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Samedi, 16 juillet 2011

La France et la République : Synthèse de l'Université avec S. Royal et J.P. Chevènement

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L’Université Populaire Participative sur la France et la République s’est tenue le 8 juin 2011 en présence de Ségolène Royal et de Jean-Pierre Chevènement, qui a publié dernièrement un livre intitulé La France est-elle finie ?qui a valu à son auteur le prix du livre politique 2011.

L’Université du 8 juin 2011 en présence de Jean-Pierre Chevènement a été l’occasion pour Ségolène Royal de rappeler une nouvelle fois, dans une adresse liminaire à son interlocuteur du soir, l’enjeu de ces universités populaires, qui est étroitement lié au projet politique pour 2012 :

« Nos universités sont entièrement libres, les questions ne sont pas organisées à l’avance, et nous tenons à protéger justement ce lieu démocratique, ouvert à tous, quels que soient son cheminement, son itinéraire, son niveau de diplôme. (…) Tu comprends parfaitement l’importance de maintenir la liberté de ces échanges avec toutes celles et ceux qui viennent ici et auxquels nous voulons, par ces universités participatives, donner le meilleur de la matière grise, de l’intelligence. Encourager à réfléchir, c’est la traduction de l’idée que je me fais d’une nouvelle gouvernance politique : c’est donner aux citoyens les armes pour comprendre, les arguments pour comprendre, les outils ensuite pour choisir et pour peser sur son propre destin. » (Ségolène Royal)

Et précisément, « l’intelligence, la matière grise » et ce qui les conditionne, à savoir l’école, la bonne éducation, le souci du travail bien fait, … ont été comme le fil conducteur des propos qui ont été tenus ce soir-là – et, sans doute, l’un des points de convergence les plus forts entre les deux intervenants, qui ont démontré par ailleurs une rare parenté de vue sur l’ensemble des autres sujets abordés.

Pour simplifier ici la présentation, les résultats de l’UPP sont rassemblés ci-dessous autour de quatre grands points :

1. La France, la République, l’école.2. Les valeurs de la République et les valeurs de la connaissance et de la science ; l’exemple des énergies renouvelables3. L’Europe4. Economie et sécurité

Et retrouvez à la fin de cette synthèse le texte de l'intervention de Ségolène Royal ainsi que les interventions en vidéo sur cette page.

 


 

1.     La France, la République, l’école

Les trois éléments forment, pour Ségolène Royal comme pour Jean-Pierre Chevènement, un seul et même ensemble, un seul et même tout. Certes, cette alliance des trois n’a pas toujours été une évidence ; elle est le fruit d’un long travail historique et politique, dont Jean-Pierre Chevènement a rappelé à grands traits les étapes principales : Révolution française, fondation de la IIIe République, Libération. Toujours est-il que nous sommes maintenant entrés, et ce depuis la fin du XIXe siècle, dans une période où l’identité de la France est indissociablement liée à celle de la République :

« Les fondateurs de la IIIe République (…) avaient compris que la République, c’était aussi la France, que la France avait existé avant la République et que d’ailleurs pour passer le contrat social, encore fallait-il parler une langue dans laquelle on puisse s’entendre, qui était le français. Donc la France a existé avant la République et elle existe avec la République. Et aujourd’hui, son identité, c’est l’identité républicaine, c’est cette volonté de refondation, cette volonté civique qui fait que nous avons fait le choix de l’égalité entre les citoyens, nous essayons d’élaborer ensemble un projet, à travers ce qu’on appelle le débat républicain. Et c’est cela, ce qu’il faut faire. C’est le cœur de la méthode, je dirais, participative. En tout cas, il n’y a pas de débat sans participation. Il faut se mettre d’accord sur un projet qui soulève le peuple au-dessus de lui-même, (…) le peuple étant souverain, et chaque citoyen étant une parcelle ». (Jean-Pierre Chevènement)

Or, si, comme on peut le résumer, « France = République », alors il est absolument nécessaire que les attributs de la République, jusqu’à ses symboles, soient assumés, acceptés et même surtout revendiqués par les partisrépublicains, au premier rang desquels la gauche. Sur ce point, Jean-Pierre Chevènement et Ségolène Royal partagent une même vision des choses :

« D’abord, la défense des symboles de la République. En effet comment accepter de laisser au Front national et notre drapeau et notre hymne national ? Et la défense de la Nation ? » (Ségolène Royal)

Comme le rappelle d’ailleurs Jean-Pierre Chevènement, la gauche a toute légitimité à défendre et à revendiquer les symboles de la République et l’amour de la patrie, le patriotisme, car c’est la droite qui, le plus souvent, a détourné la signification profonde de ces sentiments républicains et qui, pour une partie d’entre elle tout du moins, en a même, aux heures douloureuses de notre histoire (on pensera également aux hontes que la colonisation a attachées à notre pays), fait un usage détourné et néfaste :

« Nous ne devons pas laisser la France, le patriotisme à la droite, qui s’en sert, qui l’instrumentalise à ses fins, mais qui souvent s’est révélée si peu fidèle à la patrie, en particulier dans des moments douloureux de notre histoire ». (Jean-Pierre Chevènement)

Aimer la France, c’est donc aimer la République et les symboles qui la représentent et l’illustrent – tel est, en substance, le message délivré par les intervenants. Mais comment transmettre cet attachement légitime à la République ? Par l’école qui doit être, à rebours de la politique gouvernementale actuelle, l’un des piliers de la France de demain. Pourquoi l’école ? Parce que c’est, comme le rappelle Ségolène Royal, par là que « tout commence », y compris l’apprentissage du civisme et du vivre-ensemble :

