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Mardi, 16 juin 2009

UPP sur la Crise - Intervention de Philippe Aghion

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Je voudrais parler du modèle économique et social à la lumière de la crise. Quels sont les défis existant avant la crise? Nous avions déjà le défi de la mondialisation (dont Jacques a parlé). D'un côté l'accélération du progrès technique aux États-Unis. De l'autre côté les pays émergents, la Chine, l’Inde, les pays asiatiques qui rattrapent et qui maintenant commencent à innover et exporter dans des secteurs de pointe. L'Europe est prise « en sandwich » entre les deux. Comment exister dans ce nouveau monde ? Le deuxième défi c'est le changement climatique: Comment assurer une croissance durable qui soit compatible avec l'environnement et avec les ressources épuisables ? Est ce qu'on est condamné à la croissance zéro ? Est ce qu'il y a un sentier de croissance qui est compatible avec les objectifs d'environnement ? Ensuite il y a le vieillissement de la population: en France nous avons un gros problème. Problème de solvabilité de nos systèmes de santé et de retraite à cause du vieillissement de notre population. Donc par exemple si on regarde la mondialisation, on a assisté à une accélération du progrès technique aux Etats-Unis notamment depuis les années 90. En même temps, une mondialisation des échanges a permis une accélération du rattrapage par les économies émergentes. Par exemple: depuis 2006 la Chine est le numéro trois mondial en terme de dépenses en R&D. Depuis 2007, elle est le numéro deux mondial en termes d'exportations. (Slide du PIB mondial). La courbe descendante représente la part de l'Union Européenne à 27 dans le PIB mondial. La courbe du bas qui est montante représente la part de l'Asie Chine comprise dans le PIB mondial. Et vous voyez bien la tendance, nous déclinons et eux ils se développent. Et là on n’est pas encore arrivé au croisement mais on y est presque.

 

Finalement que faut-il faire ? Je reprends ce que disait Jacques Attali avant la crise il y avait une prise de conscience. La commission Attali a travaillé sur cette base. Il faut une politique de croissance pour réussir à se faire une place dans l'économie mondialisée. Il faut des marchés, des produits, du capital, du travail plus flexibles. En même temps une meilleure protection sociale pour garantir qu'on puisse aller vers des marchés plus flexibles. Donc il faut mettre en place un vrai système de flexi-sécurité ou de sécurisation des parcours professionnels.

Et puis il faut également davantage d'investissements publics dans le capital humain, l'éducation supérieure, l'université, les innovations vertes et puis les secteurs porteurs dont nous parlerons peut-être tout à l'heure.

Que s’est-il passé ? La crise qu'est ce qu'elle fait ? La crise en fait est appelée à réduire notre croissance durablement. Evidemment à court terme notre croissance sera négative. On prévoit une croissance négative de -1,3% en France en 2009 mais au niveau des prévisions on va mettre beaucoup de temps avant de revenir à des niveaux de croissance antérieurs à la crise. Parce qu'il va y avoir une diminution des risques, également des liens avec l'innovation. Il va y avoir une attitude de prendre moins de risques. Et donc il y a une crainte concernant la croissance potentielle dans les pays occidentaux baisse par rapport à ce qu'elle était avant.

Dans les pays émergents la croissance devrait moins ralentir parce qu'il s’agit majoritairement de pays d'imitation et les activités d'imitation sont moins risquées que les activités innovatrices. On peut donc penser qu'en fin de compte la crise devrait accentuer le rattrapage des pays émergents vis à vis des pays avancés au lieu de les ralentir. Nous sommes donc encore plus confrontés au problème d'être pris en sandwich entre les pays comme les Etats-Unis et des pays comme la Chine, l'Inde et d'autres qui nous rattrapent (qui nous rattrapent dans des domaines de plus en plus avancés), qu’avant la crise.

Reprenons les politiques énoncées par le rapport de Jacques Attali. Nous devrions avoir des politiques macro-économiques, i.e. plus contra cycliques. Lorsque les Etats-Unis sont en récession ils baissent sensiblement les taux d'intérêt et font davantage de déficits. Par exemple ils ont fait un plan de relance qui représente 2% du PIB. Nous notre plan de relance en France c'est (zéro point neuf) 0,9%. Les plans de relance européens sont beaucoup plus timides. Quelles sont les raisons à cela ? Le pacte de stabilité et de croissance dont le fondement est juste, est très contraignant en termes de capacité à réagir aux cycles économiques. Ensuite il y a un problème de coordination entre pays européens. Chaque pays européen a peur que sa relance profite au voisin, qu’elle creuse le déficit commercial chez lui et profite aux autres pays. Et comme il n'y a pas de coordination fiscale en Europe, on n'a pas été capable de faire des plans de relance coordonnés et d'avoir une vraie politique de relance. On n'a pas été capable de se coordonner sur les plans sur les restructurations bancaires, sur les réglementations bancaires. En Europe il n'y a pas 27 mais 3 fois 27 réglementations financières. Dans chaque pays vous avez une réglementation pour les banques, les sociétés assurances et pour les marchés financiers. Vous avez 3 fois 27 systèmes de réglementation ce qui est une grosse difficulté à surmonter. Il faut donc qu'on harmonise nos réglementations en Europe.

