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Mardi, 16 juin 2009

UPP sur la Crise - Intervention d'Edouard Martin

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Pardonnez-moi de ne pas être un expert mais parfois les experts ne suffisent plus. Je remercie Ségolène Royal d’avoir donc diversifié les intervenants au sein du débat. Comme je ne suis pas un expert,  je vais simplement vous raconter mon expérience des travailleurs de la sidérurgie. Quand je vous disais tout à l’heure que parfois les experts se plantent, ce n’était pas uniquement une boutade. Par exemple, lorsque Mr Mittal fait l’OPA sur Arcelor, le géant de l’acier européen, à la tête duquel il y avait un patron français : Guy Dolle. Mittal a gagné son OPA parce qu’il avait dit aux actionnaires potentiels, aux marchés économiques et aux marchés financiers, que la croissance mondiale de l’acier était à venir. Guy Dolle et sa flopée d’experts prétendaient le contraire en disant qu’on n’atteindrait jamais les 800 millions de tonnes de production d’acier dans le monde. Or aujourd’hui, nous en sommes à 1 milliard 350 millions de tonnes d’acier produit dans le monde. Nous, depuis Gandrange, nous avons décidé d’agir, pas seulement en jetant des boulons à la tête de Sarkozy, mais surtout en faisant des propositions concrètes afin de soutenir et de maintenir nos usines. Il faut maintenir l’industrie en France et au niveau européen. Je siège au comité d’entreprise européen et on y partage tous les mêmes inquiétudes en constatant qu’il y a très peu de coordination européenne. 
Je dirais que je travaille dans la sidérurgie depuis 28 ans. J’ai malheureusement vu des dizaines et des dizaines d’entreprises fermer. Aujourd’hui, plus qu’hier, dans une économie globalisée, l’industrie n’échappe pas à l’internationalisation de ses activités. Nous autres syndicalistes et autres travailleurs des industries, nous devons être aujourd’hui, encore plus qu’hier, i.e. en période de crise, à même de proposer et non pas de simplement dénoncer.

Dans des groupes comme les nôtres, les lieux de décision sont de plus en plus éloignés des lieux de production. E.g. Mittal habite Londres, les décisions il les prend à Londres, il n’a donc qu’une vision très partielle des besoins réels des établissements qui produisent de l’acier.
Nous avons fait du forcing avec nos collègues européens afin d’obliger la direction de faire en sorte que le dialogue social soit la caisse à outils dans laquelle nous pourrons aller puiser sinon des solutions complètes, des ébauches de solution. Nous devons démontrer que le dialogue social est créateur de richesses.

Dans la Lorraine traditionnelle et industrielle, nous étions 100 mille sidérurgistes dans les années 1970, nous ne sommes plus à l’heure actuelle plus que 9 mille 500. Il ne faut pas avoir peur de termes tels que : adaptabilité, flexibilité, sécurité. Ce sont des choses que nous connaissons depuis 20 ans dans la sidérurgie. D’autres sites ont survécu à cette jungle et à cette compétition internationale. C’est parce que nous avons su anticiper sur les changements techniques, sur la formation et sur les compétences des personnels. Alors la question qu’on  pose aujourd’hui consiste à savoir pourquoi ce qui a réussi au niveau local ne peut pas fonctionner au niveau européen ?

Nous, CFDT, qu’on appelle « réformistes » (je ne le considère pas comme une insulte), nous travaillons sur des choses très simples qui nous aident beaucoup à traverser cette période de crise. Nous voulons fabriquer des outils pour l’après crise. Par exemple, lorsque Mittal annonce fin décembre que la moitié des usines européennes va s’arrêter de tourner plaçant plus de 80 mille travailleurs au chômage partiel, cela rappelle aux patrons que chômage partiel est payé par l’Etat. Dès lors, certains patrons se rappellent que la chose publique a du bon puisque c’est finalement avec notre argent que nous payons aujourd’hui la crise !

Après 48 heures de grève, nous avons arraché à la Direction générale la mise en place d’une « veille industrielle ». Une veille industrielle, ce n’est ni plus, ni moins, un lieu où le patron partage un minimum d’informations avec les représentants des travailleurs. Où en sommes-nous sur les niveaux de commande, sur l’état des outils, sur les effectifs, sur les compétences dont nous avons besoin aujourd’hui et celles dont nous aurons besoin demain, à la sortie de la crise ? Pendant que les usines sont arrêtées, les gens partent en retraite et les compétences ne sont pas renouvelées. Ce qui veut dire que Mittal pourrait très bien jouer sur, ce que j’appellerais « la sélection naturelle » c’est à dire qu’à la sortie de la crise, les établissements au sein de chaque territoire ne se sont pas préparés à la reprise. Il condamnera alors notre manque de réactivité et de rapidité.

