducation ?"

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Au sommaire

 

3. Quelle méthode adopter pour mettre en oeuvre la nouvelle politique éducative en 2012 ?

Il ressort clairement de l'Université que l'éducation doit constituer la première priorité du prochain gouvernement, de manière à ce que, comme l'a dit Kaïs Idriss :

« L’école de demain [soit] complètement différente de celle d’aujourd’hui ».

C'est que, comme l'a souligné Bernard Hugonnier, quand l'école s'affaiblit, c’est toute la dynamique du développement est compromise :

« L’éducation est extraordinairement importante pour l’économie, la société, l’inclusion sociale, pour le bonheur des citoyens d’un pays (…). On ne peut pas être compétitif et tenir sa place dans le monde (…) avec la faible éducation que nous avons (…). Les plus grands pays, les États-Unis, l’Inde, la Chine, investissent massivement dans l’éducation, l’éducation scolaire et l’éducation supérieure (…). Ces pays ont compris que l’avenir se bâtissait à travers l’éducation. Alors vous allez me dire : bien sûr, lorsqu’on veut mesurer les bénéfices de l’éducation, c’est très difficile ; on peut mesurer les coûts, mais quels sont les bénéfices de l’éducation ? Eh bien faisons comme Pascal : faisons un pari. A une question que l’on posait à Abraham Lincoln (…), « ne pensez-vous pas que l’éducation est excessivement chère ? », il avait répondu : « oui, mais essayez donc l’ignorance » ».

Poser clairement et publiquement la priorité de l'éducation dans le programme de gouvernement est une nécessité.

Dans son intervention, Bruno Julliard a également insisté sur la nécessité que, d'emblée, la méthode de mise en oeuvre de la nouvelle politique éducative soit clarifiée, et qu'elle tienne compte de deux exigences absolues : premièrement, la différence entre le temps de la transformation scolaire et le temps de la politique ; deuxièmement, l'importance d'associer à toute réforme l'ensemble des acteurs du monde éducatif. C'est ainsi seulement qu'il deviendra possible de ruiner l'idée reçue selon laquelle l'Éducation Nationale ne serait pas réformable :

« On dit souvent : tout ça est bien beau, mais il y a tellement de corporatisme, de conservatisme, qu’on ne fera rien. Je ne supporte plus ce discours qui consiste à dire que les enseignants ne veulent pas changer : il suffit de se rendre dans quelques établissements où il y a des innovations pédagogiques, des enseignants et des équipes éducatives qui donnent de leur temps dans des conditions très difficiles pour améliorer le sort de bon nombre d’élèves ; (…) ce qu’ils attendent, c’est justement un vent de réformes progressistes et positives. Pourquoi aujourd’hui le terme de réforme est‐il vécu avec difficulté ? Parce que toutes les réformes de ces dernières années étaient d’abord des régressions sociales et des régressions éducatives. Si nous arrivons, et c’est ça l’objectif de la gauche en 2012 sur l’école, au contenu du mot de réforme, c’est-à-dire du progrès éducatif et social, je suis absolument convaincu que nous aurons derrière nous l’engagement des enseignants ».

Un projet progressiste ; le temps nécessaire de la démocratie pour la mise en oeuvre : ce sont les deux points principaux de la méthode. Patrick Gonthier est allé dans ce sens en insistant particulièrement sur l'importance d'associer tous les acteurs de l'éducation à la réforme :

« Aucune transformation du système ne peut se faire à l’écart des personnels, à l’écart des parents, à l’écart des acteurs. Aujourd’hui, toutes les réformes qui se conduisent se font sur la base du fait accompli ou du passage en force. Demain, si on veut recréer un consensus autour de l’école, il faudra débattre, trouver des points, avancer, et ce sera aux responsables politiques d’avancer sur le long terme ».

Tous les représentants des acteurs de l'éducation ont ainsi insisté sur le besoin de démocratie dans la politique éducative des gouvernements. Kaïs Idriss, par exemple, pour les parents d'élèves :

« Ce qui est important pour nous, c'est la place des parents dans l’école : aujourd’hui elle s’arrête à la porte de l’école. Ce qu’on aimerait pour le projet socialiste, c’est que les parents aient une place dans l’école ».

En vertu de l'importance, qui aura été rappelée tout au long de l'Université, de l'éducation non seulement au sein du système scolaire, mais pour l'ensemble de la société, sans doute même faudra-t-il associer à la réforme l'ensemble des acteurs qui interviennent dans l'environnement scolaire, même si ce n'est apparemment qu'indirectement. Patrick Gonthier notamment a tenu à insister sur ce point :

« Et puis, dernier point, nous pensons que l’éducation ne se limite pas à l’école : l’ensemble de la société doit trouver des points de cohérence. Il y a des acteurs différents, des partenaires différents, que ce soit dans le monde associatif, dans les collectivités, dans l’école aussi, il faut trouver des projets éducatifs cohérents qui puissent avoir un objectif cohérent : la réussite de tous, partout, la réussite du plus grand nombre ».

