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Catégorie: Bibliographies
Editeur: Editions du Seuil
Pages: 307
Prix: 22,30 €
ISBN: 978-2020787635
Année: 2008
Vues: 1107
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Description

Le collège expérimental Clisthène est une « contribution en actes » au débat sur l’avenir de l’Éducation Nationale. C’est ainsi que l’auteur présente ce petit établissement de Bordeaux ouvert en 2002.

A l’origine l’objectif était de sortir de l’empilement des heures de cours afin de rendre l’apprentissage plus cohérent et plus motivant pour l’élève. En voici quelques caractéristiques :

-          Le temps scolaire est partagé en trois temps pédagogiques : disciplinaires, interdisciplinaires et ateliers. Les rôles pédagogiques et éducatifs sont multiples et diversifiés. La fin d’après-midi est consacrée à l’aide au travail personnel. Les élèves appartiennent tous à un groupe de tutorat en plus de leur classe et chaque semaine ils organisent une réunion de bilan au cours de laquelle chacun prend la parole, stimulant ainsi l’écoute et l’entraide.

-          Le service des enseignants intègre leur présence au sein de l’établissement. Ils conduisent des projets interdisciplinaires. La pratique du métier est donc différente. Les fonctions de direction sont même tournantes.

-          Il y a un double système d’évaluation, par notes et par compétences. Chaque élève signe un contrat d’objectifs élaboré en collaboration avec les enseignants. Il n’y a pas de redoublement.

-          L’école est ouverte. Les parents y organisent des repas trimestriels et participent à de nombreux ateliers.

-          Les locaux sont aménagés en conséquence, avec des espaces de vie pour les personnels et les élèves en plus des salles de classe.

Loin d’être une école libertaire, le collège se fixe bien sûr des règles, qui s’appliquent à tous. Il y a donc un système de sanctions codifiées et réellement appliquées. L’interdit n’a de sens que s’il est respecté, et il n’est respecté que si l’on peut prouver qu’il offre des possibilités plus intéressantes et gratifiantes que sa transgression.

Le fonctionnement du collège Clisthène impose le travail scolaire, dans le cadre des programmes ministériels, mais un travail différent de l’ordre scolaire traditionnel, où les élèves sont « tenus » et confondent souvent effort et souffrance. La pédagogie est ici d’abord perçue comme une « position éthique » par rapport aux élèves.

Cette expérience innovante n’est pas un cas unique en France. Quelques établissements fonctionnent selon le même principe et de nombreux enseignants développent des projets à leur échelle.

L’analyse est surtout l’occasion d’une présentation en contrepoint de la situation vécue dans de nombreux autres établissements :

-          Le collège est souvent le lieu d’un « drame ordinaire ». Les élèves qui arrivent en 6e y vivent une violente rupture avec l’école primaire. Ils découvrent la contrainte de l’adulte. Cette contrainte devient pressante, stressante, voire violente. L’évaluation et le jugement les font entrer de plain-pied dans le monde de la compétition scolaire. Le but suprême des apprentissages devient un tri entre gagnants et perdants.

-          Le collège fonctionne donc comme une machinerie sociale qui fabrique des destins, sans échapper toujours aux déterminants sociaux ou familiaux. La sélection scolaire est une logique d’écrémage. Les meilleurs restent dans le système et vont au lycée. Les plus faibles suivent une trajectoire de perdants et sont orientés vers un lycée professionnel qui devient le symbole d’une première défaite sociale.

-          Le travail scolaire s’y accomplit souvent « sur une ligne de cessez-le-feu » entre « camp adulte et poussée adolescente ». Les professeurs y promeuvent des règles inusables et à priori invincibles, car personne ne peut s’y opposer sans être l’exclu et donc le perdant.

-          La relation pédagogique oublie le désir d’apprendre. Elle se réduit à un acte d’apprentissage qui ne tient pas compte de besoins d’ordre affectif et social : le besoin d’être estimé, entendu, valorisé…

-          Les enseignants subissent une solitude d’autant plus insupportable qu’ils doivent affronter des situations difficiles. Les relations hiérarchiques fonctionnent sur la méfiance.

-          Les parents perdent confiance en l’institution scolaire. 50 % des familles ont recours à des cours particuliers privés.

