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Lundi, 11 mai 2009

L'avenir des gauches en Europe - Note de cadrage

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L'avenir des gauches en Europe
Athènes, 12 mai 2009

Note de cadrage

En une dizaine d'années, la gauche européenne a reculé dans les urnes.

En 1997, treize États membres sur les quinze que comptait alors l'Union, étaient gouvernés par des partis socialistes, travaillistes, sociaux-démocrates, ou bien par des coalitions où ces partis étaient puissamment représentés.

En 2009, dans ces mêmes quinze pays, trois seulement sont dirigés par des socialistes ou des partis de gauche : l'Espagne, le Portugal et le Royaume-Uni. La gauche participe à une coalition dans cinq États : au Luxembourg, en Belgique, aux Pays-Bas – mais elle y est minoritaire dans ces 3 cas –  ainsi qu’en Allemagne et en Autriche. Si on étend le regard à l'Europe des vingt-sept, soit douze pays supplémentaires, on n'en  trouve que trois autres, la Lituanie, la Bulgarie, la Hongrie, où la gauche est au pouvoir. 
Pourquoi cet étiolement inquiétant, que l'addition de causes nationales ne peut expliquer ? Quelles sont les chances de la gauche européenne, de retrouver la confiance de nos concitoyens ? La grande crise du capitalisme financier ouvre-t-elle un nouveau cycle, plus propice aux victoires électorales futures de la gauche ? Le colloque organisé par To Vima et El Païs, avec le soutien de la Fondation Lambrakis pour la recherche et Désirs d’avenir, aura pour objet d’apporter des éléments de réponses à ces vastes questions.

Comprendre l'affaiblissement électoral de la gauche en Europe est une étape indispensable à toute reconquête. En septembre 2008 , Marcel Gauchet, principale figure de la philosophie politique en France, dressait un constat dérangeant, mais qui pointe l’essentiel :  « Ce qui fait problème à gauche, ce ne sont pas les finalités, ce sont les moyens... La gauche n'est plus crédible sur le terrain des leviers et des moyens d'action concrets. » Et il poursuivait : « La gauche est le parti du mouvement ou n'est pas. Or aujourd'hui, le mouvement, la gauche le subit, elle ne le conduit pas. » D'où cette conclusion amère : « Une politique de gauche dans ses fins, conduite par la droite dans ses moyens, voilà au fond le point d'équilibre idéal des électorats européens aujourd'hui. » La force de la gauche, c'est – ou plus exactement c'était – la maîtrise de l'économie au service de la justice sociale et du progrès. Or tous ces mots, maîtrise de l'économie, justice sociale et progrès sont de fait devenus problématiques.

Maîtriser l'économie : l’expression ferait presque sourire, après deux décennies de globalisation et de déréglementation et quelques mois après la plus grande crise financière que nous ayons connue depuis 1929, que beaucoup d' «experts» n'ont pas vu venir. L'histoire des trente dernières années, c'est celle de la dépossession des outils de politique économique des Etats Nations, au profit des marchés ; c'est le triomphe de « l'auto-régulation » naturelle de ces marchés – jusqu'à l'explosion du système.

L'enjeu est bien désormais de fixer à nouveau des règles, mais la « maîtrise de l'économie » est-elle bien à l'ordre du jour ? Est-elle tout simplement possible dès lors qu'il ne s'agit pas de revenir à des économies bureaucratiques et que l'Europe, mais aussi les Etats-Unis, ne sont plus seuls à fixer les règles du jeu ?

La justice sociale, ce n'est pas un mot qui fait sourire, c'est toujours une valeur fondamentale de nos sociétés européennes. Or, malgré l'Etat providence européen, les inégalités ont explosé ces dernières années dans nos pays, sans que nos instruments classiques parviennent à corriger vraiment ces tendances lourdes  :  d’un côté, le développement massif de la précarité au bas de l'échelle sociale et dans la jeunesse (et la Grèce, qui a fait face à une révolte des jeunes sans précédent le sait mieux encore que tous les pays européens) ; de l’autre l'augmentation souvent vertigineuse des revenus d'une petite minorité en haut de cette échelle. Pendant ce temps, la grande classe moyenne, symbole de la réussite européenne jusque dans les années 1970, se fragilise dans ses statuts, stagne dans ses revenus et se fragmente au point que les meilleurs sociologues ont  du mal à en donner une définition précise.

Le progrès, enfin, est un mot dont le sens s'est profondément brouillé
. La dynamique du monde semble être faite autant de régressions que de progressions ; elle est en tout cas marquée par l'incertitude et l'ambivalence. Les nouvelles technologies permettent certes d'offrir, notamment à la communication, à la santé et aux transports des êtres humains, une liberté sans précédents. Mais en même temps les ressources de la planète s'épuisent pour cause d'exploitation intensive et le climat se dérègle ; des conflits se durcissent dans un monde multipolaire, le terrorisme et l'intégrisme  se développent en résistance à une modernité qui gagne de nouveaux continents. Les progrès scientifiques et technologiques eux mêmes ont aussi leur revers, parfois vertigineux : pensons à toutes les questions lourdes de la bioéthique. Et ces dynamiques du monde semblent sans frein : quelle prise le politique a-t-il sur elles ?

