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Des attaques incessantes de l'extrême droite

Avant même son entrée au Ministère, Jean Zay est un farouche opposant aux dictatures européennes. Membre du gouvernement, il est partisan d'une intervention en Espagne et se montre inflexible face au régime hitlérien. En 1938, c'est un anti-munichois déclaré. Ses origines juives, ses influences protestantes, son appartenance à la franc-maçonnerie, sans compter ses positions politiques très hostiles à l'égard des dictatures en font une cible de choix pour ses plus féroces adversaires représentés par l'extrême droite française. Dès 1932, lorsqu'il se présente à la députation, il est régulièrement attaqué dans des campagnes de presse où la calomnie rivalise avec la haine. De Charles Maurras à Louis Ferdinand Céline, en passant par Marcel Jouhandeau, les plumes antisémites s'en donnent à coeur joie.
En 1937, Céline écrit «  sous le négrite juif Jean Zay, la Sorbonne n’est plus qu’un ghetto .. ». Et le même Céline d'ajouter un « je vous Zay » tapageur.
Du reste, les thuriféraires de « l'Action française », « Gringoire » et autres « Candide » ou « Je suis partout » sont doublement contrariés. Car en plus d'être juif, Jean Zay est Ministre en charge de l'éducation, une situation qui, à leur yeux, atteint le comble de l'abomination. Dans « le Péril juif », Marcel Jouhandeau écrit : "
Pour ma part, je me suis senti instinctivement mille fois plus près de nos ex-ennemis allemands que de toute cette racaille juive prétendument française. M. Jean Zay, un juif, a entre les mains l'avenir vivant de ce pays".
« Cumulard » de tout ce qu'exècre l'extrême droite française de cette époque, Jean Zay sera la cible politique favorite du régime de Vichy qui mettra tout en oeuvre pour l'humilier mais aussi pour s'emparer de lui.

Le 20 juin 1940, Jean Zay, qui bien que non mobilisable car membre du Gouvernement a démissionné et a rejoint l'armée dès l'entrée en guerre, s'embarque à bord du paquebot Massilia, en compagnie de 26 autres députés dont Pierre Mendes-France, Georges Mandel et Edouard Daladier avec comme objectif de poursuivre la lutte depuis l'Afrique du Nord. Entre temps, l'armistice est signé et le bateau est arraisonné.
Sous le feu nourri d'une campagne d'opinion particulièrement hostile, désormais orchestrée par Philippe Henriot le Ministre en charge de la propagande du nouveau régime, Jean Zay est arrêté et ramené en France pour y comparaître devant le tribunal militaire de Vichy. Il est accusé de désertion et de fuite devant l'ennemi par ceux, qui quels que soient les témoignages de soutien apportés à son procès, ont juré depuis longtemps de l'abattre.

Le Dreyfus de Vichy

Jean Zay est condamné à la dégradation militaire et à la déportation à vie en Guyane. L'interruption des relations avec ce département oblige Vichy à l'incarcérer en Métropole, principalement à la prison de Riom.

Sa condamnation, aussi inattendue qu'exceptionnelle de sévérité, est à la hauteur de l'enjeu symbolique que représente l'ancien Ministre de l'Éducation nationale aux yeux des nouveaux maîtres de la France. Elle est en tous points comparable à celle infligée au capitaine Dreyfus, cinquante ans plus tôt, l'humiliation publique de la dégradation militaire en moins.

Devenu prisonnier politique dans les faits, sans en avoir le statut officiel, Jean Zay résiste à sa manière. En prison, il rédige un journal dans lequel il confie les réflexions que lui inspirent sa condition de détenu, relate des souvenirs personnels, revient sur son passé politique, développe les idées pour une action future. Ses textes, qu'il parvient à faire passer à l'extérieur clandestinement grâce aux visites de son épouse, seront publiés à la Libération sous le titre « Souvenirs et solitude ». On y découvre un Jean Zay à la fois intime et lucide sur la situation. Il est, notamment, très sévère à l'égard du commandement militaire sur les causes de la défaite, des observations que n'auraient pas reniées Marc Bloch (« L'Étrange défaite ») qui subira le même sort que lui à seulement quelques jours d'intervalle.

Le 20 juin 1944, prétextant un transfert vers la prison de Melun, trois miliciens sortent Jean Zay de sa cellule. Ils gagnent sa confiance en se faisant passer pour des résistants, le font sortir de voiture à Molles près de Vichy puis l'assassinent dans un bois avant de jeter son corps dans un puits. Jean Zay n'avait pas 40 ans.


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Docs ad Hoc : l'école est à nous ! Réalisé par Stéphane Benhamou et diffusé sur LCP. Avec la participation de Najat Vallaud-Belkacem, Ministre de l'Éducation Nationale © Dailymotion / LCP

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