« Il y aurait tellement de choses à refaire d’ailleurs sur la question de l’éduction civique et de l’éduction citoyenne à l’école, parce que tout se tient si on veut refonder les valeurs républicaines, sortir la France de l’ornière dans laquelle elle est aujourd’hui, défendre notre idée de Nation, car en effet tout commence par l’école. Et on le sait ici, puisque c’est aussi une de mes convictions fortes et que tu as rappelée tout à l’heure : tout commence par l’école parce que c’est le creuset, c’est le grand dessein de la République. Et je le dis souvent, je le redis ici : mon projet présidentiel remettra l’école au cœur de tout et en avant de tout, parce que c’est là que nous reconstruirons les valeurs, que nous reconstruirons l’éthique, que nous reconstruirons la volonté de vivre ensemble. » (Ségolène Royal)

Une école avec des moyens, un soutien actif, et non une école « dans laquelle [le gouvernement supprime] plus de 60 000 postes », voilà donc pour Ségolène Royal comme pour Jean-Pierre Chevènement, la première pierre de la refondation de la République.

 


 

2.     Les valeurs de la République et les valeurs de la connaissance et de la science ; l’exemple des énergies renouvelables

La seconde pierre, dans la droite ligne de la première, devrait être l’articulation des valeurs républicaines traditionnelles (liberté, égalité, fraternité, mais aussi solidarité et laïcité) avec les valeurs de la connaissance et de la science. Jpc lie cet impératif à un schéma et un héritage historiques très clairs. Il réclame en effet un lien entre :

« les valeurs républicaines, les valeurs des Lumières qui sont les mêmes, et puis les valeurs de l’éducation et même de la bonne éducation, les valeurs du travail bien fait. Tout ça, ce ne sont pas des valeurs de droite, la gauche doit se les rapproprier. Nous devons les assumer comme ont su le faire les républicains de la IIIe république. Les Gambetta, les Ferry, les Clemenceau. Et Jaurès, lui-même, a-t-il un autre message ? Qu’est-ce que c’est que le message de Jaurès ? C’est la synthèse entre le marxisme et les idéaux de la révolution française. » (Jean-Pierre Chevènement)

Pour Jean-Pierre Chevènement, il y a donc,  « au cœur de la refondation d’une gauche de gouvernement qui tienne dans la durée (…), notre capacité à lier les valeurs de la république, liberté, laïcité, égalité, fraternité, solidarité et puis des valeurs qui sont aussi des valeurs de la république, les valeurs de la connaissance, les valeurs de la science, les valeurs des Lumières, dont nous sommes héritiers » (Jean-Pierre Chevènement)

Pour Ségolène Royal également, l’articulation entre valeurs républicaines et valeurs de la science et de la connaissance fait sens – mais elle souhaite lui donner d’emblée une dimension pratique, opérationnelle. Elle en énonce donc, dans son intervention, un premier exemple : celui des énergies renouvelables. Car la croissance verte a bien évidemment une dimension scientifique indéniable : les énergies renouvelables sont des énergies à inventer, à découvrir, qui nécessite l’investissement des meilleurs chercheurs et des meilleurs ingénieurs. Mais elle a aussi une dimension humaine très forte, en France comme à l’étranger. De ce fait, les énergies renouvelables sont bien au croisement, à l’articulation des valeurs républicaines et des valeurs de la science :

« Tu as articulé et je retiens cette idée (…) [les] valeurs de la République [et] les valeurs de la science et de la connaissance. (…) Je crois qu’aujourd’hui, défendre aussi puissamment le pilier des valeurs de la République et le pilier des valeurs de la science et de la connaissance, c’est comme ça aussi que nous réussirons à faire en sorte que la France prenne le tournant des nouvelles technologies, des nouvelles façons de produire, de consommer, de se déplacer, de protéger les ressources naturelles, d’inventer un autre mode de développement plus économe en énergie, et donc qui permet aussi le développement des pays les plus pauvres de la planète. » (Ségolène Royal).

La meilleure illustration, sans doute, de cette articulation entre valeurs républicaines, des Lumières et valeurs de la connaissance réside dans l’utilisation qui pourrait être faite de l’énergie solaire dans les pays en développement : l’énergie solaire, énergie propre et respectueuse de l’environnement apparaît en effet comme une solution (parmi d’autres, certes) des crises et des tensions qui agitent de nombreux pays en développement. Car ceux-ci ont très souvent la double particularité de manquer de ressources naturelles classiques (énergies fossiles, bois, eau) et d’abonder de soleil et donc, potentiellement, d’énergie solaire. A la prudence un peu sceptique de Jean-Pierre Chevènement sur les énergies renouvelables, Ségolène Royal répond donc par un enthousiasme convaincant, seul remède d’ailleurs aux dysfonctionnements et aux crises que nous constatons (spéculation sur les produits alimentaires, crises sanitaires, etc.) :

« C’est parce que nous réussirons à remettre en cause nos propres modèles de gaspillage énergétique que nous réussirons aussi à donner aussi aux pays les plus pauvres [les chances de paix les plus importantes] » (Ségolène Royal)

 


 