Il faudrait que les usines françaises redémarrent comme le font d’autres usines ailleurs dans le monde. Il s’agit de donner la parole aux travailleurs et aux représentants des travailleurs. Tout cela dépasse à présent le simple capitalisme libéral il s’agit, à l’heure actuelle, d’un libéralisme féodal. La famille Mittal décide de tout au sein de l’entreprise. Il y a donc encore beaucoup de travail à faire en France. Nous sommes pourtant copropriétaires de l’entreprise, la vraie force et le vrai capital de l’entreprise aujourd’hui, ce sont ces 320 mille travailleurs. C’est la force de travail que nous avons, c’est notre capacité, notre savoir faire à produire cet acier réputé partout dans le monde qui représente ce capital délirant. Aussi, faudrait-il qu’on nous laisse expliquer et construire avec le patronat de manière à ce que l’entreprise se porte bien. Nous n’avons aucun intérêt à mettre l’entreprise à mal. Nous voulons que l’entreprise prospère, qu’elle gagne de l’argent, des parts de marché. Mais avant tout, nous voulons qu’elle les gagne avec nous et pas sans nous. Il y a donc un dilemme. A Gandrange, il n’y a pas eu d’investissement, on a laissé les compétences et les savoir-faire s’engourdir. On nous a ensuite annoncé que les outils étaient trop vieux. On a saucissonné un million de tonnes d’acier qui est ensuite parti en Allemagne. Nous ne sommes pas pour la protection des frontières parce que la production d’acier française exporte plus de 50% de sa production. Le commerce international, l’Europe et le monde sont un vaste chantier sur lequel on ne va pas cracher.

Le troisième point capital, c’est la mise en place du GEPEC (Gestion Prévisionnelle des Emplois et des Compétences). Savoir comment évoluent nos marchés, quels sont les investissements prévus dans tel établissement d’ici à 3 ans de manière à ce qu’on puisse former le personnel par anticipation, et être en capacité de répondre aux nouveaux besoins. Il s’agit d’un besoin impérieux : c’est l’anticipation. Il nous faut une coordination et une coopération des industries autour de repères. Air Bus est une vraie réussite, une véritable coordination des industries au niveau européen. Il y a 4 ans, j’ai eu la chance d’aller faire une visite d’études dans le nord de l’Italie et j’ai discuté avec un des responsables de la chambre commerciale de cette région. Nous nous posions la question à savoir quel était le secret de cette dynamique et de cette croissance italienne.

Il m’a dit : «  Nous, en Italie, le matin quand on se lève et qu’on ouvre volets et fenêtres, ne pourrais-je pas donner une partie de mon activité à mon voisin ? Vous, en France, le patron, lorsqu’il se lève, il ouvre ses fenêtres, il voit son voisin d’en face et n’a qu’une seule envie : le tuer. ». Il nous faut donc continuer à créer des réseaux et à mettre en commun des choses que certaines petites entreprises ne savent pas faire. La recherche et le développement qui sont des structures très coûteuses, sont pourtant nécessaires. Il faut se spécialiser dans les métiers et les savoir-faire. Par exemple, au contraire des Allemands, nous avons fermé tous les centres d’apprentissage des métiers concernant la sidérurgie. Or dans les 4 ans qui viennent, plus de 40% des effectifs partiront à la retraite. Nous n’avons plus d’outil de formation adapté pour le transfert des savoir-faire et des compétences. Nous voulons en faire un groupe d’excellence des formations des métiers de l’industrie.

Pour finir, je voudrais aborder le sujet du volet social. Quitte à en surprendre plus d’un, je voudrais affirmer que si une entreprise ferme, ce n’est pas dramatique. Ce qui est dramatique, et par la même occasion, ce qui donne la rage aux travailleurs, c’est qu’il n’existe aucun filet de secours, il n’y a rien derrière. Je vais donc perdre mon emploi, ma dignité, les moyens de nourrir ma famille et d’envoyer mes enfants à l’école. Je ne vais donc plus exister et c’est cela qui est dramatique. On ne se bat donc pas pour la SSP, mais plutôt pour la sécurisation des parcours professionnels tout au long de la vie. On peut donc perdre un emploi mais il nous faut aussi un parachute social. Sur le plan social, on peut perdre un emploi et être en difficulté. Mais on doit prendre en charge les accidents de parcours pour qu’on puisse rebondir et faire en sorte qu’on soit des citoyens fiers d’exister au sein d’une société d’équilibre, de justice sociale et où il fait bon vivre.

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