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Lundi, 13 juin 2011

Synthèse de l'Université sur la valeur Travail

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Au sommaire

2. Les remèdes à la crise de la valeur travail

2. 1. Les forces cachées du travail en France 
Parmi les forces du travail en France, il faut tout d'abord souligner l'importance de la valeur travail en France : en effet c'est l'importance même que les Français accordent au travail qui explique en partie la crise actuelle de la valeur travail. Mais cette place importante du travail peut aussi être source d'épanouissement.Comme le montre Françoise Mesnard, le travail occupe une place particulièrement centrale en France : « Quelle est la place du travail dans notre société ? Nous sommes à la fois le pays où les conditions de travail sont les plus dégradées, et aussi où les atteintes à la santé au travail sont les plus graves, mais aussi où la valeur travail est la plus importante. (...)Le travail occupe une place centrale : il permet de se construire, de se réaliser, de réaliser et de se relier aux autres. »

Ensuite, si travailleurs français accordent une grande place au travail dans leur vie, c'est parce que, contrairement aux idées reçues, ils travaillent beaucoup. Comme le souligne Guillaume Duval, ils ont l'un des taux de productivités les plus élevés du monde :« Non seulement les Français accordent beaucoup de valeur au travail, mais aussi leur  travail a beaucoup de valeur. Ce qui caractérise les travailleurs français, c'est le très haut niveau de productivité. Une personne qui a un emploi en France a produit cette année en moyenne 76 000 euros de richesses. La plupart des travailleurs des pays cités en exemples produisent moins : un Japonais a produit cette année 66 000 euros, un Allemand 62 000 euros, un Anglais 58 000, Il n'y a pas forcément de quoi en être fier, car en contrepartie de ce haut niveau de productivité, il y a les conditions de travail, le stress et la pression.Quand on dit que les Français ne travaillent pas beaucoup, cela ne se voit pas dans les chiffres. Les Français travaillent beaucoup, voire trop. »Il ne faut donc pas accuser les Français de ne pas travailler bien, ou de ne pas travailler assez. La durée du travail n'est en effet pas en cause non plus : les procès faits à la réforme de la Réduction du Temps de Travail ont été des mauvais procès, plus politique qu'économiquesGuillaume Duval nous en livre les raisons : pour lui, toutes les données économiques convergent pour dire que les 35h ont été une bonne mesure économique. En revanche, il admet que ce succès économique a été selon lui difficile à vendre sur le plan politique :« Au vu de toutes les études, il faut souligner que les 35 heures ont été un assez grand succès sur le plan économique. Pendant la période 1998-2001, on a créé 1,9 millions d'emplois en France. C'est vrai qu'il n'y en a que 350 000 qui sont liés directement à la réforme, d'après les chiffres du Ministère du Travail. Mais le principal argument contre les 35 heures était : certes vous allez créer des emplois, mais au bout du compte vous allez casser la croissance cassée, et donc supprimer des emplois. En fait c'est le contraire qu'on a observé : grâce au mouvement de réduction du chômage, on a créé plus d'emplois en France que dans les autres  pays développés. On a créé plus d'emplois que jamais auparavant, même pendant les Trente Glorieuses. Même ce qui s'est passé après 2002 n'a pas changé la donne. Entre 1998 et 2010, il y a eu 10% d'emplois en plus en France contre seulement 8% au Royaume-Uni, 6,5% en  Allemagne et 5,8 % aux Etats-Unis. A travers cette politique, on a augmenté durablement la quantité d'emplois,  ainsi que la masse salariale du pays : 80 milliards d'euros en plus entre 1998 et 2010, soit +17%.Ces chiffres sont connus et en même temps ça n'a pas été un succès sur le plan politique. Bien que cela ait été un succès, reste difficile à vendre sur le plan politique : la droite l'utilise, et certains socialistes pensent qu'il faut s'en distancier aujourd'hui pour être crédible. (...) 