3.     L’Europe

Sur l’Europe, qui fut l’un des thèmes majeurs choisis par les deux intervenants, le constat est très largement partagé : endettée, souffrant d’un déficit démocratique, peu homogène et traversée de tensions croissantes, l’Europe est devenu un repoussoir, pour les politiques eux-mêmes :

« Il nous faudra beaucoup, beaucoup d’énergie et de volonté politique en 2012, pour la changer, cette Europe. Beaucoup de volonté pour la transformer. Parce que c’est un travail très ingrat, finalement, de s’investir dans le changement de l’Europe. C’est un travail très long, parfois compliqué. Et souvent, du coup, ce chantier il est laissé de côté, parce qu’il n’est peut-être pas politiquement rentable. » (Ségolène Royal)

L’objectif n’est bien sûr pas d’abonder dans ce sens. Ségolène Royal le dit elle-même, sans ambiguïté :

« J’ai envie de vous dire que je veux être celle qui va réconcilier l’histoire de la France avec le rêve d’une Europe au service des peuples. Oui, réconcilier l’histoire de la France avec le rêve d’une Europe au service des peuples. Il en faudra des convictions, il en faudra de l’imagination. Il faudra aussi savoir où l’on va, et le définir assez vite, pour que les citoyens s’engagent dans cette nouvelle Europe et dans ces transformations » (Ségolène Royal)

Mais la tâche est difficile et, cette fois, peut-être particulièrement pour les socialistes. Car comme le rappelle Jean-Pierre Chevènement, l’année 1983 a laissé des traces dans les mémoires. A l’époque la gauche, qui était au pouvoir en France mais qui faisait face à un environnement économique mais aussi politique difficile (élection de Reagan aux Etats-Unis, de Thatcher au Royaume-Uni), a dû faire un certain nombre de choix stratégiques qui étaient en grande partie dictés par l’Europe mais qui, selon Jean-Pierre Chevènement, n’étaient pas les bons :

« Nous avons fait un choix qui était ‘réaliste’, entre guillemets, en tout cas, parce qu’on composait avec les forces dominantes, mais qui à terme n’était pas porteur pour la gauche et pour le socialisme. Et il n’était pas porteur pour l’Europe non plus, parce que l’europe s’est confondue avec un logiciel néo-libéral. Ce qui explique que, pour les socialistes, c’est très difficile de revenir en arrière : très difficile, parce qu’en même temps, ils font sincèrement le choix de l’europe, et en même temps, ce choix était associé à un logiciel néo-libéral ». (Jean-Pierre Chevènement)

Le plus simple, dès lors, est sans doute de repartir du constat de ce qu’est l’Europ aujourd’hui. Or ce constat est relativement facile à énoncer et il est partagé par les deux interlocuteurs : ce qui pose problème aujourd’hui en priorité dans l’Europe, c’est la crise même de sa monnaie unique, l’euro. Cette crise doit être au cœur de nos préoccupations. Jpc, là encore, y voit des racines « anciennes » : le traité de Maastricht et le mandat initial confié à la Banque centrale européenne, uniquement centré autour de la lutte contre l’inflation aux dépens de la politique de change ou de la politique économique au sens propre ; l’influence des Allemands et de leurs institutions sur la construction européenne qui a « biaisé » le projet commun en imposant des conditions monétaires intenables pour des pays moins compétitifs que l’Allemagne (Grèce mais aussi, dans une moindre mesure, la France, dont les exportations s’accommodent mal d’une monnaie aussi forte que l’euro), etc.

Pour Ségolène Royal, qui ne remet pas en cause ces éléments, tout n’est pas la faute des institutions européennes – les États aussi ont joué un rôle, et ils paient aujourd’hui au prix fort leur complaisance :

« Première vérité, disons le, et ça rejoint le constat que fait Jean-Pierre, une Europe surendettée est aujourd’hui étranglée par les privilèges qu’elle a elle-même nourrie. Voilà la vérité. Et l’ironie tragique de cette histoire, c’est que nous avons laissé prospérer les oiseaux de malheur, qui planent désormais au-dessus de l’Europe. Regardez-les : ils ne se contentent pas d’attendre l’effondrement qu’ils prédisent eux-mêmes. Ils cherchent à le provoquer, ils sont au dessus de la Grèce, de l’Irlande, aujourd’hui à l’affut des faiblesses espagnoles, portugaises et demain sans doute des nôtres. Ces spéculateurs vautours, nos pays les ont nourris et engraissés, voilà la vérité. » (Ségolène Royal)

Plus précisément, il y a, pour Ségolène Royal, deux causes majeures à la situation que nous connaissons : des politiques répétées d’abaissement des impôts qui ont considérablement réduit les capacités financières et budgétaires des États. Ces réductions, au demeurant, seraient moins condamnables, si elles avaient bénéficié à tous. Mais elles ont bien souvent fait le jeu de ceux qui, par ailleurs, tiraient profit de la libéralisation à outrance des marchés financiers et bancaires. La seconde cause à ce déséquilibre, précisément, réside de le rôle joué par les fonds spéculatifs et les banques, qui ont exigé toujours plus de pouvoir, en exerçant un chantage constant sur les États à la délocalisation des fonds financiers, à la dégradation des notes par les agences de notation (elles-mêmes financées par les banques), etc.