Nous retiendrons, de cette insistance unanime sur le caractère nécessairement démocratique de toute réforme éducative digne de ce nom, le lien étroit qui devra unir, en 2012, le contenu de la nouvelle politique éducative à mener, et les modalités de sa mise en oeuvre. Paul Robert y aura particulièrement insisté, en analysant, par comparaison avec la France, les principales caractéristiques du modèle finlandais et les conditions historiques de sa mise en oeuvre. Parce qu'elle tient ensemble quasiment tous les aspects abordés au cours des différentes interventions de l'Université, nous reproduirons la sienne presque entièrement, en guise de conclusion :

 

« L’intérêt de la Finlande pour le domaine éducatif est bien sûr alimenté par les excellents résultats de ce pays dans les évaluations internationales, et notamment dans les tests PISA. Cette excellence est confirmée à chaque nouvelle session et conduit naturellement à chercher les recettes d’un succès aussi constant, particulièrement quand son propre pays, malgré le budget considérable consacré à l’éducation, ne parvient pas à décoller d’une médiocrité qui vient tout aussi régulièrement contredire l’idée très flatteuse qu’il se faisait de lui-même dans ce domaine.

« Mais avant de nous engager plus avant dans la recherche des causes de la réussite finlandaise, je vous invite à vous intéresser avec moi sur quelques aspects très intéressants de cette réussite mise en évidence par PISA, car la Finlande ne se contente pas de rafler des podiums avec régularité : PISA montre aussi, et même surtout, que ce pays semble avoir trouvé des solutions à des questions éducatives épineuses auxquelles bien des pays développés, et notamment la France, ont échoué à trouver des solutions satisfaisantes : comment réduire l’échec scolaire ? ; comment lutter contre les déterminismes économiques en éducation ? ; comment dans le même temps assurer la constitution d’une élite scolaire forte et nombreuse ? ; comment réussir tout cela sans faire exploser le budget de l'Éducation nationale ? Ces questions, qui traversent avec permanence le débat sur l’éducation en France, semblent avoir trouvé en Finlande (…) des réponses à la fois solides et stables. Quelles sont donc les clés de cette réussite étonnante ?

« À mon sens, en premier lieu, une philosophie de l’éducation qui s’intéresse à l’enfant, et non pas seulement à l’élève : dans sa globalité, et qui le place au centre du système. En Finlande, l’idée qu’il puisse y avoir antagonisme entre l’épanouissement de l’enfant et l’acquisition des savoirs paraît très incongrue. Comment en effet ne pas comprendre qu’un enfant heureux, épanoui, qui a plaisir à aller à l’école parce qu’il s’y trouve dans un environnement sécurisant, familier, confortable et harmonieux, où il sait que les professeurs sont là pour l’aider à progresser quelles que soient ses difficultés, comment ne pas comprendre que cet enfant a toutes les chances d’acquérir plus aisément les savoirs qui lui sont proposés ? Tout est donc fait pour que l’enfant se sente chez lui à l’école. Et tout est fait pour qu’il ait le sentiment de pouvoir progresser à son rythme. Écoutons à ce sujet une mère finlandaise qui s’est exprimée sur le site internet du forum « école alternative démocratique » auquel je participe : « C’est au système éducatif de s’adapter au rythme de l’enfant, non le contraire. Si l’enfant n’est pas prêt biologiquement pour apprendre la géométrie ou la grammaire, ce n’est pas grave : on attendra qu’il soit prêt. »

« Pour cela, l’entrée dans les apprentissages fondamentaux est très progressive. L’école n’est obligatoire qu’à partir de 7 ans : ce qui ne veut pas dire que les enfants ne sont pas scolarisés avant ; mais l’obligation scolaire n’est qu’à partir de sept ans. Et donc cet apprentissage des fondamentaux est très progressive et laisse toute sa place au jeu : cela fait partie de l’expertise professionnelle de l’enseignant de savoir guider en douceur les enfants vers les apprentissages par le jeu. Cette phase pré‐scolaire est aussi celle où l’on observe l’enfant et où l’on détecte d’éventuelles difficultés cognitives auxquelles on apportera des remédiations le plus précocément possible. Par la suite, et jusqu’à la fin de l’école fondamentale, cette attention bienveillante portée à chaque élève ne faiblit pas. Il n’y a pas de mystère : si la Finlande a réussi à réduire fortement l’échec scolaire, c’est parce qu’elle a mis en place dans toutes les écoles des dispositifs d’aides et de remédiations efficaces. En Finlande (…), typiquement pour une école de deux à trois cents élèves, deux enseignants spécialisés, entièrement déchargés de classe, reçoivent, à la demande de leurs collègues, les élèves qui ont besoin d’une aide spécifique dans telle ou telle matière et ce, pendant le temps des cours. Il n’y a donc pas de surcharge pour les élèves en difficulté comme c’est le cas pour les dispositifs qui existent en France.