2 millions de personnes ont été contents de trouver un emploi car elles n'en avaient pas. Mais les 15 millions qui avaient déjà un emploi ont vu leurs salaires stagner durablement, alors qu'on était dans une période de croissance.Donc c'est une politique de solidarité, où une minorité de gens ressentent un effet positif. Elle n'est vendable que dans les pays où les taux d'encadrements des salariés, par la gauche politique et syndicale, sont forts. Les gens d'IG Metall chez Volkswagen sont capables de vendre une politique, par laquelle on va réduire le temps de travail à 32h, avec 10 % de salaire en moins pour éviter 5000 licenciements. En France, il manque les structures pour faire accepter ce type de politique. Il y a une chose qui joue, la faiblesse du syndicalisme, qui s'est traduite par une aggravation des pressions.Il est tout à fait faux de dire qu'à cause des 35 heures, on travaille moins en France qu'ailleurs. En France on travaille 35,2 heures d'après des études d'Eurostat. Il y a des pays où on travaille beaucoup plus, des pays pauvres : on travaille 50 heures en Turquie, 41 heures en Roumanie : mais tous les pays qu'on nous a donné en modèles, on travaille moins. On travaille 35 heures au Royaume-Uni, plutôt moins, 34 heures en Allemagne, au Danemark, 33, 6 heures Et les Néerlandais, qui travaillent le moins en Europe, travaillent 30 heures par semaine. Comment s'explique ce miracle ? Par un choix particulier en France entre temps plein et temps partiel : il est vrai que les travailleurs à temps plein en France travaillent moins que la moyenne des travailleurs à temps plein en Europe : 1,3 heures de moins que la moyenne européenne. Mais en contrepartie, les travailleurs à temps partiel, il y en a moins et ils travaillent en moyenne deux heures de plus que la moyenne européenne. Les travailleurs à temps partiel sont pour beaucoup des femmes. L'écart hommes-femmes dans les travailleurs à temps partiel est plus réduit qu'ailleurs en Europe.(...) Il y a des raisons de se féliciter de ce choix de société en France sur le plan de l'égalité.Mais sur le plan économique il est parfaitement sensé aussi. Dans les pays où il y a beaucoup d'heures sup etc, comme le RU, où les travailleurs temps plein travaillent beaucoup, la productivité est faible. Par ailleurs, le temps partiel, du point de vue des employeurs, coûte cher. Le travailleur temps partiel, il faut lui faire une fiche de paye, il y a plusieurs personnes sur le même poste etc.Que faut-il faire maintenant ? La réduction du temps de travail reste un objectif sociétal important : on n'est pas là pour bosser comme des malades. Si on peut travailler moins, tant mieux. Et cela reste utile pour partager l'emploi et lutter contre la situation de chômage de masse.En 2007, une loi stupide a été votée pour subventionner les heures sup. La subvention des heures sup coûte 4 milliards d'euros par an. Il y a 77 millions d'heures sup subventionnées au troisième trimestre 2010. Cela représente 390 000 emploi à temps plein. Il n'est pas question de supprimer toutes les heures supplémentaires. Mais un emploi coûte 40 000 euros en moyenne. Donc c'est 100 000 emplois à temps plein qu'on pourrait financer entièrement avec cet argent.Faut-il prôner les 32 heures, la semaine de quatre jours ? Cela paraît très difficile dans le contexte politique et social actuel, il faut chercher plutôt une RTT sur des espaces de temps plus longs. Les 35 heures elles-mêmes n'étaient pas strictement une réduction sur une durée hebdomadaire. Mais il faut chercher plutôt des réductions comme un an de congé payé tous les 10 ans. Cela fait aussi 10% de réduction du temps de travail. »L'exemple des 35 heures le montre bien : la valeur travail est non seulement économique : c'est la valeur produite par les travailleurs français annuellement, et elle est élevée, mais la valeur travail est aussi politique. C'est la responsabilité du politique de lui donner une place correspondant à un projet de société.