Cette situation, on le voit, aboutit donc au paradoxe suivant : les marchés financiers, qui sont les « créatures » mêmes des États et des politiques, qui ont d’ailleurs largement contribué à leur survie après la crise de 2008, sont devenus des Pygmalions modernes, qui commandent aux États qui les ont fait exister, jusque dans leur choix de politique intérieure :

« C’est une impasse, il faut le dire. Et la grande question politique qui nous est posée, c’est de savoir comment on va s’en sortir ? Monsieur Sarkozy dit : ‘moi je veux garder le triple A’. Comment mieux reconnaître que ce sont les agences de notation qui désormais font la politique de la France. Le triple A ! Quel horizon ! Quel projet pour notre pays ! Garder son triple A ! Et il nous explique, que s’il a fait la réforme des retraites, c’est pour garder le triple A ; s’il ne remplace qu’un fonctionnaire sur deux, c’est pour garder le triple A. Mais avec ça, je dirais, où va-t-on ? C’est l’austérité à perpétuité (…). On doit soumettre, désormais, un programme de stabilité aux institutions européennes au début de l’année, pour un budget que le parlement votera, comme d’habitude, au mois de décembre ». (Jean-Pierre Chevènement)

Comment sortir de cette situation, de cette « spirale infernale » (Ségolène Royal) ? Voilà donc la question qui se pose. Ségolène Royal voit deux leviers : «  En faisant en sorte que le pouvoir politique l’emporte sur le pouvoir financier » tout d’abord. Cela passe notamment par une réévaluation des critères, des indices de la « santé » d’un pays. Pourquoi, au nom de quoi la France serait-elle « notée » et pourquoi serait-elle notée à la seule aune de sa capacité à s’endetter sur les marchés financiers ? Au contraire, il faut faire en sorte :

« que dans le calcul de la compétitivité économique d’un pays, on puisse intégrer aussi des valeurs soi-disant non mesurables : c’est-à-dire la qualité éducative, la qualité de la recherche, des entreprises, la qualité des services publics, le bien-vivre, la santé et la sécurité dans l’alimentation. Tout cela aussi qui a été sous-traité, bradé, à un capitalisme financier à outrance. (…) Donc il va falloir changer aussi les modes de calcul des valeurs qui permettent à un pays d’être performant et qui permettent aux habitants de ce pays de vivre et de bien vivre et pas seulement de survivre ». (Ségolène Royal)

La deuxième solution, c’est de réintroduire un pouvoir politique et intellectuel fort sur l’Europe, contre une certaine forme de « servitude volontaire » à des principes tout faits, non assimilés et non articulés aux réalités :

« Je crois que profondément que l’Europe paye en matière économique son désarmement politique et intellectuel. L’Europe s’est affaiblie en adossant de la manière la plus radicale les dogmes les plus obtus. Elle a théorisé son propre effacement politique, derrière l’application indifférenciée, non circonstanciée, mécanique de règles juridiques. Les règles de la libre circulation, les règles des clauses de non-renflouement des états endettés, de non-rachat par la BCE des dettes souveraines européennes, la définition rigide et artificielle de la convergence budgétaire avec le pacte de stabilité. L’Europe a refusé trop longtemps la faculté de discernement qu’exige la juste compréhension des circonstances, l’esprit pratique, qu’appelle une force de réflexion authentique, la force d’adaptation que demande l’action au service de tous. » (Ségolène Royal)

Forts de ces deux recommandations, il faut encore éviter deux écueils, rappellent Ségolène Royal et Jean-Pierre Chevènement : le pessimisme à outrance, tout d’abord, qui voudrait que les difficultés auxquelles fait face l’Europe soit insurmontables. Les difficultés ont toujours existé, hier comme aujourd’hui. Et il est trop facile de se réfugier derrière celles-ci pour ne rien faire et ne pas « changer les règles du jeu » (Jean-Pierre Chevènement). L’autre écueil à éviter serait de croire qu’il est possible de tout régler seul, comme l’a trop souvent cru Nicolas Sarkozy. Aujourd’hui, comme le montre Jean-Pierre Chevènement, la grande puissance économique en Europe n’est plus la France, mais l’Allemagne. Il faut donc impérativement composer avec elle et obtenir d’elle le soutien dont toute l’Europe a besoin. Pour cela, il faut jouer de nos atouts, qui sont essentiellement politiques : nous avons, au contraire de l’Allemagne, un poids politique international important, qui doit rester un argument dans nos négociations. Enfin, il nous faut faire preuve d’imagination : plutôt qu’une monnaie unique avec les mêmes taux de change pour tous les pays, ne faudrait-il mieux pas, demande Jean-Pierre Chevènement, un panier de plusieurs monnaies, qui posséderaient chacune leur cours national, mais dont la politique de change serait décidée au niveau européen ?

 


 

4.     Economie et sécurité

Enfin, Ségolène Royal et Jean-Pierre Chevènement ont tous deux choisi de conclure leur propos par des considérations économiques, Jean-Pierre Chevènement en insistant sur la nécessité de réindustrialiser la France (la part de l’industrie dans le PIB n’ayant cessé de décroître depuis les années 1980), Ségolène Royal axant son propos sur les réalités de l’emploi en France, toujours plus précaire (80% des intentions d’embauches concernent des contrats à durée déterminée).

Si l’un et l’autre interlocuteurs, soucieux de terminer leur propos dans le temps imparti et conscients des développements que de tels sujets appelleraient, ont choisi de parler rapidement de ce dernier point, Ségolène Royal a tout de même insisté sur les liens existants entre économie et insécurité. Car ce n’est pas un hasard si les cités et les quartiers populaires, laissés à l’abandon par la politique de la droite depuis de nombreuses années, connaissent une recrudescence de violences extrêmement graves (l’exemple de Sevran, où les enfants ne peuvent plus même sortir en récréation, par crainte de balles perdues en atteste).