Les dernières décennies ont été marquées par les progrès incontestables de la démocratie et des échanges commerciaux, mais à la clef, ni la paix, ni la prospérité, ni le vivre ensemble ne sont au rendez vous : à tout le moins ils ne progressent pas de façon égale entre les différentes parties du monde, ni au sein de nos propres sociétés, que le philosophe allemand Axel Honneth a qualifié durement de « sociétés du mépris ».

Dans La géopolitique des émotions, le politologue français Dominique Moïsi dessine un partage du monde entre les trois sentiments élémentaires que sont l'espoir, la peur, l'humiliation. L'humiliation, pour ceux qui se sentent, au Proche-Orient, au Pakistan et ailleurs, ignorés, niés, remis en cause par la modernité occidentale. L'espoir, pour ces immenses pays émergents  que sont par exemple la Chine et l'Inde, mais aussi le Brésil. La peur enfin, dans le monde occidental, Etats-Unis et Europe : peur du terrorisme, peur de la mondialisation, peur de la régression sociale, peur des autres et pour tout dire, perte de confiance et  peur de l'avenir. Et plus encore pourrait-on préciser : incapacité à dessiner, à se représenter l'avenir, autrement que sous la forme d'une menace.

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Progrès ambivalent et lourd de menaces, justice sociale incertaine ou impuissante, économies sans boussole qui plongent dans la récession après la faillite de quelques millions de ménages américains, que l'on a endettés hors de toute raison... Triste tableau du monde et de nos sociétés européennes.

Et c'est tout le mythe mobilisateur de la gauche, celui du progrès au service de tous, qui est remis en cause 
par cette « crise de l'avenir » dans les sociétés européennes. Telle est là la raison profonde de l'affaiblissement de la gauche en Europe et de la victoire électorale récurrente d'une droite populiste, dont les leaders agitent la peur et jouent sur la recherche d'identité, personnelle, sociale, collective. Une droite qui s'appuie aussi sur le désir individuel de réussite matérielle, profondément ancré dans nos sociétés d'hyperconsommation, alors que les valeurs de service public, d'intérêt général, de progrès moral et intellectuel semblent déclinantes, voire dépassées.

La gauche réformiste, c'est l'égalité des chances par  l'éducation, la réduction des inégalités par le compromis social, les services publics et la législation, afin de favoriser la progression des salaires et la redistribution, l'emploi stable et la sécurité sociale. Mais comme le dit Marcel Gauchet, les moyens d'action traditionnels, à gauche, ne permettent pas de garantir ces objectifs qui sont pourtant partagés par une majeure partie de l'électorat européen.

L'égalité des chances est très loin d'atteinte, malgré la formidable démocratisation de l'enseignement depuis vingt ans. Et c'est l'éducation elle même des enfants et des adolescents qui est rendue plus difficile par l'évolution de la société, de son rapport à l'autorité et au savoir. L'emploi stable est, quant à lui, un souvenir lointain, que l'économie post industrielle, même une fois sortie de la récession, ne remettra pas à l'ordre du jour. L'évolution des salaires est de plus en plus individualisée et ni la réglementation, ni le dialogue social ne parvienne à remettre les augmentations collectives de salaire au coeur des entreprises. La redistribution trouve ses limites dans le niveau des prélèvements obligatoires. Enfin la protection sociale est fragilisée à la fois par les progrès coûteux de la santé publique et par l'allongement de l'espérance de vie.

Dur constat, mais la gauche européenne doit regarder la réalité en face : si la gauche réformiste et la gauche social-démocrate avaient des réponses efficaces pour dépasser toutes ces impasses, nul doute que son succès électoral en serait grandement facilité ! La crise de la gauche européenne, c'est donc bien la crise d’un certain modèle social-démocrate traditionnel, dépassé de plus en plus sur sa gauche par les partis anti-capitalistes et néo-communistes (en France, en Allemagne, en Italie) et sur sa droite par des partis pragmatiques, prônant la réforme et la nécessité d’une adaptation à la mondialisation.

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Le colloque partira de la conviction qu'il faut à la gauche européenne une lucidité radicale sur la crise du capitalisme financier et l'évolution de nos sociétés. C’est alors qu’elle sera en mesure de proposer de nouvelles politiques et de nouvelles règles, donnant ainsi pleinement leur sens et leur effectivité aux valeurs qu’elle porte. Une telle évolution n'est pas hors de portée : c'est tout le sens de la victoire de Barack Obama, après huit ans de domination du néo-conservatisme et du néo-libéralisme aux Etats-Unis. « L'espoir l'a emporté sur la peur » a-t-il déclaré le jour de son investiture. A nous, Européens, de faire à nouveau de la gauche le parti de l'espoir.

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