Image de diaporamaImage de diaporamaImage de diaporamaImage de diaporamaImage de diaporama

Mercredi, 28 octobre 2009

UPP Souffrance au Travail - Travailler pour être heureux ? Le bonheur et le travail en France par Christian Baudelot et Michel Gollac

Évaluer cet article
(0 Évaluations)

Cette enquête, qui remonte à 1997, reste la référence quand il s'agit d'analyser le rapport des français au travail et à l'emploi. La portée de l'ouvrage est essentiellement sociologique.

I/ Ceux qui souffrent du travail l'associent plus fréquemment au bonheur

Lorsqu'on leur pose la question « qu'est ce qui est pour vous le plus important pour être heureux? », 27% des Français répondent en évoquant le travail de façon directe, ou indirecte (sous la forme d'un synonyme: « boulot », « emploi », « métier »).

1/ Premier paradoxe: les précaires associent le travail au bonheur

La probabilité de citer le travail comme un élément de bonheur est étroitement corrélé à son degré de précarité et à la probabilité qu'il se trouve au chômage:
- Le mot « travail » est cité par 43% des ouvriers contre 27% des chefs d'entreprise, cadres et professions libérales.
- Ces proportions cachent toutefois d'importantes variations: les ouvriers de moins de 35 ans, au chômage ou n'ayant qu'un emploi temporaire, sont 65% à évoquer le travail dans la définition du bonheur.
- Ce paradoxe est renforcé par la même enquête, qui montre que les ouvriers sont plutôt satisfaits lorsqu'ils atteignent la retraite plus tôt, alors que les cadres sont plus nombreux à vouloir prolonger leur activité au delà de l'âge imposé:

 

- La proportion de cadres et professions intermédiaires qui citent le travail comme composante du bonheur ne fléchit pas avec l'âge (30% entre 25 et 34 ans, 27% entre 35 et 49 ans, 29% après 50 ans).
- En revanche, les employés et les ouvriers témoignent une certaine lassitude, usure et sont après 50 ans beaucoup moins enclins à citer le travail comme une composante du bonheur (42% entre 25 et 34 ans, 42% entre 35 et 49 ans, mais 31% après 50 ans).

Le paradoxe est ainsi valable pour les cadres: ces derniers moins nombreux à déclarer que le travail est une condition du bonheur alors qu'ils éprouvent plus de difficultés à le quitter.


2/ Deuxième paradoxe: les salariés les plus exposés à la pénibilité des conditions de travail l'associent néanmoins au bonheur

Le bonheur au travail n'est pas réductible à un groupe social:
- La moitié des ouvriers exprime une souffrance au travail supérieure à la moyenne. Idem pour un tiers des cadres.
Le sentiment d'exploitation n'est plus un « privilège ouvrier » et affecte dans des proportions similaires l'ensemble des catégories sociales, cadres, petits commerçants.

Les nouvelles organisations du travail ont des effets contradictoires sur le bonheur des salariés.
- Ainsi, plus d'autonomie dans son travail ne signifie pas automatiquement plus de bonheur. La relation est positive pour les catégories les plus qualifiées, elle est faible voire inexistante au bas de la hiérarchie professionnelle.
- A l'inverse, l'intensification des rythmes d'activité affecte peu le bonheur des cadres mais s'avère en revanche délétère pour les ouvriers non qualifiés. C'est pourquoi le passage aux 35 heures a été douloureusement vécu par les salariés les plus modestes, pour lesquels elles ont été synonymes d'une flexibilité accrue et de suppression de la rémunération issue des heures supplémentaires.

II/ Ouvriers et cadres ont une conception différente du bonheur, qui conditionne leur rapport au travail et à l'emploi


1/ La conception du bonheur pour les salariés modestes: le travail est un bien minimal


En affinant le sens du mot « travail » pour les personnes interrogées, deux sens apparaissent:
- Pour 46% des personnes invoquant le « travail » dans leur réponse, il s'agit d'« avoir du travail ». Le travail est ici confondu avec l'emploi et renvoie au statut social qu'il confère et au revenu qu'il procure, indépendamment de son contenu (le travail à proprement parler)
- En revanche, les catégories les plus privées de travail (les jeunes) et les plus exposées au chômage (chômeurs, ouvriers, titulaires d'emploi à durée limitée) utilisent plutôt l'expression « le travail » ou bien « emploi » ou « boulot », ce qui traduit l'intériorisation d'un statut d'infériorité: le demandeur d'emploi est exposé aux petits boulots et s'oppose au détenteur d'un métier ou d'une profession.

Les ouvriers (et dans une moindre mesure les employés) lient l'accès au bonheur à l'acquisition d'un certain nombre de ressources: le « travail » est la première d'entre elles suivies de l'argent et de ses synonymes (23% contre 15%), du logement. Pour être heureux il faut d'abord avoir, le travail n'est qu'une clé pour accéder à d'autres biens.
« Pour les plus démunis, avoir un travail est l'une des conditions nécessaires pour espérer accéder au bonheur, mais le travail en soi ne leur apporte guère de satisfaction ». C'est pourquoi les ouvriers associent davantage bonheur et travail que les cadres.

La retraite assure aux ouvriers le niveau de ressources minimales qu'ils attendaient du travail, ce qui explique l'érosion de leur attachement au travail plus l'âge de la retraite se rapproche.


2/ La conception du bonheur pour les catégories aisées: le travail comme composante du bonheur

Les catégories supérieures considèrent moins le bonheur comme un état résultant de conditions matérielles (travail, argent, maison) mais comme une construction bâtie à partir de dispositions psychologiques favorables (« l'amour », « l'amitié ») et de ressources matérielles et morales (« tranquillité » et aisance financière).

Le vocabulaire des cadres, professions intermédiaires et professions libérales renvoie systématiquement à cette entreprise de construction de soi: les catégories les plus riches et les plus diplômées emploient plus fréquemment les termes « se sentir bien dans son travail », « être heureux dans son travail », « avoir un travail motivant »: 4% contre 1% pour les ouvriers.


Le travail n'est pas la condition du bonheur mais l'un des éléments du bonheur. A l'heure de la retraite, les cadres, dont le travail est devenu l'un des éléments du bonheur, ont plus de mal à y renoncer. Cette conception du bonheur a pour condition ce qui est un objectif en soi pour les ouvriers: le travail.

CONCLUSION: L'importance de la valeur-travail pour les plus démunis, qui sont les mieux placés pour en mesurer le prix, est du au fait que le travail conditionne le bonheur des catégories les plus exposées aux situations d'emploi et de rémunération les plus difficiles.

 

0000-00-00 00:00:00

Laisser un commentaire

Il vous reste caractères.

Le CLOUD

Les Comités Désirs D'Avenir

Les comités Désirs d'Avenir vous donnent rendez-vous sur leur site.