Sur ce point-là aussi la droite a fait fausse route. La victoire de la gauche en 2012 est donc plus que jamais la condition d’un retour à un « ordre juste », qu’appellent de leurs vœux les Françaises et les Français.

 


 

Intervention de Ségolène Royal

Merci, merci Jean-Pierre pour ton intervention, pour tes réponses aux questions, comme tu le vois nos universités sont entièrement libres, les questions ne sont pas organisées à l’avance, et nous tenons à protéger justement ce lieu démocratique, ouvert à tous, quels que soient son cheminement, son itinéraire, son niveau de diplôme. Et cette liberté, une fois de plus, nous a été démontrée ce soir.

Et merci, parce que tu es un homme politique aussi citoyen et tu comprends parfaitement l’importance de maintenir la liberté de ces échanges avec toutes celles et ceux qui viennent ici et auxquels nous voulons, par ces universités participatives, donner le meilleur de la matière grise, de l’intelligence. Encourager à réfléchir, c’est la traduction de l’idée que je me fais d’une nouvelle gouvernance politique : c’est donner aux citoyens les armes pour comprendre, les arguments pour comprendre, les outils ensuite pour choisir et pour peser sur son propre destin et à un moment les Français en ont assez, je crois, de subir tous les jours les décisions dont ils ne comprennent même plus le sens, on ne sait pas où la France va. Eh bien, il est très important de rappeler ici la conception d’une politique démocratique, la conception d’une démocratie participative, c’est d’avoir toujours l’exigence de la qualité du débat intellectuel et une fois de plus cette université populaire le démontre et grâce à ta présence, Jean-Pierre, ce soir.

Alors tu as dit beaucoup de choses dans lesquelles, bien sûr, je me retrouve.

D’abord, la défense des symboles de la République. En effet comment accepter de laisser au Front national et notre drapeau et notre hymne national ? (Applaudissements) et la défense de la Nation ? Nous avons souvent convergé, et il y aurait tellement de choses à refaire d’ailleurs sur la question de l’éduction civique et de l’éduction citoyenne à l’école, parce que tout se tient si on veut refonder les valeurs républicaines, sortir la France de l’ornière dans laquelle elle est aujourd’hui, défendre notre idée de Nation, car en effet tout commence par l’école. Et on le sait ici, puisque c’est aussi une de mes convictions fortes et que tu as rappelée tout à l’heure : tout commence par l’école parce que c’est le creuset, c’est le grand dessein de la République. Et je le dis souvent, je le redis ici : mon projet présidentiel remettra l’école au cœur de tout et en avant de tout, parce que c’est là que nous reconstruirons les valeurs, que nous reconstruirons l’éthique, que nous reconstruirons la volonté de vivre ensemble.

Tu as articulé et je retiens cette idée – c’est vrai souvent que l’on met au second plan par rapport aux valeurs de la République, les valeurs de la science et de la connaissance. Et toi tu avais lancé les États généraux de la recherche, en arrivant au Ministère de la recherche, et je crois qu’aujourd’hui, la France aurait bien besoin de relancer ce type de démarche, parce qu’on voit cette mutation technologique, on voit cette mutation dans la croissance verte. On voit l’émergence de la matière grise dans les pays émergents, précisément. On voit la Chine, l’Inde et toute l’Amérique latine investir puissamment dans l’enseignement et dans l’enseignement supérieur. Et parallèlement, on voit notre système éducatif rétrograder dans les classements internationaux. Et moi, je dis que là dessus, il n’y a pas de fatalité, et en effet, défendre aussi puissamment le pilier des valeurs des valeurs de la République et le pilier des valeurs de la science et de la connaissance, c’est comme ça aussi que nous réussirons à faire en sorte que la France prenne le tournant des nouvelles technologies, des nouvelles façons de produire, de consommer, de se déplacer, de protéger les ressources naturelles, d’inventer un autre mode de développement plus économe en énergie, et donc qui permet aussi le développement des pays les plus pauvres de la planète. C’est parce que nous réussirons à remettre en cause nos propres modèles de gaspillage énergétique que nous réussirons aussi à donner aussi aux pays les plus pauvres qui disposent, allez disons-le, quand même massivement, puisque ce sont les pays les plus chauds, de l’énergie solaire, de l’énergie de la paix. Pourquoi l’énergie de la paix ? Parce qu’on sait qu’aujourd’hui les principales menaces qui pèsent sur l’équilibre du globe, ce sont les déplacements massifs de populations dus au réchauffement planétaire et à la désertification d’un certain nombre de pays. Comment accepter cette violence, comment accepter de fermer les yeux sur ces déplacements massifs de populations qui demain pèseront sur nos pays. Et donc, si nous continuons à fermer les yeux sur le réchauffement planétaire, si nous continuons à fermer les yeux sur les conflits autour de la maîtrise des ressources naturelles et de la ressource en eau, si nous continuons à laisser la spéculation sur les matière premières et sur les produits alimentaires – ce qui ne s’était jamais vu dans l’histoire du monde (Applaudissements). Jamais une civilisation n’a accepté – jamais aucune civilisation n’a accepté la spéculation sur les produits alimentaires, jamais. C’est la première fois que l’on voit de tels comportements prédateurs, c’est la première fois que l’on voit une telle inertie par rapport à ce qui est en train de se passer au niveau planétaire, quand tant de personnes s’enrichissent alors que tant de personnes n’ont pas accès au minimum vital et même ici en France, l’exemple, il est flagrant. Quand je demande au Président de la République, qui se déplace d’ailleurs demain dans ma région pour venir voir les éleveurs en difficulté, alors que cela fait des mois que je tire la sonnette d’alarme, eh bien, qu’il vienne donc voir et s’il en repart en prenant la décision opérationnelle que je lui réclame : de réquisitionner les céréales destinées à l’exportation, parce que sur le marché mondial il y a de la spéculation et que ça rapporte plus d’exporter les céréales que de les vendre à nos éleveurs pour qu’ils puissent nourrir leur troupeaux. Est-ce que c’est juste, ça ? (Applaudissements). Non ce n’est pas juste. Ce que je veux dire par là, c’est qu’il y a des solutions pour peu qu’on en ait la volonté politique et vous observerez d’ailleurs, que chacune de ces solutions, il y a un principe de commun à toutes ces solutions, c’est qu’un peu plus de justice donne un peu plus d’égalité, et donc la question de la juste répartition des revenus et des ressources, elle est au cœur de toutes nos problématiques.