2.2. Le travail est une question politique
Les remèdes à la crise du travail et de l'emploi en France résident dans une politique de long terme, capable de privilégier durablement des domaines de très haute compétence. Philippe Askenazy développe l'exemple du domaine de la santé, dans lequel la France pourrait devenir le premier pôle d'excellence européen.« Les solutions ne sont pas si nombreuses. L'une d'elles serait par exemple de renverser totalement la logique autour des questions de santé.Les Américains dictent en quelque sorte ce que va être notre futur : ce qui marche aux Etats-Unis est ensuite vendu dans le reste du monde, à la fois dans le domaine des produits et des idées. Les économistes américains ont vendu à l'administration Obama l'idée que le futur serait le domaine de la santé. La santé est un domaine très important aux EU, car elle représente 15 % de leur richesse, donc encore plus qu'en France. La santé, qu'est-que cela représente ? Des personnes qui sont plus productives, qui peuvent rester plus longtemps en emploi, mais aussi des années de vie supplémentaires, et ces années ont une valeur que l'on peut calculer économiquement, une valeur monétaire : c'est de la création de richesse pour la population. Selon les économistes américains, c'est 30 % devraient être dépensés pour la santé, au lieu de 15%. Dans la réforme Obama, il n'y a pas une de politique de gauche, il n'y a pas, comme on pourrait croire, des mutuelles publiques etc. Non, tout reste privé. Mais la réforme permet une augmentation quasi-indéfinie des dépenses de santé. Et donc vous aurez des progrès médicaux qui risquent d'être majeurs. Il n'y a pas de raison qu'il en aille autrement en Europe. De manière assez étonnante, il y a une spécialisation des pays européens : en Grande-Bretagne, il y a une spécialisation vers la finance. En Allemagne, une spécialisation vers l'industrie exportatrice ; alors pourquoi ne pas faire de la France le pôle hospitalier de l'Europe ? C'est un mouvement qui s'est déjà enclenché : il y a une course entre les différentes sécurités sociales européennes. Et notre balance commerciale en quelque sorte dans ce domaine est bénéficiaire d'1 milliard d'euros l'année dernière, contre à peine 100 millions il y a quatre ans. Dans tous les classements internationaux les hôpitaux Français sont bien placés. Quand Cameron supprime des hôpitaux britanniques, c'est une très bonne chose pour nous car il y a une Europe des patients. Les patients peuvent prendre l'Eurostar pour se faire poser une prothèse de hanche en France.On peut avoir une politique industrielle majeure, tenant un discours différent. Il s'agit de renverser le point de vue : au lieu de s'apitoyer, au lieu de culpabiliser les Français, de rajouter une infinité de rustines, il faut proposer un projet sur la décennie. »La bonne politique sur le travail consiste donc à faire de faiblesses apparentes une force : le coût des dépenses de santé se retourne en avantage économique majeur si la France peut vendre des soins hospitaliers à tous ses voisin.Pour Guillaume Duval, le coût élevé du travail en France est une autre de ces « fausses faiblesses ». Les politiques cherchant à tout prix à baisser le coût du travail en France font selon lui erreur : « Oui, le coût du travail est cher en France. On est l'un des pays les plus chers. Il n'y a pas de miracle : si l'on veut avoir un haut niveau de vie et de protection sociale, il faut accepter d'avoir un coût élevé. Etre compétitif, ce n'est pas baisser le coût du travail. Il faut réussir à vendre des biens et services tout en ayant un coût du travail élevé. (...)L'idée de faire payer les machines pour abaisser le coût du travail est selon moi une grosse bêtise. (...) S'il y a des problèmes d'emploi, il faut le régler par la durée du travail. Si une machine peut faire un travail, il vaut mieux qu'elle le fasse, car c'est en général un travail assez répétitif et pénible. Il n'y a pas de raison d'avoir des politiques publiques qui dissuadent de remplacer les hommes par les machines. Les politiques publiques doivent être neutres dans le domaine.Sur la CSG : on dit qu'il faut élargir l'assiette des cotisations aux revenus du capital etc.(...) Il ne faut pas se faire avoir par ce discours : les rentrées essentielles viennent des retraités.La piste de la TVA est toujours intéressante. Les pays scandinaves ont des TVA à 25 % : c'est un moyen de faire financer la protection sociale par les importations.Enfin, sur la question particulière  des abaissements de charges à proximité du smic : les politiques menées depuis 25 ans consistaient à dire : créons davantage d'emplois peu qualifiés en abaissant les charges près du smic. Ces politiques ont eu des résultats compliqués. Et en fait, les gens sont restés coincés à ce niveau de salaire. La France est un des pays où les salaires sont les plus coincés à ce niveau. Et aussi, beaucoup de jeunes plus qualifiés se sont retrouvés payés au smic. (...)Ce sont des politiques qui ont été attirantes dans les années 1990 : Daewood s'est installé en Lorraine, Toyota à Valenciennes etc. On pouvait proposer des infrastructures de qualité, gens bien formés et peu chers, mais c'était plus facile à faire dans l'Europe des 15 que dans l'Europe des 27 ; pour se battre face aux Roumains, aux Polonais, et aujourd'hui, des Chinois, ce n'est plus possible. Un ouvrier allemand coûte  encore 25% de plus que l'ouvrier français. Mais l'ingénieur allemand coûte plutôt moins que l'ingénieur français. Ces politiques sont très difficilement réversibles. Si l'on supprimait aujourd'hui les abaissements de charges au niveau du smic, on supprimerait aussi beaucoup d'emplois. Et un avantage de ces politiques fait que le système est assez redistributif : c'est l'assurance maladie des ingénieurs et des cadres qui paie l'assurance maladie des smicards, ce qui est plutôt bien. Globalement, compte aussi le cadre macroéconomique : l'essentiel pour créer les emplois, c'est la croissance. C'est une question controversée sur le plan écologique. Mais il existe une croissance qui préserve l'environnement. »


2015-03-11 09:28:07
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