« Si la Finlande parvient à limiter les effets du déterminisme socio‐économique dans le domaine scolaire, c’est aussi parce que les réformateurs du système éducatif au tournant des années 70 ont été animés d’une volonté forte de réaliser les conditions d’une véritable équité – ce qui était une gageure dans un pays à l’habitat très dispersé, encore fortement rural, où les inégalités de développement entre les provinces étaient très importantes et où, qui plus est, il n’y avait pas d’homogénéité linguistique. Le principe d’un égal accès à une éducation de qualité pour tous, quelle que soit la situation géographique, les différences de langue, de milieu social ou de sexe, une fois posé par les réformateurs, on n'y a plus jamais dérogé, quelles que soient les alternances politiques. C’est un gouvernement de gauche qui a posé les bases de cette réforme et ensuite il y a eu des alternances politiques comme dans tout pays démocratique, mais on n'a plus touché aux principes de la réforme qui a continué sa progression. Cela s’est traduit par la constitution d’une école fondamentale, obligatoire, identique pour tous, de 7 ans à 16 ans, et entièrement gratuite. Ce ne fut pas simple car je tiens à rappeler qu’alors, le système finlandais était largement aussi inégalitaire, élitiste et sélectif que les systèmes français ou allemand.

« Je vous propose d’entrer un tout petit peu dans le concret de ce que suppose ce principe d’équité : dans un pays qui compte deux langues officielles, cela veut dire permettre à tout élève d’accomplir sa scolarité dans sa langue maternelle ; dans un pays où l’habitat est très dispersé, cela veut dire offrir une école de qualité jusque dans les régions les plus reculées du fin fond de la Laponie. Quant à la gratuité, entendons‐nous : chez nous, l’accès à l’école est gratuit, mais les familles n’en contribuent pas moins pour 10% à la dépense globale d’éducation. En Finlande, la gratuité est totale : les familles ne paient ni pour la restauration, ni pour les transports, ni pour les livres, ni pour les fournitures scolaires. Cette façon d’aller dans le détail très concret des principes généreux qui les animent est très caractéristique de ce que j’appellerai l’humanisme pragmatique des Finlandais pour lequel j’ai une très grande admiration.

« Enfin, troisième élément fondamental de la réussite du système éducatif finlandais : les enseignants. Il est apparu évident aux réformateurs finlandais qu’ils ne pouvaient parvenir à rien sans les enseignants. Ils les ont donc associés à l’élaboration même de la réforme, dès lors que furent posés les principes fondamentaux. Rappelons que cette phase d’élaboration dura 4 ans, de 68 à 72, et qu’elle ne fut mise en oeuvre que très progressivement à partir des provinces les plus reculées. L’élévation du niveau de formation des enseignants apparut rapidement comme une priorité essentielle à la réussite de la réforme, car regrouper tous les élèves dans un même cursus fondamental posait la redoutable question de l’hétérogénéité. Comment enseigner et quoi enseigner à des élèves qui, auparavant, étaient précocément triés ? La réponse était certes de nature programmatique mais aussi de nature pédagogique. La formation des enseignants a donc été entièrement repensée pour répondre à ce nouveau défi. Dans les masters d’enseignement qui sont exigés depuis 1979 pour tous les professeurs, une part importante fut désormais réservée à la connaissance de la psychologie et du développement cognitif de l’enfant, aux théories de l’apprentissage et à la pédagogie. Ces acquisitions s’appuient sur des mises en pratique progressives et encadrées par des professeurs chevronnés dans le cadre d’écoles d’application présentes sur tous les campus des facultés pédagogiques. Dotés de ce solide bagage théorique et pratique, les enseignants sont ensuite considérés comme des experts auxquels on peut faire confiance. Il n’est donc, c’est logique, plus besoin de les inspecter, ce qui est une source d’économie non négligeable. L’inspection a été supprimée en Finlande il y a 20 ans.

« Ce qui est frappant lorsqu’on se penche vraiment sur le système éducatif finlandais, c’est la solidité de ses bases conceptuelles, sa très grande cohérence et l’adhésion de tous ses acteurs et de l’ensemble de la population aux principes qui l’animent. C’est aussi la façon très progressive dont il a été construit en recherchant toujours le consensus autour de valeurs fortes. Les Finlandais, pour changer leur école, se sont hâtés lentement : la plus précieuse leçon que peut nous donner la Finlande dans le domaine éducatif est son art consommé de la réforme. C’est ce qui lui a permis de montrer, comme le dit très justement le manifeste du collectif que vient de citer Mme Bertinotti, « Ecole, changer de cap », où il est dit que la Finlande nous montre que des transformations profondes de l’école constituent une utopie réalisable.

« Faute d’une ambition claire et partagée beaucoup d’occasions ont été perdues en France et on en est encore (…) à discuter de l’avenir du collège unique, c’est-à-dire de le remettre en question. Les tentatives de réforme sont aujourd’hui parcellaires, brouillonnes, contradictoires et hâtives. Dans ce contexte, toute velléité de copier tel ou tel aspect du système finlandais pourrait s’avérer désastreuse. On l’a bien vu avec l’échec de la réforme du lycée par un précédent ministre. Il me semble que la première condition pour parvenir enfin à faire changer l’école serait de bâtir un consensus autour d’objectifs clairs, ambitieux et à long terme ; d’impliquer, dès la phase initiale de chaque réforme, toutes les parties intéressées, et, enfin, d’adopter un rythme de transformation qui soit déconnecté du temps politique court ».


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