Et enfin, Jean-Pierre, et tu as abordé et tu as fait un constat sévère sur l'Europe. Et ce constat sévère, il est nécessaire. Et ça nous pousse encore à réfléchir davantage et ça nous pousse à sortir des discours lénifiants. Et ça me fait dire aussi qu’il nous faudra beaucoup, beaucoup d’énergie et de volonté politique en 2012, pour la changer, cette Europe. Beaucoup de volonté pour la transformer. Parce que c’est un travail très ingrat, finalement, de s’investir dans le changement de l’Europe. C’est un travail très long, parfois compliqué. Et souvent, du coup, ce chantier il est laissé de côté, parce qu’il n’est peut-être pas politiquement rentable. Eh bien, moi je voudrais vous redire une nouvelle fois ici mes convictions européennes profondes. Et en écoutant Jean-Pierre Chevènement ce soir, j’ai envie de vous dire que je veux être celle qui va réconcilier l’histoire de la France avec le rêve d’une Europe au service des peuples. (Applaudissements). Oui, réconcilier l’histoire de la France avec le rêve d’une Europe au service des peuples. Il en faudra des convictions, il en faudra de l’imagination. Il faudra aussi savoir où l’on va, et le définir assez vite, pour que les citoyens s’engagent dans cette nouvelle Europe et dans ces transformations. Parce qu’il y a un gros doute, quand même : il la subissent et nous la subissons, cette Europe. Et même le concept est devenu presque négatif. C’est dire tout ce qu’il faudra rattraper. Il faudra aussi avoir le courage de changer. A partir d’une idée toute simple d’ailleurs, d’une évidente vérité, c’est que nous sommes plus forts à plusieurs que tout seuls. Que ceux qui nous font croire, à l’extrême-droite, que le destin de la France peut se déconnecter du destin de l’Europe nous mentent. Nous mentent et c’est même dangereux. En revanche, l’idée que nous devons farouchement défendre, l’idée de Nation articulée à l’idée d’Europe, ce que j’ai appelé les « Etats-Unis d’Europe », c’est-à-dire une fédération d’États-nations où nous avançons quand nous pouvons, pas forcément tous à 27, comme Jean-Pierre vient de le dire, mais à géométrie variable, avancer quand on le peut, dans un partenariat avec l’Euro-Méditerrannée, dans le partenariat avec l’Afrique, tellement indispensable, je le redis ici, une partie de notre avenir est dans ce partenariat avec l’Afrique.de l’autre côté de la Méditerranée, et que nous avons là aussi des potentiels considérables à faire ressurgir pour assurer nos destins communs.  Et nous devons nous battre et inventer une nouvelle façon de vivre à 27, dans un continent fort, prospère et dynamique.

Nous devrons nous arracher aux disputes stériles, en France et entre pays européens, parce que nous n’avons plus le luxe de nous perdre en interrogations métaphysiques. Alors bien sûr, la crise nous révèle les errements du passé, les dangers d’une Europe bâtie sur les sables d’une dérèglementation, d’une libéralisation ouverte aux vents de la concurrence généralisée. Il nous faudra refuser une Europe  asservie, une Europe comme aujourd’hui qui est pieds et poings liés. Nous voulons une Europe libre, une Europe qui décide ici et maintenant, dans le respect et pour le seul intérêt et pour le seul des nations qui la composent et des citoyens qui habitent ces nations.

Alors comment faire ? Alors première vérité, disons le, et ça rejoint le constat que fait Jean-Pierre, une Europe surendettée est aujourd’hui étranglée par les privilèges qu’elle a elle-même nourrie. Voilà la vérité. (Applaudissements) et l’ironie tragique de cette histoire, c’est que nous avons laissé prospérer les oiseaux de malheur, qui planent désormais au-dessus de l’Europe. Regardez-les : ils ne se contentent pas d’attendre l’effondrement qu’ils prédisent eux-mêmes. Ils cherchent à le provoquer, ils sont au dessus de la Grèce, de l’Irlande, aujourd’hui à l’affut des faiblesses espagnoles, portugaises et demain sans doute des nôtres. Ces spéculateurs vautours, nos pays les ont nourris et engraissés, voilà la vérité. Et d’ailleurs cela ne date pas d’hier.