-          Les niveaux se brouillent. Le niveau monte en valeur absolue car de plus en plus de gens sont scolarisés et de plus en plus longtemps (64 % d’une classe d’âge obtient le bac, alors qu’ils n’étaient que 20 % en 1970). Mais dans le même temps les classes sont plus hétérogènes et les élèves n’y possèdent plus le même savoir initial. Ainsi, le savoir évolue. La société n’y place plus les mêmes attentes. Les apprentissages sont plus étalés dans le temps du fait de l’allongement de la scolarité obligatoire.

-          Les innovations pédagogiques sont mal vues. L’Éducation Nationale résiste à la diversité. Les innovateurs doivent souvent passer du temps à se protéger contre un système qui brise l’énergie de ceux qui sont prêts à donner le meilleur d’eux-mêmes. L’article 34 de la loi de 2005 reconnaît le droit à l’expérimentation, mais l’administration actuelle en limite l’application.

L’école n’est pas seulement un service public. C’est une institution qui permet à la société de se perpétuer et de se projeter dans le futur. Tout débat sur l’éducation est donc politique.

Actuellement l’école fait l’objet d’une véritable « ivresse polémique ». Un courant réactionnaire définit comme républicain tient le haut du pavé et dénonce systématiquement toute tentative d’innovation pédagogique. Il ne prend pas en compte la complexité des situations scolaires, simplifie à outrance, mais domine le paysage médiatique et mène une guerre d’opinion.

Venus souvent de la gauche antilibérale, ces anti-pédagogues reprennent et adaptent une thématique née à l’extrême droite dans les années 1980, dénonçant pêle-mêle : la baisse du niveau, la mort de la culture, le nivellement par le bas, l’abrutissement des masses, le formatage de futurs consommateurs dociles, l’inversion des valeurs morales, l’autorité bafouée des professeurs, etc.

La pédagogie est dénoncée comme un paravent qui occulterait la crise sociale. Un objectif de pacification viendrait se substituer à la transmission des savoirs. Le plaisir scolaire serait une négation de l’effort. La prise en compte de l’oral affaiblirait l’expression écrite. L’aménagement de lieux de vie nuirait à la concentration.

Cette violente contestation de la pédagogie comble une attente de discours sur l’école. Elle répond au désarroi des acteurs.  Elle est donc particulièrement en vogue chez les enseignants car elle coïncide avec plusieurs évolutions de la société et du système éducatif :

-          Le collège unique est mis en place sans que l’on définisse clairement les objectifs et les méthodes à appliquer aux nouveaux élèves.

-          La demande scolaire augmente alors que de nouvelles formes de pauvreté se développent. L’école semble incapable d’entraver cette désagrégation sociale.

-          La pédagogie s’impose comme discours officiel dans les années 1980 et dérive vers la production de normes parfois abstraites.

-          Les responsables politiques en charge de l’éducation accumulent des annonces qui neutralisent celles de leurs prédécesseurs, mais donnent l’impression d’un empilement de réformes. Les enseignants les perçoivent comme une forme de harcèlement.

-          La plupart des discours sur l’école sont construits en référence à des expériences passées, personnelles, et presque toujours sans rapport avec la réalité.

Toute pédagogie implique une vision de la société à laquelle elle s’applique. Quel type de société voulons-nous promouvoir à travers le système éducatif ? Quels moyens sont compatibles avec ces objectifs ?

L’exemple étudié ici ne vaut que pour lui-même et n’est pas transposable. Il faut même se méfier d’une pédagogie qui deviendrait prescriptrice de normes administratives rigides. Il montre toutefois le caractère salutaire de ces expériences et a le mérite d’ouvrir des perspectives.

Ainsi, il faut développer un cadre institutionnel qui permette de stimuler davantage les expériences, le volontariat,l’autonomie des équipes pédagogiques dans le cadre du respect des programmes. Ces expériences pratiques de lutte contre l’échec scolaire sont la première étape d’une réforme acceptée par les enseignants.

La promotion d’une pédagogie innovante est aussi une réponse politique au courant réactionnaire qui héroïse l’école élitiste et tourne le dos à la promotion d’une véritable école démocratique.

Le CLOUD

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