Ensuite il faut discipliner le marché sans tuer l'innovation. On est d'accord que l'environnement nécessite des réglementations. Il va falloir des taxes carbones ainsi que des incitations à l'innovation verte. Dans la finance il va falloir réglementer les banques. Faire en sorte que les banques d'investissement et les banques parallèles soient sujettes aux mêmes critères de Bâle que les banques commerciales l'étaient jusqu'à maintenant. Mais en même temps on ne peut pas tuer la finance, on sait que le capital risque est très utile, que les business angels c'est très utile. Toute la difficulté ça sera de réglementer sans tuer l'innovation ou le marché. On doit réglementer le marché, on ne peut pas tuer le marché. Beaucoup de gens pensent que la cause de la crise est le libre échange et qu’il faut alors revenir au protectionnisme et au colbertisme. Et toute la difficulté c'est de montrer qu'il y a un juste milieu, un défi et une voie de réflexion à construire. Il faut repenser la politique industrielle. Sans revenir au colbertisme gaullien qui avait de bons côtés à son époque, il faut donner la priorité à certains secteurs: le numérique, la santé, l'environnement (Jacques Attali aurait beaucoup de choses à dire là-dessus) mais d'une manière qui ne soit pas aussi "top down", administrée comme c’était le cas sous l'époque gaullienne. Il faut réinventer la politique industrielle, en faire quelque chose de beaucoup plus "bottom up" et de beaucoup plus compétitif qu'elle ne l'était avant. Il y a là encore un chantier très important de réflexion.

Enfin (Yann en parlait tout à l'heure).On ne peut pas libéraliser, dynamiser une économie durablement s'il n'y a pas la confiance qui s'installe. On s'est rendu compte que dans les pays scandinaves et des pays qui avaient dynamisé leur marché du travail et des produits, il y a un plus grand niveau de confiance entre employeurs et employés, confiance des gens dans les institutions et dans le marché en Scandinavie.
Comment se construit la confiance ? En commençant par ne pas nommer une catégorie sociale comme bouc émissaire. C'est ensuite d'avoir une politique de redistribution véritable, une vraie réforme fiscale et investir davantage dans le capital social.

(Illustration par un graphique : Les pays européens avaient été classés verticalement ceux qui ont plus ou moins de justice sociale, et horizontalement ceux qui ont plus ou moins d'efficacité, c'est à dire de taux d'emploi. On s'est rendu compte que les pays nordiques ce sont des pays qui ont à la fois l'efficacité et la justice. Les pays anglo-saxons ont l'efficacité mais pas beaucoup de justice. Nous on est dans les continentaux, on est avec l'Allemagne. On n'a pas beaucoup d'efficacité mais plus de justice. Et puis il y a les pays méditerranéens, qui n'ont ni la justice ni l'efficacité.
Maintenant en terme de protection sociale, dans différents pays quelle est notre réaction à la globalisation, à la mondialisation ? Alors on voit que des pays comme le Danemark, la Suède ou la Finlande. Dans les pays scandinaves (le bleu domine le rouge) on considère que la mondialisation est une chance, pas une menace. (Vous regardez à la droite et à l'extrême droite, c'est nous c'est la France.) En France on considère que la mondialisation est une menace mais pas une opportunité.

Pourquoi il y a cette différence ? En terme de solvabilité de la dette publique si on regardait en 2004 on se rendrait compte que les pays nordiques et anglo-saxons alors qu'ils étaient plus efficaces en termes d'emploi, avaient une dette publique plus faible que nous en pourcentage du PIB. Que s'est-il passé après la crise ? En 2010 on voit que nous ça s'aggrave, pour les méditerranéens ça s'aggrave également. La surprise vient de la droite. Les anglo-saxons deviennent mauvais. Les nordistes s'en sortent très bien eux, les nordistes passent la crise beaucoup mieux que nous et leur endettement a à peine augmenté pendant la crise.

Conclusion : La crise a montré la supériorité du modèle scandinave.
Ce modèle réconcilie quatre aspects: Il donne la priorité à la R&D, il donne la priorité à l'éducation supérieure et aux innovations vertes. Deuxièmement ils ont une fiscalité fortement redistributive.
Troisièmement ce sont des pays où règnent la confiance, la transparence et la liberté des médias. On ne verra jamais quelqu’un, à la télévision, renvoyé parce qu'il a dit quelque chose qui ne plaisait pas à tel ou tel ministre, ça n'existe pas en Suède. Il y a une bonne réglementation du secteur financier, grâce au fait qu’ils ont eu une grosse crise financière dans les années 90, alors ils ont appris leur leçon, ils savaient ce qu’il fallait faire pour éviter une crise financière et ils ont pris leurs dispositions. Nous aurions été bien avisés dans nos pays et aux Etats-Unis, si nous avions regardé de plus près ce que les Finlandais et les Suédois ont fait dans les années 90 afin de résoudre leur crise financière.

Je pense donc qu'une manière de réfléchir pour nous serait de se demander vers quel modèle aller.
On ne peut pas transposer tel quel le modèle scandinave à la France, mais je pense que c'est une bonne piste que de se demander : Que pouvons-nous faire afin de réunir les quatre conditions énoncées ci-dessus dans un pays comme le nôtre en partant de là où nous en sommes aujourd’hui ?

Et c'est à ce défi-là que je vous invite, merci.

 

2014-05-15 11:55:00

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