Premièrement, la source de notre d’endettement abyssal réside dans les baisses d’impôts massives dont ont bénéficié les plus riches. Ceux-là même d’ailleurs qui demandent à leurs banques, ou à leurs gestionnaires de fortune, d’obtenir les rendements les plus élevés pour leurs placements financiers. Et le hold-up s’est fait au nom d’une vertu appelée compétitivité, sorte de mantras, dissimulant le dumping fiscal, le moins-disant social et l’alignement vers le bas. En un mot, puisque les placements financiers veulent des rendements à deux chiffres, et puisque la croissance économique des entreprises qui travaillent pour créer de la vraie valeur économique est à peine d’un chiffre, voire un 0%, voire un 1% difficilement, un 2%, qui va payer cet écart entre des rendements financiers qui sont exigés à plus de 10% et une croissance de l’économie réelle qui est aujourd’hui à 1 ou 2% en Europe, qui va payer cet écart ? Mais ce sont toujours les mêmes, les classes moyennes, les catégories populaires, les salariés. Tous ceux à qui on dit encore, aujourd’hui, mais vous n’avez pas fait assez de sacrifices, en plus on va vous supprimer des services publics, parce que c’est du gaspillage les services publics et qu’il faut les supprimer pour garder la notation du triple A. Voilà la réalité. (Applaudissements) Bouclier fiscal, fiscalité avantageuse sur le patrimoine, les filiales, les sièges sociaux, les revenus de l’épargne, abattements, niches, déductions, crédits d’impôt en tout genre – oui, le budget de notre état n’a pas été grevé par les services publics, par notre école, dans laquelle ils viennent de supprimer plus de 60 000 postes, alors qu’au contraire, en période de crise, il faudrait investir davantage dans l’éduction et dans la formation. Oui, tous ceux-là, tous ceux qui ont été bénéficiaires de toutes ces largesses et de tous ces cadeaux, ceux qui ont fait leur beurre sur la compétitivité de tous contre tous au sein de l’Union, ce sont les profiteurs d’une guerre économique qu’ils ont eux-mêmes orchestrée. Voilà la vérité.

Deuxièmement, la dette publique, elle vient des banques et des fonds spéculatifs, que le contribuable a renfloué, au bord du gouffre et qui se retournent aujourd’hui contre les États en leur reprochant leur endettement – c’est quand même extravagant : ce sont les états et les contribuables qui ont renfloué les banques et les fonds spéculatifs et qui aujourd’hui se retournent vers les états pour leur reprocher leur endettement. Aucune reconnaissance du ventre (rires). Alors, hausse des primes de risques, chantage au triple A de la part d’agences de notation payées par les banques elles-mêmes, etc. L’irrationalité confine même à la démence lorsque les spéculateurs qui s’alarment de l’endettement et exigent la rigueur, sanctionnent les états, qui pourtant obéissent à leurs ordres et qui voient leurs perspectives de croissance dramatiquement diminuées – eh bien, c’est de cette spirale infernale qu’il faudra sortir.

Comment sortir de cette spirale infernale ? Eh bien en faisant en sorte que le pouvoir politique l’emporte sur le pouvoir financier. En faisant (Applaudissements) en sorte que dans le calcul de la compétitivité économique d’un pays, on puisse intégrer aussi des valeurs soi-disant non mesurables : c’est-à-dire la qualité éducative, la qualité de la recherche, des entreprises, la qualité des services publics, le bien-vivre, la santé et la sécurité dans l’alimentation. Tout cela aussi qui a été sous-traité, bradé, à un capitalisme financier à outrance. Comment expliquer qu’avec les niveaux de recherche, de science, de laboratoire que nous avons, nous puissions encore subir des catastrophe sanitaires comme celles que nous subissons sur les légumes aujourd’hui ? C’est absolument invraisemblable. Donc la seule explication, c’est qu’en effet, la loi du profit a tout gangréné, jusque le refus ou la mise en cause de la protection de la santé des citoyens. Eh bien, ça, il faudra que l’Europe le refuse, en exigeant la reconstitution et les moyens mis dans les services publics des contrôles sanitaires, qui ont été année après année, rayés, rayés de la carte, bradés, sous prétexte qu’ils n’étaient pas suffisamment rentables. Et donc moi, ce que je propose, c’est de donner au service public, de faire en sorte que les services publics soient… – on lui attribue un calcul dans la rentabilité implicite de ce qu’il permet dans la rentabilité des activités économiques en tant que telles. Donc il va falloir changer aussi les modes de calcul des valeurs qui permettent à un pays d’être performant et qui permettent aux habitants de ce pays de vivre et de bien vivre et pas seulement de survivre.

Voilà (applaudissements) la deuxième idée, je crois que profondément que l’Europe paye en matière économique son désarmement politique et intellectuel. L’Europe s’est affaiblie en adossant de la manière la plus radicale les dogmes les plus obtus. Elle a théorisé son propre effacement politique, derrière l’application indifférenciée, non circonstanciée, mécanique de règles juridiques. Les règles de la libre circulation, les règles des clauses de non-renflouement des états endettés, de non-rachat par la BCE des dettes souveraines européennes, la définition rigide et artificielle de la convergence budgétaire avec le pacte de stabilité. L’Europe a refusé trop longtemps la faculté de discernement qu’exige la juste compréhension des circonstances, l’esprit pratique, qu’appelle une force de réflexion authentique, la force d’adaptation que demande l’action au service de tous.

Alors, c’est vrai, je ne l’ignore pas, qu’il y a des difficultés, que des divisions existent, qu’il y a des réticences de certains pays avancés. Que tout cela est très compliqué. Je n’ignore pas les défis, les forces de frottement, les résistances. Je n’ignore pas la crainte d’une dépossession et d’une fragilisation des états au profit d’institutions européennes qui sont totalement décrédibilisées. Je n’oublie pas non plus les discussions infinies qui ont été nécessaires pour mettre en place le nouveau fonds de gestion des crises, dont il est d’ailleurs à craindre qu’il ne résoudra pas grand-chose. Mais enfin, bon, ces difficultés ont toujours existé. Et ne commettons pas l’erreur de penser qu’elles sont plus fortes aujourd’hui qu’hier. Peut-être que la seule différence c’est que nos responsables politiques, à cause de l’effroyable épreuve de la guerre, avaient sans doute par le passé, cette conviction profonde, cette vista, cette volonté qui leur donnait la force d’avancer et de surmonter les obstacles. L’Europe, à cette époque-là, n’était pas un sujet comme un autre, c’était une question de vie ou de mort, elle n’était pas à ce moment-là détournée à des fins de politique intérieure. Eh bien, je crois que c’est avec l’esprit de ces pionniers que nous devons renouer. Et c’est cela qu’il va falloir faire et ce sera le grand chantier (Applaudissements) du prochain quinquennat et nous nous y mettrons dès 2012.

Dans un an – enfin, dans un an, dans quelques mois, moins d’un an maintenant, nous devrons renouer avec la victoire de la gauche, en 2012 et avec tous les Républicains qui veulent que ça change. Jamais les inégalités n’ont à ce point disloqué le pays, mis en péril son avenir et miné sa confiance. Jean-Pierre le décrit parfaitement dans son livre. Jamais le chômage de masse et de longue durée, jamais la précarité n’a été aussi généralisée. Aujourd’hui, savez-vous que plus de 85% des intentions d’embauche des entreprises concernent des contrats à durée déterminée et 60% des intentions d’embauche sont inférieures à un mois. Sait-on cela suffisamment ? Sait-on suffisamment en effet les dégâts que provoque le chômage des jeunes, des jeunes diplômés, des jeunes qui ont fait l’effort pour travailler à l’école ? Sait-on ce qu’est la survie en-dessous aujourd’hui du seuil de pauvreté ? Tant de personnes cherchant en vain à forcer la porte du marché du travail. Et tant d’autres y renonçant. Le surendettement des familles – les chiffres viennent d’être publiés – qui touchent de plus en plus de petits retraités. Jamais le partage de la valeur ajoutée n’a autant favorisé le capital au détriment des salaires. Ce n’est pas seulement des slogans que je vous énonce. Ce sont des preuves, des faits, dans tous les rapports qui viennent d’être publiés, quels que soient les organismes concernés. Oui, jamais le capital n’a été autant favorisé aujourd'hui par rapport au salaire. Et il faudra d’ailleurs reconstruire complètement la valeur du travail.

Eh bien, tout cela n’est pas fatal, moi je crois au potentiel de la France, à ces hommes et à ces femmes qui l’habitent, ceux d’ici et ceux venus d’ailleurs, car nous avons l’obligation de faire réussir tous nos enfants, d’où qu’ils viennent. Et ce qui se passe aujourd’hui (Applaudissements), ce qui se passe aujourd’hui dans nos quartiers populaires est inadmissible. Ils ont été laissés à l’abandon, souvenez-vous des promesses de 2007 ? Les nouveaux plans ! Le nouveau plan Marshall ! On l’attend toujours ce plan Marshall ! Non seulement, nous n’avons pas eu de plan Marshall, mais maintenant, on a dans nos quartiers, comme à Sevran, un maire qui est obligé de demander à la directrice de l’école maternelle de supprimer la récréation, au cas où il y aurait des balles perdues qui atteindraient un enfant tellement la guerre des gangs fait rage dans le quartier. Eh bien, moi je vous dis que cela, ce n’est pas la République. Et je vous qu’avec moi, il n’y aura, sur tout le territoire de la République française aucune zone de non-droit, parce que nous rejetons (Applaudissements), parce que nous remettrons chacun devant ses responsabilités, avec ses droits et ses devoirs, nous remettrons du service public partout, nous redonnerons aux jeunes le sens de ce que cela veut dire que d’appartenir à la République française, d’y grandir, d’y trouver une place, de pouvoir s’y épanouir, d’y conquérir l’estime de soi-même, parce que nous mettrons aussi les moyens sur la répression du banditisme, du grand banditisme, pour décapiter les têtes de réseau. On ne va pas me dire, qu’avec la qualité de nos services de renseignements et de notre police nationale, on n’a pas les moyens de démanteler les réseaux, alors je demande au Ministre de l’Intérieur de donner à notre police et à nos moyens de renseignements de donner les moyens nécessaires pour permettre le démantèlement des trafics et la paix publique qui doit revenir dans nos quartiers, car les Français ont droit à la sécurité, les Français ont droit à la sécurité globale. Il y a eu tant de campagnes conduites par la droite sur ce sujet-là. Aujourd’hui, c’est un échec, et c’est un échec lamentable. Et bien ce défi, avec vous, je le relèverai, et je le relèverai avec vous parce que moi, je crois à l’ordre juste, les Français également, et nous le construirons avec eux. (Applaudissements).

 

2015-03-11 13:00:33
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